Les Champs d’honneur de Jean Rouaud

Par Zoé, 1ère L2 (lycée Van Dongen)

L’auteur

Les Champs d’honneur est le premier roman de Jean Rouaud. Ce dernier nait en 1952 dans un village de Loire-Atlantique. Il passe son enfance entouré par une famille très présente. Cependant, la mort de son père alors qu’il était encore enfant le bouleverse profondément (elle sera, par la suite, une grande source d’inspiration). Après avoir obtenu sa maîtrise de lettres, il écrit des articles pour le journal Presse Océan et vend des journaux dans un kiosque. Il publie Les champs d’honneur en 1990. L’année de sa publication, le livre obtient le prix Goncourt. Les champs d’honneur est le premier volume d’une suite romanesque. Il est suivi de quatre romans : Des hommes illustres , Le monde à peu près , Pour vos cadeaux et Sur la scène comme au ciel. Dans tous ses romans , Jean Rouaud s’attache à raconter son enfance et la vie des gens qui l’ont marqué…

Résumé

Il s’agit d’une biographie de la famille de l’auteur. Celui-ci fait le récit de son histoire familiale et le portrait des membres de sa famille.  L’action se déroule dans la Loire-Inférieure au vingtième siècle. Trois personnes d’une même famille meurent à quelques jours d’intervalle: le père ( Joseph ) , la grande tante (Marie ) et le grand-père maternel (Alphonse) . Leur mort ravive le souvenir de la disparition de deux frères de la famille , Joseph et Emile (les grand-oncles du narrateur), victimes de la Grande Guerre en 1916.  Le récit n’est pas construit selon un ordre chronologique . En effet , l’auteur « promène » le lecteur d’anecdotes en anecdotes , de personnages en personnages , en ne donnant que très peu de repères chronologiques précis. Il s’agit d’un livre  sur la vie , la mort (celles des personnages structurent complètement le récit), le temps, la famille et la mémoire, aussi bien familiale qu’individuelle. La Grande-Guerre est mise de côté pendant la quasi-totalité du livre. En effet , elle n’est réellement abordée que dans les dernières parties , les plus courtes. Le quotidien et la mort des personnages de la famille, racontées dans la totalité du livre , sont influencés par la Grande Guerre. Le lecteur ne prend conscience de cette influence qu’à la fin du livre . Cela renforce toute l’intensité du récit.

Arbre généalogique : Les liens fraternels sont indiqués par le symbole _ . Les mariages sont indiqués par le symbole + . Le nom des enfants issus de chaque mariage sont indiqués sous le symbole?.

Mathilde + Emile  _  Joseph  _  Marie  _ Pierre + « Grand mère »               Alphonse + Aline

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Rémi                                                Joseph                   +                 « Maman »

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Nine-Narrateur -Zizou

Critique

La partie qui traite de la Première Guerre Mondiale (p.153-171) est relativement courte et divisée en trois chapitres. Elle se concentre sur les années 1914-1916 . Plusieurs thèmes et problèmes liés à la Grande Guerre sont évoqués. Premièrement , le narrateur fait une description des combats dans les tranchées. Il traite de la création et de l’utilisation des gaz de combat ( p.153-155 ) et décrit les souffrances qu’ils créent chez les soldats ( p.156 ) : brûlures , destruction des poumons… Les conditions de vie des soldats sont également décrites ( p.159 et 168) : le manque d’hygiène , la pluie , la boue , le manque de nourriture et de sommeil , la présence de cadavres , la mort et la peur omniprésentes… Le narrateur fait également allusion aux soldats français provenant des colonies ( p.157 ). Ces derniers sont, d’une certaine manière, victimes de racisme lors des combats. En effet, on les envoie facilement dans les zones polluées par les gaz, sous prétexte que « ces gens du désert ont l’habitude du vent de sable qui pique aussi les yeux et les bronches ». Ensuite, la prise en charge et les soins apportés aux soldats lorsqu’ils sont blessés sont abordés à travers le cas de Joseph (p.160-161) , blessé au front et transporté à Tours pour être soigné. La souffrance, le manque de matériel et notamment celui de morphine sont mis en avant par le narrateur. Ce dernier explique également que des images pieuses et patriotiques des soldats morts sont vendues dans les cures. Dans le troisième chapitre,  on traite des permissions à travers le personnage d’Emile (p.165-167). Le narrateur montre que le soldat et sa famille, notamment sa femme Mathilde, sont en décalage . En effet , il était très difficile pour les soldats des permissions d’oublier la vie au front lorsqu’ils étaient à l’arrière. Leurs familles , à mille lieux de l’horreur des tranchées , ne reconnaissaient plus leur proche. On aborde également le problème des corps des soldats non restitués à leurs familles , la longue attente de ces dernières ( parfois plus de dix ans )… Enfin , c’est avant tout la souffrance des proches qui est développée dans Les Champs d’honneur . On le voit clairement à travers le personnage de Mathilde (la veuve d’Emile) qui espère pendant des années le retour de son mari, et le personnage de la tante Marie, soeur d’Emile et Joseph qui restera marquée à vie par la mort de ses deux frères, et dont les souvenirs la rendent malade. La Grande Guerre est présentée comme provoquant l’éclatement des familles, une blessure qui les a profondément atteintes et dont elles ne se remettront jamais.

J’ai trouvé ce livre intéressant en grande partie pour la singularité du style de Jean Rouaud. La narration (le narrateur complètement effacé , l’absence totale de dialogues), les longues descriptions et portraits des personnages (qui m’ont fait penser aux romans réalistes ), les nombreuses analepses et prolepses qui brouillent le fil de l’histoire et la fin sont très particuliers. Je pense que ce livre pourrait plaire aux élèves qui aiment les romans hors du commun et qui n’ont pas peur des longueurs…

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