Capitaine Conan de Roger Vercel

Par Diane, 1ère L2 (lycée Van Dongen)

L’auteur

Roger Vercel est né Roger Cretin, il prit par la suite un nom de plume. La Première Guerre mondiale interrompit ses études de lettres. Au début de la guerre, en raison de sa mauvaise vue, il est brancardier sur les champs de bataille du nord et de l’est de la France. L’armée manque de gradés : il est incité à rentrer à Saint-Cyr dont il sort officier. Il terminera la guerre sur le front d’Orient et ne sera démobilisé qu’un an après l’Armistice. Il rejoint alors Dinan où il est nommé en 1921 professeur de lettres au Collège. C’est à Dinan qu’il s’éteindra en 1957.
Ses souvenirs de guerre inspirent quelques-uns de ses premiers livres (Notre père Trajan, Conan, Léna), mais c’est le monde maritime qui est au cœur de son œuvre. Au Large de l’Eden lui vaut le Prix du Comité Fémina France-Amérique en 1932. Il obtient le prix Goncourt en 1934 pour Capitaine Conan. Ce roman fut porté à l’écran par Bertrand Tavernier en 1996.

Résumé

L’histoire commence dans les Balkans, au bord du Danube. L’armistice vient d’être déclaré, permettant aux soldats français de rentrer dans les villes roumaines pour fêter leur victoire. Mais à peine la guerre finie officiellement, les ennuis commencent… les exactions, telles le vol ou les désertions temporaires, tolérées pendant le conflit, sont à présent punies et parfois sévèrement : « La guerre[…] nous avait tous gâtés ; elle avait trop longtemps servi d’excuse à un laisser-aller de mauvais aloi. Il était temps de revenir aux saines traditions ! » Norbert, le narrateur, devient avocat, et défend du mieux qu’il peut les soldats incriminés. Malgré tous ses efforts, le jeune Jean Erlane est condamné « à la peine de mort avec dégradation militaire ». Maigre consolation, Erlane mourra au champ de bataille. Le meilleur ami de Norbert, le lieutenant Conan, est un homme qui n’accepte pas la fin de la guerre, et qui n’hésite pas à falsifier la vérité pour que ses hommes ne soient pas inquiétés. Mais comment ces hommes, habitués aux combats et à la violence, trouveront-ils leur place dans un monde ne rêvant que de paix ? C’est là un dur débat, et tous n’ont pas pas la réponse à ce problème. Ainsi Conan continue ses exactions, et incite ses hommes à faire de même. Peu de temps après, Norbert et lui sont mutés dans une tranchée près des lignes russes. Dans un dernier combat, ils retrouvent un peu de leurs sensations et accomplissent un dernier coup d’éclat héroïque. Enfin, plusieurs années plus tard, Norbert et Conan se retrouvent.

Critique

Ce livre est un témoignage important sur les difficultés rencontrées par les poilus pour le retour à la vie normale, civile. En effet, comme dit plus haut, les poilus étaient habitués aux combats et aux libertés que la guerre leur permettaient ; alors quand ces libertés leur furent brutalement arrachées, on peut comprendre qu’ils soient désorientés. Surtout que certains, comme Conan, n’acceptent pas la fin de la guerre et le retour à la vie civile. Le retrait du danger et de l’action les rend amorphes, avec une envie de retrouver un peu de cette action qu’ils ont perdue, quitte à en faire les frais juridiquement. Comme le dit Conan : » La v’la leur paix ! C’est quand les lopettes et les mufles ont le droit de piétiner de vrais hommes pour se venger dessus de leur quatres ans de coliques. Une belle dégueulasserie ! » Selon Conan, la paix profite aux hommes de pouvoir, mais ne sied pas aux soldats endurcis. Et même si, comme à la fin du roman, certaines actions militaires continuent après l’armistice, cela ne suffit pas. Sans compter que les soldats sont mal vus par les civils, car ils leur rappellent l’horreur de la guerre. A cela s’ajoute les dizaines de « Gueules-Cassées » et de traumatisés qui hantent les hopitaux et qui n’auront aucune chance de retrouver une vie « normale ». A quoi servent les récompenses, quand elles ne peuvent vous aider à tourner la page ?

Ce livre évoque aussi l’ambiguité de la justice dans la guerre. Certains soldats appliquèrent leur propre justice et leur propre jugement, et furent traités en héros pour cela. Quand la guerre fut finie, ces « actes héroïques » se transformèrent en « actes de barbarie » violents et injustes.  Les désertions, les vols, les « manquements au devoir »; étaient tolérés pendant la guerre. Du moment que les poilus français tuaient le plus d’ennemis possible, les dirigeants fermaient les yeux sur ces exactions. A la fin du conflit, ces mêmes dirigeants estimèrent qu’ils fallait de nouveau civiliser ses anciens soldats, et punirent ce qui étaient à présent à leurs yeux des « crimes de guerre ». Les concepts mêmes de liberté et de justcie deviennent flous, sont remis en cause.

Extrait choisi : »Les délits des soldats » , chapitre IV, p.63 : »La prison? N°18. » à P.67: « …justice militaire ».

Je voudrais conseiller ce livre à ceux qui apprécient le droit, les tentatives parfois couronnées de succès de Norbert sont vraiment intéressantes, et bien sûr, le récit de ses soldats rendus à une vie auxquels ils ne sont plus habitués est vraiment poignant.

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