Comme Lascaux a ses grottes, Arras a sa carrière Wellington…

Comme Lascaux a ses grottes, Arras a sa carrière Wellington…


vendredi 31.10.2008, 05:00 – La Voix du Nord

Si l’on se rend depuis 1950 aux grottes de Lascaux, pour savoir comment vivaient les hommes il y a quinze mille ans de ça, on descend depuis avril dernier dans la carrière Wellington pour comprendre pourquoi leurs descendants sont morts, il y a quatre-vingt-dix ans, victimes de la barbarie de la Grande Guerre…

Creusé au Xe siècle dans les entrailles de la cité, pour en extraire craie et pierres de construction, ce vaste gruyère long de quelque 22 km est investi fin 1916 par des tunneliers néo-zélandais, entreprenant d’y ériger une ville sous la ville. L’électricité est installée, l’eau courante fournie par des canalisations et l’on y dresse un hôpital de campagne, une chapelle, un cabinet de dentiste, des cuisines, des latrines, des chambres… Les Britanniques envisagent de lancer, six mois plus tard, une gigantesque offensive de diversion, destinée à faciliter la rupture des lignes ennemies entre Soissons et Reims. Et à préparer une autre offensive, que l’on promet décisive, sur le chemin des Dames. Quelque 24 000 soldats campent donc là, à 20 m de profondeur. Dans des quartiers qu’ils baptisent Glasgow, Liverpool ou Manchester, à l’instar des Néo-Zélandais ayant reproduit dans ce patchwork souterrain leur Auckland, Nelson et Wellington. Le 9 avril 1917, à 5 h 30 du matin, alors que le beffroi et les places ne sont plus que cendres, et que la cité atrébate est depuis une semaine victime d’un bombardement intensif destiné à annihiler toute riposte allemande, les soldats s’élancent à l’assaut de la colline de Vimy. Les combats font rage. Le conflit s’enlise. Cent mille hommes tomberont. Pas un manuel scolaire n’y consacre une seule ligne. La Bataille d’Arras constitue pourtant la seule victoire alliée de 1917….

Servant entre 1940 et 1945 d’abris de fortune aux populations civiles, Wellington tombera ensuite dans l’oubli. Il y a tant à panser et cicatriser en surface que l’on feint de ne pas replonger dans les abîmes d’un passé cruel et douloureux. Et ce n’est qu’en 1990 que la curiosité de l’archéologue Alain Jacques permettra au site de ressortir de l’ombre, avant qu’il ne soit même projeté au grand jour médiatique à la grâce d’une expérience aussi originale qu’inutile : en 1996, deux spéléologues s’engoufrent deux mois durant, sans repères temporels, par une température de 11° et avec un taux d’humidité flirtant avec les 80 %, dans ce labyrinthe chargé d’histoire…

Et puis germera dans l’esprit de quelques-uns, et notamment celui de Jean-Marie Prestaux, directeur de l’office de tourisme, l’idée de promouvoir Wellington en un haut lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale. Un site historique unique et authentique, destiné à mettre plus en exergue la vie que la mort des soldats. Un extraordinaire lieu d’interprétation, avec bornes interactives, projections de films et de bandes sons, reconstitutions de scènes et un vaste mur sur lequel sont gravés les noms de 24 000 combattants.

t H. FÉ.

À Wellington, on évoque avant tout la vie des soldats, pas leur mort…

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