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Extrait de L’Eté 14, Les Thibault, Roger Martin du Gard

Lundi 23 mars 2009

Par Julie, 1ère L2

Dans la saga des Thibault, Roger Martin du Gard s’intéresse à la manière dont l’histoire influence les destinées individuelles. Dans le volume intitulé l’Eté 14, on assiste à l’approche de la guerre : sont évoqués en arrière-plan les événements politiques, mais aussi les mentalités de l’avant guerre, à travers deux frères, Jacques et Antoine, qui n’ont pas du tout le même regard sur la situation. Jacques, le socialiste révolutionnaire, s’attend à ce qu’une guerre éclate ; Antoine, le brillant médecin, ne pense pas que la guerre soit possible car selon lui les dirigeants font tout pour maintenir la paix, et ce qui l’interesse avant tout c’est de pouvoir exercer son métier sans que rien ne le gêne. J’ai choisi cet extrait car il montre bien cette opposition : le premier incarne la révolte, le second la prudence, le sens du devoir et le respcet de l’ordre établi. La deuxième raison pour laquelle j’ai choisi cet extrait est qu’il nous montre qu’une guerre peut arriver à n’importe quel moment, sans que l’on s’en rende vraiment compte.

         « Tu crois vraiment qu’une guerre couve dans les Balkans ? »

Jacques regardait fixement son frère :

       «  Est-ce possible qu’à Paris vous n’ayez  pas encore la moindre notion de ce qui se passe depsuis trois semaines ? Tous ces présages qui s’accumulent ! Il ne s’agit plus d’une petite guerre  dans les Balkans : C’est toute l’Europe, cette fois, qui va droit à une guerre ! Et vous continuez à vivre, sans vous douter de rien ? »

       – « Tzs tzs », fit Antoine, sceptique.

Pourquoi pensa-t-il soudain au gendarme qui était venu, un matin, de cet hiver à l’heure où il allait partir pour l’hôpital, changer l’ordre de mobilisation de son livret ? Il se souvint qu’il n’avait même pas eu la curiosité de regarder quelle était sa nouvelle affectation Après le départ du gendarme, il avait jeté le livret dans quelque tiroir – Il ne savait même plus où…

-«  Tu n’as pas l’air de comprendre, Antione… Nous sommes arrivés au moment où, si tous font comme toi, si tous laissent les choses aller, la catastrophe est inévitable… Déjà, à l’heure actuelle, il suffirait, pour la déclencher, d’un rien, d’un stupide coup de feu sur la frontière austro-serbe… »

Antoine ne disait rien. Il venait de recevoir un léger choc. Une bouffée de chaleur lui enflamma le visage. Ces paroles touchaient brusquement en lui comme un point secret que, jusqu’alors, aucune sensibilité particulière ne lui avait permis de localiser. Lui aussi, comme tant d’autres en cet été de 1914, se sentait vaguement à la merci d’une fébrilité collective, contagieuse – d’ordre cosmique, peut-être ? – qui circulait dans l’air. Et, pendant quelques secondes, il subit, sans pouvoir s’en défendre, l’angoisse d’un pressentiment. Il surmonta presque aussitôt cet absurde malaise, et, réagissant à l’extrême, comme toujours, il prit plaisir à contredire son frère – mais sur un ton conciliant :

       «  Naturellement, là dessus, je suis moins renseigné que toi… Tout de même, reconnais avec moi que, dans une civilisation comme celle de l’Europe occidentale, l’éventualité d’un conflit général est à peu près impossible à imaginer ! Avant d’en arriver là, il faudrait, en tout cas de tels revirements d’opinion !… Cela demanderait du temps, des mois, des années peut être… pendant lesquels d’autres problèmes surgiraient, qui enlèveraient à ceux d’aujourd’hui leur virulence… »

Il sourit tout à fait rasséréné par son propre raisonnement.

 

 


Extrait de Verdun, Jules Romains.

Lundi 23 mars 2009

Par Cynthia, 1ère L2

Verdun est un extrait du cycle romanesque Les hommes de bonne volonté, écrit par Jules Romains. Cet épisode raconte la vie de plusieurs soldats partis au front, durant la première guerre mondiale. L’extrait est une partie d’un dialogue entre Jallez et Jerphanion. Ce dernier est un soldat en permission. Ils sont assis à une terrasse et le soldat raconte à son amie ce qu’il vit chaque jour dans les tranchées de Verdun, avec beaucoup d’émotion et d’amertume. J’ai choisi ce passage car le personnage prend du recul, il démystifie cette bataille historique. Loin d’être épique, le quotidien du poilu s’avère minable, dérisoire.

Qu’est-ce qui m’a le plus démoralisé durant cette période ? Oh ! même pas les trois jours de famine. Je crois bien que c’est l’état dans lequel était ce secteur qu’on nous donnait à garder, l’aspect lamentable de ces trous qu’on osait appeler nos tranchées… oui la pauvreté de tout cela, l’absence d’organisation, de prévision ; et le travail que nous avons dû faire pour creuser hâtivement, sous les sifflements d’obus des deuxièmes, des troisièmes lignes, que ces feignants de la Région Fortifiée avaient eu six mois, un an, pour préparer, sans même s’exposer aux marmites ; un travail qui s’ajoutait à l’épuisement de la faction, des alertes, des corvées… D’abord c’est incroyable comme on peut s’attacher, accorder du prix à ce qu’il y a d’organisé, d’humain dans un secteur ; surtout bien entendu quand on le pratique pendant longtemps, et que chaque fois qu’on y remonte on retrouve des habitudes, des petites manies qu’on y a laissées. Mais même s’il est nouveau pour vous, les habitudes, les petites manies du prédécesseur ont fait le lit des vôtres. Le lieu est habitable, même s’il y pleut des obus. Ce ravin d’Haudromont était scandaleusement inhabitable… Il y a encore ceci, qu’en arrivant là-haut, je m’attendais, comme disent les journalistes, à “entrer dans le fournaise de Verdun”. Tu comprends ? Obus de tous les cotés, bataille dans les bois, avances, reculs ; attaques, contre-attaques ; une avalanche de périls massifs… donc, certainement quelque chose de plus terrible que ce que nous avons trouvé… des rafales d’émotions plus répétées et plus violentes…