Tous les billets du 15 mars 2009

Extrait de Dans La Guerre, Alice Ferney.

Dimanche 15 mars 2009

Par Justine, 1ère L2 (lycée Van Dongen

Cet extrait est tiré du roman Dans la guerre d’Alice Ferney publié en 2003, qui raconte le quotidien de deux époux séparés par la guerre, Jules et Félicité. Le dernier chapitre, intitulé « Armistice »,  décrit ce jour du 11 novembre 1918, qui est censé être un jour heureux et mémorable, mais qui fut surtout le début d’une longue période de deuil. L’extrait montre aussi que cette guerre ne servira pas forcément de leçon, qu’elle finira par être oubliée, et que les hommes se rendront à nouveau coupables des mêmes horreurs.

« Le mot « armistice » est le plus beau du monde, pensait Félicité. Mais une ombre étreignait son cœur généreux : comment partager la joie des autres quand ce jour de paix ne ramènera aucun soldat dans votre maison ? Jules était mort. Petit-Louis était mort. Il ne fallait pas l’oublier. Est-ce que les enfants n’allaient pas justement se mettre à réclamer leur père ? Cette possibilité l’inquiétait. Pauvre petits ! Elle n’attendait personne. On prévenait déjà que la démobilisation serait lente, qu’il faudrait être patient, que beaucoup de soldats étaient blessés… Félicité se désolait qu’aucune de ces exhortations ne la concernât. Patiente ! A la place des chanceuses, comme elle l’aurait été, croyait-elle. Les cloches sonnaient. On criait partout. Ils criaient parce que c’était fini comme ils avaient crié parce que ça commençait, remarquait Félicité. Il fallait de la bonté pour se réjouir avec la foule. Elle l’écrivait à Brêle qui, en Espagne, commençait à revivre. Son cœur là-bas recollait ses fragments, nourrissant une fringale de beauté avec le visage de Félicité. Quel prénom elle avait là ! pensait-il, plongé dans la belle eau de l’amour naissant. La vie et la mort se nouaient en une embrassade funeste au creux de lui-même. Une ouverture lumineuse s’était faite dans le sombre de la guerre, mais la mémoire ne s’effaçait pas devant l’avenir. Nous serons toujours des êtres d’après cette barbarie, écrivait Brêle, et vous verrez, bientôt on ne saura même plus pourquoi l’on s’est battus. D’ailleurs ça fait bien longtemps que personne ne le sait plus. On découvrira que tout ça n’a servi à rien. »


Extrait de La main coupée, Blaise Cendrars

Dimanche 15 mars 2009

Par Emilie, 1ère L2 (lycée Van Dongen)

La main coupée de Blaise Cendrars est un roman autobiographique. Ce titre fait référence à la mutilation que l’auteur dut subir après avoir été blessé au cours de la première guerre mondiale. Nous suivons l’avancée du conflit à travers les différents portraits et hommages que fait Blaise Cendrars de ses propres camarades, pour la plupart tués au combat.

L’extrait choisi fait partie du portrait de Garnéro, qui survivra par miracle : Blaise Cendrars, qui le croyait mort, ne le retrouve que dix ans plus tard ! Le récit que fait Garnero de sa « résurrection » est haletant, terrifiant : nous éprouvons les sentiments d’un homme enterré vivant par ses propres amis ! 

 » Est ce que je suis vraiment mort, caporal ? je l’ai cru quand vous m’avez flanqué des pelletées de terre sur la figure et que je vous ai entendus vous éloigner. Oui, j’étais bien mort ou tout au moins en train de crever pour de bon, lentement, sûrement, et je tournais de l’oeil quand une douleur fulgurante m’a fait revenir à moi. C’était ce bon dieu d’obus qui m’a emporté la jambe et qui m’avait déterré et envoyer dinguer à 100 mètres. Alors, je me suis mis à gueuler. Oh, veine ! ma voix sortait et l’on est venu le ramasser. Mais si vous, salauds, n’étiez pas venus me changer de place, jamais le deuxième obus ne m’aurait trouvé justement là pour me prendre la jambe et me rendre la voix, et j’aime mieux parler que courir. « 

(extrait trop court ! Prenez aussi ce qui précède, c’est passionnant!)


Extrait de Johnny s’en va en guerre, Trumbo DALTON

Dimanche 15 mars 2009

Dounia, 1L2, Lagny

Johnny s’en va en guerre de Trumbo DALTON

Ce roman est plutôt dur et triste (âmes sensibles s’abstenir!) : le héros, Joe, blessé à la guerre, se retrouve du jour au lendemain amputé des bras et des jambes, sourd et aveugle. Coupé du monde, il se souvient de son passé par flash back. Il essaie malgré tout de reprendre goût à la vie, et espère qu’il sera accepté tel qu’il est. Ce roman publié en 1939 n’évoque guère les champs de bataille, la plus grande partie de l’histoire se déroulant dans l’hôpital où Joe est soigné. mais il traite des conséquences atroces de la guerre – des dégâts physiques et psychologiques, des vies détruites… Dans ce passage qui est une ode à la vie, l’auteur, par la voix de Joe, délivre un message pacifiste explicite.

Il n’y a rien de noble dans le fait de mourir. Même pas si vous mourez l’honneur. Même pas si vous mourez en héros, si vous êtes le plus grand héros que la terre ait porté. Même pas si vous êtes célèbre au point de rendre votre nom inoubliable et qui donc atteint pareille célébrité ? La chose qui a le plus d’importance c’est votre vie mes petit gars. Mort vous n’êtes bons à rien, sinon a servir de sujet aux discours. Ne les laissez plus vous duper. Ne leur prêtez pas d’attention quand ils vous taperont sur l’épaule en disant venez nous allons nous battre pour la liberté ou quel que soit le mot qu’ils emploieront car il y a toujours un mot. Dites tout simplement désolé monsieur je n’ai pas le temps de mourir je suis trop occupé et puis tournez les talons et courez comme le diable. S’ils vous traitent de lâche, n’y prêtez pas attention car votre rôle consiste à vivre et non à mourir. S’ils vous parlent de mourir pour des principes qui sont supérieur à la vie, répondez non monsieur vous êtes un menteur. Rien n’est supérieur à la vie. Qu’y a t-il de noble à être enseveli dans la terre et à se décomposer? Qu’y a-t-il de noble à être aveugle et sourd et muet? Qu’y a-t-il de noble à être mort? Quand on est mort monsieur tout est terminé. C’est la fin. On est moins qu’un chien moins qu’un rat moins qu’une abeille ou une fourmi moins qu’un vermisseau qui rampe sur un tas de fumier. On est mort monsieur et on est mort pour rien. On est mort monsieur. Mort.