Tous les billets du 8 mars 2009

Extrait d’Un long dimanche de fiançailles, Sébastien Japrisot

Dimanche 8 mars 2009

De Mélissa (1ère L2 – Lycée Van Dongen)

Un long dimanche de fiançailles raconte l’histoire d’une jeune fille tentant de retrouver son fiancé, condamné à mort avec quatre autres camarades pour avoir tenté de fuir le front. Cet extrait, dans lequel un soldat raconte comment il a mené les prisonniers sur le no man’s land pour les abandonner à leur sort, démontre que la cruauté de la guerre est aussi présente entre les soldats français. Il montre aussi l’impact de la guerre sur les homme les plus fragiles.

« J’ai fait de nouveau lier les prisonniers, bras dans le dos,comme il m’était ordonné. Je ne voyais pas l’utilité de le faire, ils était trop fatigués et nous étions trop nombreux pour que l’un d’eux tente de fuir, mais finalement c’était mieux ainsi, cela nous évitait, en cas de betise, d’avoir à tirer. Nous avons marché vers Bouchavesnes, les prisonniers en file, chacun encadré de deux soldats. La tranchée de première ligne ou je devais les conduire portait un numéro, mais à la guerre, il en fallait des tranchées comme des bonhommes, on retenait plus facilement les surnoms. Celle-là, on l’appelait, ne me demandez pas pourquoi, Bingo Crépuscule. A l’entrée des boyaux, après deux kilomètres d’une route crevée par les obus, dans un paysage ou n’existait déjà plus ni maison, ni arbre, ni rien sur la neige, un soldat nous attendait pour nous guider, en train de blaguasser avec des artilleurs.

Les lacis ,ensuite , nous ont semblé interminables ,on pataugeait dans la boue et les prisonniers avaient toutes les peines à marcher. A chaque instant , il nous fallait les soutenir. Le caporal six-sous est tombé dans une flaque. On l’a remis debout, il ne s’est pas plaint. J’avais honte ,comme le chef des dragons qui m’avait parlé au village, d’emmener ainsi , misérables , cinq des nôtres sous les regards des bonhommes qui attendaient de monter en ligne ou en descendre. »


Extrait de La chambre des officiers, Marc Dugain

Dimanche 8 mars 2009

Marine (1ère L2)

J’ai choisi cet extrait parce qu’il se suffit à lui-même pour comprendre les thèmes les plus importants du roman. Ainsi, la souffrance au quotidien, la camaraderie et la perte d’identité se mêlent. De plus, ce passage rompt avec le reste du livre. En effet, ce dernier  repose principalement sur les rapports humains, laissant la souffrance physique et morale, au second plan. Ici, Adrien nous rappelle que chacun des blessés souffre et tente de se reconstruire. Il adopte un ton solennel qui émeut le lecteur. Les dernières lignes de l’extrait sonnent comme celles d’un discours permettant de se redonner mutuellement du courage pour repartir et se reconstruire. On comprend ici, loin du combat physique dans les tranchées, le combat moral que mène chacun. Il est donc, pour ma part, très important.

« J’ai été le premier à occuper cette chambre. En treize mois, j’ai vu défiler de nombreux camarades. Certains nous ont quittés sans plus de bruit qu’ils n’en avaient fait pour venir. D’autres, réparés tant bien que mal, ont rejoint leur famille. Tous nous ont encouragés et ont promis de nous écrire pour nous dire ce qui avait changé dehors, et tous l’ont fait.

Pendant un an, nous sommes restés dans cette chambre sans nous en éloigner autrement que pour parcourir le couloir circulaire à petites enjambées timides.

Aucune musique autre que celle de la douleur n’est parvenue jusqu’à nos oreilles.

Nous avons ingurgité sept cent quatre-vingt-cinq bols de soupe mélangée à de la viande hachée, et seul l’éther a pu réveiller notre résigné.

Nous nous sommes parlé le langage du poisson-mouche.

Nous avons croisé quantité de jeunes et jolies femmes qui n’ont connu de nous que nos poses sur le bassin, l’odeur fétide exhalée par les blessures de l’intérieur, les expressions simiesques de nos traits déformés, de ces visages qui rient, déchirés par l’acier, au paroxysme de la souffrance.

