Extrait de Voyage au bout de la nuit, L-F. Céline

De Gustave (1ère L2 – Lycée Van Dongen)

Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline est un roman autobiographique qui nous raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu : après l’expérience traumatisante des champs de bataille de la guerre de 14, cet anti-héros rencontrera partout la misère humaine, de l’enfer raciste des colonies jusqu’à l’hôpital de banlieue, en passant par les mirages de l’Amérique industrielle.

Cet extrait se trouve au début du roman, c’est la première confrontation de Ferdinand avec les Allemands, au cours de laquelle il éprouve un sentiment d’irréalité, d’absurdité totale. J’ai choisi cet extrait car il montre l’impréparation, la désillusion des jeunes soldats.
-« Tout au loin sur la chaussée , aussi loin qu’on pouvait voir , il y avait deux point noirs , au milieu , comme nous , mais c’était deux Allemands bien occupés à tirer depuis un bon quart d’heure .
Lui notre colonel , savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient , les Allemands aussi peut-être  qu’ils savaient , mais moi , vraiment , je savais pas . Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire , je ne leur avais rien fait aux Allemands . J’avais toujours été bien aimable et bien poli avec eux . Je les connaissais un peu les Allemands , j’avais même été à l’école chez eux , étant petit , aux environs de Hanovre . J’avais parlé leur langue . C’était alors une masse de petits crétin gueulards avec des yeux pâles et furtifs comme ceux des loups ; on allait toucher ensemble les filles après l’école dans les bois d’alentours , et on tirait aussi à l’arbalète et au pistolet qu’on achetait même quatre marks . On buvait de la bière sucrée . Mais de là à nous tirer maintenant dans le coffret , sans même venir nous parler d’abord et en plein milieu de la route , il y avait de la marge et même un abîme . Trop de différence .
La guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas . Ca ne pouvait pas continuer.
Il s’était donc passé dans ces gens-là quelque chose d’extraordinaire ? Que je ne ressentais , moi , pas du tout . J’avais pas dû m’en apercevoir . . .
Mes sentiments toujours n’avaient pas changé à leur égard . J’avais comme envie malgré tout d’essayer de comprendre leur brutalité , mais plus encore j’avais envie de m’en aller , énormément , absolument , tellement tout cela m’apparaissait soudain comme l’effet d’une formidable erreur. « 

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