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L’équipage, Joseph Kessel

Lundi 9 mars 2009

Fiche de lecture de Louise, 1ère L2 (lycée Van Dongen)

L’auteur

Joseph Kessel est né en Argentine en 1898 et a émigré en France avec ses parents dès son enfance. Il fut d’abord brancardier durant quelques mois en 1914, puis journaliste au service de politique étrangère du Journal des Débats en 1915. Il fit ensuite quelques apparitions dans le monde théâtral en 1916, mais à la fin de cette année là, décida de s’investir dans la guerre et il s’engagea volontaire dans l’aviation. Cette expérience l’inspira pour son roman L’équipage, publié en 1923. Par la suite, Joseph Kessel mena une carrière de grand reporter et de romancier, auteur de romans d’aventures exotiques comme Le Lion, Les Cavaliers, etc. Il entra dans la Résistance pendant l’Occupation, et on lui doit la chanson résistante « Le chant des partisans ». Il mourut en 1979.
Résumé
C’est le récit romancé de la première guerre mondiale (1914 – 1918). Ce livre parle de l’aviation pendant la première guerre mondiale, en mélangeant amour et camaraderie. En effet, le personnage principal, qui se nomme Herbillon, s’engage dans l’aviation car cela a toujours été un rêve pour lui. Mais pour cela, il doit quitter sa compagne auquel il tient beaucoup. Arrivé au camp d’aviation, Herbillon se fait de nombreux amis qui sont aussi ses équipiers. Il se lie particulièrement d’amitié avec un dénommé Maury, et découvre qu’ils aiment la même femme, Denise. Ce lien va encore plus les rapprocher alors qu’il devrait les éloigner. L’équipage est un ensemble de personnalités toutes différentes les unes des autres, qui se complètent à merveille. Un seul point commun entre toutes ces personnes : aucune n’a peur de mourir.
Critique :
Dans ce roman, la guerre est en arrière-plan.  Nous ne ressentons pas la misère ou la déchéance des hommes, on parle davantage de la complexité de la vie amoureuse, de la fraternité, etc. Ce livre est baigné d’une ambiance de complicité et de courage. L’auteur a une vision assez optimiste de la guerre : chaque personnage paraît heureux, les seules souffrances sont liées à la vie intime : « Denise ne voulait donc pas comprendre qu’une honte atroce, pareille à celle d’un inceste brusquement révélé, qu’un sentiment unique fait de respect et de pitié, de fraternité d’armes, se trouvait à jamais souillé, corrompu ». L’auteur a conscience que cette vision paisible d’une guerre souvent dépeinte comme atroce peut paraître étonnante : « On attendait de lui des récits, arrangés à la manière des livres et comme son imagination s’en forgeait elle-même avant qu’il partît pour le front. Il s’irritait obscurément de céder à cet espoir de merveilleux qui agitait ses auditeurs et de fausser, malgré lui, la peinture de sa vie d’escadrille. L’aurait-on cru d’ailleurs s’il l’avait retracée fidèlement, avec sa paresse et ses vols pour la plupart paisibles? Le pathétique grossier des journaux avait trop nourri les imaginations pour qu’elles pussent accepter si étonnante simplicité ».
Ce livre m’a plu, parce que je trouve son propos honnête : il met en évidence le fait qu’il y a eu de la fraternité au moment de la guerre, et non pas forcément que de la haine, des combats et des morts. Il faut dire que le point de vue de l’aviateur ne peut pas être celui du poilu dans les tranchées. Je cite un passage qui me semble intéressant pour expliquer le titre du livre, page 93 : « Alors ils surent ce que les camarades entendaient par équipage. Ils n’étaient pas simplement deux hommes accomplissant les mêmes missions, soumis aux mêmes dangers et recueillant les mêmes récompenses. Ils étaient une entité morale, une cellule à deux cœurs, deux instincts que gouvernait un rythme pareil. La cohésion ne cessait point hors des carlingues. Elle se prolongeait en subtiles antennes, par la vertu d’une accoutumance indélébile à se mieux observer et se mieux connaître. Ils n’avaient fait que s’aimer ; ils se complétèrent ».


Extrait de Voyage au bout de la nuit, L-F. Céline

Lundi 9 mars 2009

De Gustave (1ère L2 – Lycée Van Dongen)

Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline est un roman autobiographique qui nous raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu : après l’expérience traumatisante des champs de bataille de la guerre de 14, cet anti-héros rencontrera partout la misère humaine, de l’enfer raciste des colonies jusqu’à l’hôpital de banlieue, en passant par les mirages de l’Amérique industrielle.

Cet extrait se trouve au début du roman, c’est la première confrontation de Ferdinand avec les Allemands, au cours de laquelle il éprouve un sentiment d’irréalité, d’absurdité totale. J’ai choisi cet extrait car il montre l’impréparation, la désillusion des jeunes soldats.
-« Tout au loin sur la chaussée , aussi loin qu’on pouvait voir , il y avait deux point noirs , au milieu , comme nous , mais c’était deux Allemands bien occupés à tirer depuis un bon quart d’heure .
Lui notre colonel , savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient , les Allemands aussi peut-être  qu’ils savaient , mais moi , vraiment , je savais pas . Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire , je ne leur avais rien fait aux Allemands . J’avais toujours été bien aimable et bien poli avec eux . Je les connaissais un peu les Allemands , j’avais même été à l’école chez eux , étant petit , aux environs de Hanovre . J’avais parlé leur langue . C’était alors une masse de petits crétin gueulards avec des yeux pâles et furtifs comme ceux des loups ; on allait toucher ensemble les filles après l’école dans les bois d’alentours , et on tirait aussi à l’arbalète et au pistolet qu’on achetait même quatre marks . On buvait de la bière sucrée . Mais de là à nous tirer maintenant dans le coffret , sans même venir nous parler d’abord et en plein milieu de la route , il y avait de la marge et même un abîme . Trop de différence .
La guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas . Ca ne pouvait pas continuer.
Il s’était donc passé dans ces gens-là quelque chose d’extraordinaire ? Que je ne ressentais , moi , pas du tout . J’avais pas dû m’en apercevoir . . .
Mes sentiments toujours n’avaient pas changé à leur égard . J’avais comme envie malgré tout d’essayer de comprendre leur brutalité , mais plus encore j’avais envie de m’en aller , énormément , absolument , tellement tout cela m’apparaissait soudain comme l’effet d’une formidable erreur. «