Extrait de La chambre des officiers, Marc Dugain

Marine (1ère L2)

J’ai choisi cet extrait parce qu’il se suffit à lui-même pour comprendre les thèmes les plus importants du roman. Ainsi, la souffrance au quotidien, la camaraderie et la perte d’identité se mêlent. De plus, ce passage rompt avec le reste du livre. En effet, ce dernier  repose principalement sur les rapports humains, laissant la souffrance physique et morale, au second plan. Ici, Adrien nous rappelle que chacun des blessés souffre et tente de se reconstruire. Il adopte un ton solennel qui émeut le lecteur. Les dernières lignes de l’extrait sonnent comme celles d’un discours permettant de se redonner mutuellement du courage pour repartir et se reconstruire. On comprend ici, loin du combat physique dans les tranchées, le combat moral que mène chacun. Il est donc, pour ma part, très important.

« J’ai été le premier à occuper cette chambre. En treize mois, j’ai vu défiler de nombreux camarades. Certains nous ont quittés sans plus de bruit qu’ils n’en avaient fait pour venir. D’autres, réparés tant bien que mal, ont rejoint leur famille. Tous nous ont encouragés et ont promis de nous écrire pour nous dire ce qui avait changé dehors, et tous l’ont fait.

Pendant un an, nous sommes restés dans cette chambre sans nous en éloigner autrement que pour parcourir le couloir circulaire à petites enjambées timides.

Aucune musique autre que celle de la douleur n’est parvenue jusqu’à nos oreilles.

Nous avons ingurgité sept cent quatre-vingt-cinq bols de soupe mélangée à de la viande hachée, et seul l’éther a pu réveiller notre résigné.

Nous nous sommes parlé le langage du poisson-mouche.

Nous avons croisé quantité de jeunes et jolies femmes qui n’ont connu de nous que nos poses sur le bassin, l’odeur fétide exhalée par les blessures de l’intérieur, les expressions simiesques de nos traits déformés, de ces visages qui rient, déchirés par l’acier, au paroxysme de la souffrance.

Certains s’en sont pris à Dieu de les avoir élus pour témoigner de cette destruction de l’identité, d’autres s’en sont remis à lui pour renflouer leur âme naufragée. Nous avons tous maudit l’Allemand et tous nous avons été convaincus de notre utilité. »

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