Certains s’en sont pris à Dieu de les avoir élus pour témoigner de cette destruction de l’identité, d’autres s’en sont remis à lui pour renflouer leur âme naufragée. Nous avons tous maudit l’Allemand et tous nous avons été convaincus de notre utilité. »


Extraits A l’Ouest rien de nouveau de Erich Maria Remarque

Dimanche 8 mars 2009

Solène (1ère L2)

J’ai choisi cet extrait puisque j’ai trouvé qu’il montrait à quel point la guerre a brisé des vies, a sacrifié des générations. Ce thème est connu. Cependant, il est rare qu’il soit traité comme ici d’un point de vue psychologique, existentiel. Ce passage montre  en effet à quel point ces jeunes soldats ont à la fois peu et trop vécu. La guerre touche tellement à tous les paroxysmes qu’ils n’auront, après elle, plus le goût de rien.

P.19-20:

Depuis que nous sommes ici, notre ancienne vie est tranchée, sans que nous ayons rien fait pour cela. Nous essayons plus d’une fois d’en chercher la raison et l’explication, mais nous n’y réussissons pas très bien. Précisément, pour nous qui avons vingt ans, tout est particulièrement trouble : pour Kropp, Müllier, Leer et moi, pour nous tous que Kantorek appelle la jeunesse de fer. Les soldats plus âgés sont, eux, solidement reliés au passé ; ils ont une base, ils ont des femmes, des enfants, des professions et des intérêts déjà assez forts pour que la guerre soit incapable de les détruire. Mais nous, avec nos vingt ans, nous n’avons que nos parents et quelques-uns d’entre nous, une bonne amie. Ce n’est pas grand-chose. A notre âge, l’autorité des parents est réduite au minimum et les femmes ne nous dominent pas encore. A part cela, il n’y avait, chez nous, guère autre chose : un peu de rêverie extravagante, quelques fantaisies, et l’école ; notre vie n’allait pas plus loin. Et de cela il n’est rien resté. Kantorek dirait que, précisément, nous nous trouvions au seuil de l’existence. Effectivement, il en est ainsi. Nous n’avions pas encore de racines. La guerre, comme un fleuve, nous a emportés dans son courant. Pour les autres qui sont plus âgés, elle n’est qu’une interruption. Ils peuvent penser à quelque chose en dehors d’elle. Mais, nous, nous avons été saisis par elle et nous ignorons comment cela finira. Ce que nous savons, c’est simplement, pour le moment, que nous sommes devenus des brutes d’une façon étrange et douloureuse, bien que souvent nous ne puissions même plus éprouver de la tristesse.

Ce passage porte sur la déshumanisation dont sont victimes les soldats. En effet, cet extrait se passe au moment de l’assaut et nous suivons les sentiments de haine et de plaisir aussi, presque animal, que ressent le narrateur. J’ai choisi cet extrait puisque j’ai trouvé qu’à travers lui nous pouvions nous faire une idée du ressenti des soldats et de ce qui pouvait les animer. Les soldats sont possédés d’une rage et d’une violence insensées qui peuvent les pousser à commettre des actes effroyables.

P.88-89:

Nous sommes devenus des animaux dangereux, nous ne combattons pas, nous nous défendons contre la destruction. Ce n’est pas contre des humains que nous lançons nos grenades, car à ce moment-là nous ne sentons qu’une chose : c’est que la mort est là qui nous traque, sous ces mains et ces casques. C’est la première fois depuis trois jours que nous pouvons la voir en face : c’est la première fois depuis trois jours que nous pouvons nous défendre contre elle. La fureur qui nous anime est insensée ; nous ne sommes plus couchés, impuissants sur l’échafaud, mais nous pouvons détruire et tuer, pour nous sauver… pour nous sauver et nous venger.

Nous nous dissimulons derrière chaque coin, derrière chaque support de barbelés et, avant de nous retirer un peu plus loin, nous lançons dans les jambes de nos assaillants des paquets d’explosions. Le craquement sec des grenades se répercute puissamment dans nos bras et dans nos jambes ; repliés sur nous-mêmes comme des chats, nous courons, tout inondés par cette vague qui nous porte, qui nous rend cruels, qui fait de nous des bandits de grand chemin, des meurtriers et, si l’on veut, des démons, – cette vague qui multiplie notre force au milieu de l’angoisse, de la fureur et de la soif de vivre, qui cherche à nous sauver et qui même y parvient. Si ton père se présentait là avec ceux d’en face, tu n’hésiterais pas à lui balancer ta grenade en pleine poitrine.

