Voyage au bout de la Nuit de Louis Ferdinand Céline

Par Camille, 1ère L2 (lycée Van Dongen)
L’auteur :
Louis- Ferdinand Auguste Destouches, plus connu sous le nom de Louis Ferdinand Céline, est né en 1894 et mort en 1961.
En 1912, Céline, jeune appelé, rejoint le 12ème régiment à Rambouillet.
En 1914, il est promu Maréchal des logis, son régiment est un des premiers à partir au combat. Pour avoir effectué une mission risquée, lors de laquelle il a été grièvement blessé à l’épaule droite (et non à la tête comme pourrait le dire une certaine « légende »), il sera décoré de la Croix de Guerre avec étoile d’argent le 24 Novembre 1914. Il est donc réformé et est engagé dans un premier temps au service des visas du consulat Français, mais étant réformé à cause de sa blessure, il part pour l’Afrique où il rencontre Henry Graffigny, un intellectuel avec qui il parcourra la Bretagne en 1918.
Après la guerre, désormais marié avec Édith Follet, fille d’un directeur d’hôpital, il décide de passer son Baccalauréat pour pouvoir poursuivre des études de médecine.
Il contracte un contrat avec un hôpital de Genève où sa famille ne le suivra pas. Il part donc pour la Suisse. Il accompagne plusieurs voyages de médecins et parcourt encore une fois l’Afrique et découvre également l’Amérique. Cela l’amène notamment à découvrir les usines Ford au cours d’un séjour à Détroit qui durera un peu moins de 36 heures.
Tout en écrivant oyage au bout de la Nuit, il publie des articles dans une revue médicale. Son contrat à Genève n’ayant pas été renouvelé, après avoir envisagé d’acheter une clinique en banlieue parisienne, il s’essaie à l’exercice libéral de la médecine, à Clichy, où il n’effectuera que très peu d’heures par mois. Pour compléter ses revenus, il occupera un poste polyvalent de concepteur de documents publicitaires de spécialités pharmaceutiques.

C’est toute cette partie de sa vie que Céline raconte à travers les aventures de son antihéros Ferdinand Bardamu, dans son roman le plus connu, le premier, Voyage au Bout de la Nuit, paru en 1932. Mais ce livre n’est pas à proprement parler une autobiographie. Comme l’a dit Céline,  » Je m’arrange avec mes souvenirs en trichant comme il faut « .

Il deviendra plus tard l’écrivain le plus traduit au monde après Proust.

Ses autres œuvres : Mort à crédit , Casse-pipe, Guignol’s band…

Résumé
Lors d’une parade militaire de 1914, Ferdinand Bardamu se laisse emporter par la musique et s’engage pour partir au front pour se battre contre les Allemands.
Une fois sur le champ de bataille, Ferdinand découvre toute l’horreur et l’absurdité de la guerre. Plus tard, il est blessé et soigné dans plusieurs hôpitaux différents, on lui remet alors une médaille de guerre pour son courage. Lors de cette cérémonie, il rencontre Lola, une jeune Américaine. Réformé, il part pour les colonies françaises en Afrique où il découvre les sordides réalités de l’exploitation coloniale.
Souffrant, il quitte le continent noir pour New York, la ville qu’il a toujours voulu découvrir, grâce aux récits de Lola. Dans ce pays qu’il pensait idyllique, il ne connaitra que pauvreté et solitude. Il part donc pour Détroit où il rencontre Molly, une prostituée qui tombe amoureuse de lui et l’entretient. Cependant, Bardamu a en lui un désir d’explorer, il quitte donc sa bien aimée pour retourner en France près de Paris où il s’installe comme médecin dans un quartier misérable : Rancy. Après la mort d’un petit patient atteint d’une maladie incurable, étant mêlé par ailleurs à une affaire de meurtre, il quitte Rancy et abandonne la médecine.
Après avoir séjourné quelques temps à Toulouse avec son ami Robinson rencontré au front et sa fiancée Madelon, il retourne à Paris où il est engagé comme médecin dans un hôpital psychiatrique dirigé par le docteur Baryton. Rapidement ce dernier sombre dans la folie et cède son poste à Bardamu. Son ami Robinson,  resurgit pour pouvoir échapper à Madelon qui l’étouffe. Bardamu le cache dans son hôpital, mais cette dernière le retrouve et le tue à l’aide d’une revolver.
Critique :
A travers le personnage de Bardamu, Céline exprime son dégoût  de la guerre :  les sensations terribles de peur qu’éprouvaient les soldats lorsqu’il partaient en reconnaissance la nuit, le comportement lâche et infâme des capitaines, la vie difficile des civils subissant la guerre, la plupart vivant dans la peur d’être tués – comme on peut le voir lorsque Bardamu lors d’une de ses expéditions nocturnes rencontre une famille n’ayant pas quitté sa maison comme tous les voisins. Toutefois, certains personnages comme Lola montrent que l’on pouvait rester la tête haute et servir son pays.
On y découvre également la propagande faite autour de la colonisation lorsque Bardamu découvre avec étonnement que les colonies ne sont pas aussi fantastiques que l’on pouvait le dire en métropole. Là bas, il fait une chaleur insoutenable, les habitations sont totalement délabrées et les colonisés sont considérés comme des objets.

