Extrait de Dans La Guerre, Alice Ferney.

Par Justine, 1ère L2 (lycée Van Dongen

Cet extrait est tiré du roman Dans la guerre d’Alice Ferney publié en 2003, qui raconte le quotidien de deux époux séparés par la guerre, Jules et Félicité. Le dernier chapitre, intitulé « Armistice »,  décrit ce jour du 11 novembre 1918, qui est censé être un jour heureux et mémorable, mais qui fut surtout le début d’une longue période de deuil. L’extrait montre aussi que cette guerre ne servira pas forcément de leçon, qu’elle finira par être oubliée, et que les hommes se rendront à nouveau coupables des mêmes horreurs.

« Le mot « armistice » est le plus beau du monde, pensait Félicité. Mais une ombre étreignait son cœur généreux : comment partager la joie des autres quand ce jour de paix ne ramènera aucun soldat dans votre maison ? Jules était mort. Petit-Louis était mort. Il ne fallait pas l’oublier. Est-ce que les enfants n’allaient pas justement se mettre à réclamer leur père ? Cette possibilité l’inquiétait. Pauvre petits ! Elle n’attendait personne. On prévenait déjà que la démobilisation serait lente, qu’il faudrait être patient, que beaucoup de soldats étaient blessés… Félicité se désolait qu’aucune de ces exhortations ne la concernât. Patiente ! A la place des chanceuses, comme elle l’aurait été, croyait-elle. Les cloches sonnaient. On criait partout. Ils criaient parce que c’était fini comme ils avaient crié parce que ça commençait, remarquait Félicité. Il fallait de la bonté pour se réjouir avec la foule. Elle l’écrivait à Brêle qui, en Espagne, commençait à revivre. Son cœur là-bas recollait ses fragments, nourrissant une fringale de beauté avec le visage de Félicité. Quel prénom elle avait là ! pensait-il, plongé dans la belle eau de l’amour naissant. La vie et la mort se nouaient en une embrassade funeste au creux de lui-même. Une ouverture lumineuse s’était faite dans le sombre de la guerre, mais la mémoire ne s’effaçait pas devant l’avenir. Nous serons toujours des êtres d’après cette barbarie, écrivait Brêle, et vous verrez, bientôt on ne saura même plus pourquoi l’on s’est battus. D’ailleurs ça fait bien longtemps que personne ne le sait plus. On découvrira que tout ça n’a servi à rien. »

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