Les tranchées de première ligne sont évacuées. Sont-ce encore des tranchées ? Elles sont criblées de projectiles, anéanties ; il n’y a plus que des débris de tranchée, des trous reliés entre eux par des boyaux, une multitude d’entonnoirs. Mais les pertes de ceux d’en face s’accumulent. Ils ne comptaient pas sur autant de résistance.


Extrait de L’adieu aux armes de Ernest Hemingway

Dimanche 8 mars 2009

Natacha (1ère L2)

Alors qu’il se trouve en mission et que la plupart de ses camarades se font tuer ou prennent la fuite, Frédéric Henry se retrouve seul et se fait arrêter par la police militaire allemande qui l’accuse de desertion. Alors qu’on s’apprête à l’éxecuter, Frédéric plonge dans l’eau et prend la fuite afin de rejoindre Catherine, la femme qu’il aime. Il ne retournera plus jamais à la guerre.

J’ai choisi cet extrait car il nous montre la réalité des choses durant la guerre : la sanction est la même pour tout le monde, les coupables et les innocents. Les carabiniers par exemple, ne cherchent pas à savoir la vérité mais à infliger une justice qui n’est en fait que la raison d’Etat. Mais cet extrait marque également un tournant important de l’histoire, celui où Frédéric décide de refuser toutes les infâmies de la guerre, et se retrouve à la fin officiellement déserteur. C’est un moment clé de l’histoire, un moment dramatique et plein de supsense, où le personnage prend une décision qui influencera le reste de sa vie et donc le reste du roman.

« Nous étions presque sur l’autre rive. Au bout du pont il y avait des officiers et des carabiniers, debout de chaque côté, munis de lampes électriques. Je voyais leurs silhouette se détacher sur le ciel. En approchant je vis un des officiers montrer du doigt un homme dans la colonne. Un carabinier alla le chercher et le ramena par le bras. Il le fit mettre à l’écart. Nous arrivions presque en face d’eux. Les officiers dévisageaient chaque homme de la colonne. Parfois ils parlaient entre eux et s’avançaient pour projeter sur un visage la lumière de leur lampe. Ils firent sortirent quelqu’un juste au moment où nous passions. Je vis l’homme. C’était un lieutenant-colonel. J’aperçus les étoiles sur sa manche quand ils l’éclairèrent. Il avait les cheveux gris. Il était petit et gros. Le carabinier le poussa derrière la rangée d’officiers. Comme nous passions, j’en vis un ou deux qui me regardaient. Puis l’un d’eux me désigna du doigt et parla à un carabinier. Je vis celui ci s’avancer vers moi. Il se fraya un passage au milieu des fuyards, et je me sentis pris au collet.

-Qu’est ce que vous voulez? dis-je.

Je le frappai au visage. Je vis son visage sous le chapeau, ses moustaches retroussées, et le sang qui lui coulait sur la joue. Un autre se précipita vers nous.
-Qu’est ce que vous voulez? dis-je.

Il ne répondit pas. Il guettait le moment de me saisir. Je mis mon bras derrière mon dos pour détacher mon revolver.
-Vous ne savez donc pas que vous n’avez pas le droit de toucher à un officier?
L’autre carabinier me saisit par derrière et faillit me désarticuler le bras en me le tordant en l’air. Je tournai avec lui, et l’autre m’attrapa le cou. Je lui donnai des coups de pied dans les tibias et, de mon genou, je le frappai dans l’aine.

-Tuez le s’il résiste dit quelqu’un.

-Qu’est ce que tout cela signifie?

J’essayais de crier, mais ma voix n’était pas bien sonore. Je me trouvais sur le bord de la route.

-Tuez le s’il résiste, dit un officier. Mettez le là, derrière.

-Qui êtes vous?

-Police des armées, dit un autre officier.

-Pourquoi ne pas me prier de venir, au lieu de me faire arrêter par un de ses « avions »?

Ils ne répondirent pas. Ils n’avaient pas à me répondre. Ils faisaient partie de la police des armées.

