Extrait des Croix de bois, Roland Dorgelès

De Viktor (1ère L2 – Lycée Van Dongen)

Le roman Les Croix de Bois de Roland Dorgelès comporte 17 chapitres pouvant se lire comme des épisodes, la plupart n’ayant pas de liens entre eux. Certains racontent les moments de repos des soldats, les batailles ou bien les nombreuses marches et attentes avant les combats, mais aussi le retour de l’un deux à la vie civile. Le  livre nous montre donc la Grande Guerre des soldats dans sa globalité et non en se focalisant sur seulement sur les batailles. Le passage que j’ai choisi raconte l’exploit d’un soldat qui fait preuve d’une bravoure et d’une endurance hors du commun lors d’un affrontement.

J’ai choisi cet extrait car c’est un moment marquant du livre, qui montre un de ces héros de guerre qui restent seulement dans les mémoires de quelques soldats et qui donc ne sont pas connus du grand public. C’est aussi l’un des moments les plus émouvants du livre.

Page 39/40 :

« Entre deux salves, on vit quelque chose s’agiter dans les trous d’obus, une forme se relever, un des survivants avait dénoué sa ceinture de flanelle, une large ceinture rouge, et, agenouillé sur le bord de son trou, à trente pas des Allemands, il agitait son fanion, le bras levé très haut.

– Rouge ! Il demande qu’on allonge le tir, cria la tranchée.

Secs, tragiques, des coups de mauser claquèrent. Le soldat s’était recouché, touché peut-être… Des obus piochèrent encore le point maudit, arrachant un tourbillon de terre dans la fumée lourde. Anxieux, nous attendions que le nuage s’écartât…

Non, il n’était pas mort. L’homme se redressait en levant le bras très haut, il agitait sa ceinture d’un grand geste rouge. Encore une fois les Boches tirèrent. Le soldat retomba…

On hurlait…

– Salauds ! Salauds !

– Il faut attaquer, criait Gilbert hagard.

Entre deux bordées de tonnerre, le soldat se relevait toujours, son fanion au poing, et les balles ne le faisaient coucher qu’un instant. « Rouge ! Rouge ! » répétait la ceinture agitée. Mais notre artillerie prise de folie continuait de tirer, comme si elle eût voulu les broyer tous. Les obus encerclaient le groupe terré, se rapprochaient encore, allaient les écraser…

Alors, l’homme se leva tout droit, à découvert, et d’un grand geste fou, il brandit son fanion, au-dessus de sa tête, face aux fusils. Vingt coups partirent. On le vit chanceler et il s’abattit, le corps cassé, sur les fils acérés dont les liens le reçurent. »

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