J’ai trouvé ce livre très intéressant car on y découvre une autre facette de la guerre. Dans beaucoup d’articles la guerre est décrite comme quelque chose d’horrible ; or, ici, Céline la décrit comme quelque chose de totalement inutile et s’en désintéresse complètement une fois qu’il n’est plus au front. Il va même jusqu’à mépriser en quelque sorte les personnes qui militent pour elle. Cependant cette guerre aura marqué son esprit car elle va remettre en cause son existence.
Cependant j’ai eu un peu de mal à entrer dans le livre, certains éléments sont faits pour rester flous, comme la manière dont Bardamu se retrouve au front : on sait qu’il part dans un moment de musique enjouée et s’engage dans l’armée mais on ne comprend pas vraiment comment. En quelques lignes il se passe de la terrasse d’un café à une tranchée. Ce début a été pour moi difficile à accepter. D’autre part, ce roman est entièrement écrit en langage parlé. Le français dans lequel Céline écrit le livre n’est pas toujours très compréhensible : il utilise des expressions argotiques dont je ne connais pas très bien l’origine. Il faut parfois lire des passages à plusieurs reprises, d’autant plus que l’on est habitué à lire dans un langage qui n’est pas celui de l’oral.
Voici quelques passages qui m’ont marquée par leur violence, par l’expression du dégoût de certaines valeurs ou encore par leur langage :
  •  »  « – Si donc ! qu’il y en a une ! et une belle de race ! qu’il insistait lui, et même que c’est la plus belle race du monde et bien cocu qui s’en dédit ! » Et puis voilà, parti pour m’engueuler. J’ai tenu ferme bien entendu.  » c’est pas vrai ! La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincu des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loins à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français.  » « 

C’est surtout l’expression « race humaine » qui m’a étonnée.

  •  » – Arthur, l’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches « 
  •  »  Je ne le vis plus, tout d’abord. C’est qu’il avait été déporté sur le talus, allongé sur le flanc par l’explosion et projeté jusque dans les bras du cavalier à pied, le messager, fini lui aussi. Il s’embrasaient tous les deux pour le moment et pour toujours mais le cavalier n’avait plus de tête, rien qu’une ouverture au dessus du cou, avec du sang dedans qui mijotait en glousglous comme de la confiture dans la marmite. Le colonel avait son ventre ouvert, il en faisait une sale grimace. Ça avait dû faire mal ce coup-là au moment où c’était arrivé. Tant pis pour lui ! « 

C’est ce passage qui m’a le plus marquée, mais non pas par son extrême violence mais surtout par le détachement total de Bardamu lorsqu’il est témoin de cette scène, comme s’il ne cru pas que ce n’eut été vrai.

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