-Conduisez-le derrière avec les autres, dit le premier officier.
Ils me conduisirent derrière la rangée des officiers, vers un groupe qui attendait dans un champ, près du fleuve.

(…)

Ils exécutaient tous les officiers supérieurs qui avaient été séparés de leurs troupes. Ils s’occupaient aussi, sommairement, des agitateurs allemands en uniforme italien. Ils portaient des casques d’acier. Nous n’étions que deux à porter des casques d’acier. Quelques carabiniers en portaient aussi. Les autres carabiniers portaient le grand chapeau. Nous les appelions « avions ». Nous attendions sous la pluie et, les uns et les autres, nous étions interrogés et fusillés. Jusqu’alors ils avaient exécuté tous ceux qu’ils avaient interrogés. Les juges avaient ce beau détachement, cette dévotion à la stricte justice des hommes qui dispensent la mort sans y être eux-mêmes exposés. Ils étaient en train de questionner un colonel d’infanterie de ligne. Trois autres officiers venaient de grossir notre groupe. Où était son régiment ? Je regardai les carabiniers. Ils examinaient les nouveaux venus. Les autres regardaient le colonel. Je me courbai, bousculai deux hommes et, tête baissée, je m’élançai vers le fleuve. »


Orages d’aciers d’Ernest Jünger

Dimanche 8 mars 2009

Fiche de lecture d’Alice, 1ère L2 (lycée Van Dongen)

L’auteur

Ernst Jünger (1895-1998) s’engagea à 19 ans dans la Première guerre mondiale. Blessé quatre fois, devenu officier, il reçut la Croix pour le Mérite, la plus haute récompense militaire allemande. Orages d’acier est un récit autobiographique paru en 1920 : Jünger a éxécuté un travail de réécriture à partir de ses carnets de guerre. Jünger deviendra ensuite un journaliste et un intellectuel nationaliste, mais il s’opposera au nazisme.

Résumé

Ce livre raconte le quotidien d’un soldat allemand pendant quatre ans, son parcours, son évolution personnelle. Tout au long du livre, on découvre les combats et l’attente dans les tranchées, rythmée par les déplacements du front. Au début, Ernst Jünger est un « bleu », un aspirant naif qui voit la guerre comme une sorte d’aventure excitante. Plus le roman avance, plus il « grandit », il monte en grade et découvre la souffrance et l’horreur. Mais il ne cache pas non plus sa fascination pour la guerre, et montre que l’héroïsme reste possible – par exemple, à la fin, lors de la débâcle allemande, grièvement blessé au poumon, il est sauvé par ses camarades qui se sacrifient pour lui.

Commentaire

L’ouvrage nous apprend comment vivaient les combattants de la Grande Guerre, ce qui se passait au front , dans les tranchées, les mutations des soldats , mais également la perception de Jünger sur cette guerre , comment il l’a vécue personnellement , ses expériences , son parcours individuel . . . Je dirais donc que ce livre montre l’histoire des soldats de la Grande Guerre en général , et également l’histoire personnelle d’un soldat. Ce livre ne dénonce pas la guerre, il la raconte assez froidement, d’un point de vue souvent distancié et lucide. André Gide pensait que c’était « le plus beau livre de guerre, d’une bonne foi, d’une honnêteté, d’une véracité parfaites ». 

Mon avis : Je voudrais en conseiller la lecture aux autres, afin de montrer la vie des soldats pendant ce conflit , qui me paraît très dure.  De plus le livre est facile à lire. J’ai trouvé le livre assez intéressant du point de vue humain.  Mais je trouve que les descriptions de batailles sont trop longues, répétitives, et parfois ennuyeuses, même si ce rythme reflète la monotonie de la vie du combattant.

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Derniers ateliers de diction à voix haute (Lagny)

Dimanche 8 mars 2009

Voici les horaires pour la dernière série d’ateliers à voix haute prévus pour jeudi et vendredi de cette semaine :

– Jeudi 12 mars :
8h15-10h groupe 1
10h15-12h groupe 2

– Vendredi 13/03 :
8h15-10h groupe 3
10h15-11h05 groupe 1
11h10-12h05 groupe 2
12h10-13h groupe 3

Rappel de la composition des groupesCliquez ici

Voici les textes choisis par André LONCIN – cliquez ici