Première semaine de février

De la reconnaissance

Je crois que c’est un terme à la mode (à la mode, à la mode …) car la semaine passée et cette semaine regorgent de reconnaissance, avec des sens quelques fois bien divers.

Handball : la reconnaissance est d’abord la gratitude envers un exploit, ici, sportif;

Egypte : c’est ici la compréhension claire des évènements, saisir le sens des phénomènes, légitimer les revendications des personnes;

Tunisie : la reconnaissance est ici un acte de vaillance, et c’est par cet acte que la communauté appuie la volonté des Tunisiens d’être libres, loin des Trabelsi ;

BD : la reconnaissance est ici un acte de mémoire, pour la personne primée (Art Spiegelman), pour son travail (Mauss), mais aussi sur son sujet (la Shoah).

La reconnaissance peut sûrement prendre d’autres formes, mais je crains que cela soit sans fin, et qu’on veuille tout mettre dedans (Voir les articles d’Eurosport, d’Ouest-France, du Post, du Monde).

  • Infos essentielles

La contamination de  la révolte. La Tunisie a ouvert le chemin pour la révolte, mais aussi pour faire avancer le débat sur la réalité de la démocratie en Afrique.  En Algérie, on se rappelle de la révolution de 1988, qui avait entraîné la démission de Chadli, et les algériens veulent voir partir Bouteflika, responsable des maux de leur pays. Seulement, comme en Egypte, le président de ce pays n’a pas l’air de saisir l’importance, ni l’écho d’une telle révolte. Plutôt que d’écouter les algériens, le gouvernement actuel décide d’accentuer la répression. La démocratie est toujours en question dans la République Centrafricaine. Pourtant l’organisation des élections avait été difficile, mais leur déroulement montrait de la part des dirigeants actuels la volonté d’instaurer une légitimité. Or, derrière ces actes, se dresserait une contestation, démontrant une fraude massive. La démocratie a un long chemin à faire. Au Moyen-Orient, la question se pose aussi, à tel  point que le président yéménite a décidé de jeter l’éponge, plutôt qu’essayer d’obtenir un nouveau mandat. Restent que les situation tunisienne et égyptienne ne sont pas réglés. J’ai vu un extrait des interventions d’Emmanuel Todd, un historien et un politologue brillant. Invité dans l’émission « Ce soir ou jamais » du mardi 1er février, il avait plaidé pour que nous, les occidentaux, jettent un regard neuf sur ce qui se fait en Afrique ou ailleurs. Selon lui, nous avons tendance à implanter notre système de pensée sur le monde en oubliant que le monde ne fonctionne pas comme nous. Todd avait repris l’intervention d’un autre participant, qui avait dit que les occidentaux devraient s’abstenir de tout jugement sur l’Afrique (cet intervenant avait repris la Une de Libération « A qui le tour » montrant d’autres despotes). Todd avait critiqué le fait que certains français jugeaient la révolte égyptienne mal partie, car il y avait les « frères musulmans ». Le politologue avait dit que les français étaient devenus libres en 1789 en se séparant de l’Eglise notamment. Mais Todd avait dit aussi que la démocratie était née en Grande-Bretagne grâce au protestantisme, et que selon lui, le puritanisme avait joué un grand rôle aux Etats-Unis, et que l’Allemagne avait elle aussi subie une influence religieuse la menant vers la démocratie. Todd avait conclu qu’il fallait se rappeler du cas de l’Iran, à la chute du Shah, la dynastie iranienne déchue (Voir l’article de Wikipédia, de radio-canada, du Monde, de CRI Online,  et l’émission du mardi 1er février).

  • A suivre

Des super infirmiers : voici une nouvelle profession. Face au vieillissement de la population, et aux besoins croissants qui sont liés,  un rapport a été remis au gouvernement. Ces infirmiers supers seraient les infirmiers les plus expérimentés, et on pourrait élargir leurs compétences, afin qu’ils deviennent des praticiens. Il y a deux hics : qui se cache derrière ce « on » qui octroie à un infirmer la possibilité de devenir un praticien; et deuxième hic : ces infirmiers deviendraient-ils réellement des praticiens, avec le même statut etc. , cela risquant de remplacer les médecins ? Certains infirmiers font de longues études, et selon les auteurs du rapport, il serait juste de reconnaître aussi leur expériences, pouvant permettre une sorte de promotion. Cela peut être encourageant, dans un milieu de travail difficile comme l’est l’hôpital, mais il  y a beaucoup de questions à régler pour cette idée soit une bonne idée. A suivre donc … (Voir l’article du Figaro).

– La liste des 77 médicaments incriminés, avec effets secondaires et indésirables (voir les Nouvelles de Tahiti).

  • Valeur 0

Tirer des performances du féminin ; le marché du vin ; de la brevetabilité des logiciels ; le manuel numérique ; un constat à saisir ; les meilleures pratiques de l’éducation 2.0 ; un FAI sous-marin ; du quotidien aberrant de nos collègues du premier degré ; des expulsions aux Etats-Unis sur des étudiants indiens ; il ira tout de même ; y ‘en a qui ont de drôles d’idées ; de la garde à vue à suivre ; qui a dit qu’Internet était extensible à l ‘infini ? ; il y a eu un bond, c’est peut-être aussi à cause du prix non ? ; qui sème le vent … ; la pieuvre nominée ? ; « le degré d’inconscience »; une vieille affaire resurgit… ? ; la preuve que c’est possible ;

  • En extra :

Vous pouvez cliquez sur les présentations suivantes pour les voir en plein écran.

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Au-dessus voici les deux textes qui font débat dans le monde des docs. J’ai pas l’habitude de m’apitoyer sur mon sort, et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer. Surtout que le débat risque d’être caduc tant que la nouvelle circulaire ne remplace pas l’ancienne. Le premier texte est un document de travail pouvant amener ce changement, le deuxième est le texte actuel. Pour faire court, jusqu’ici nous avons 4 missions : la formation (notamment des élèves), l’accueil des publics (avec des activités liées au projet pédagogique de l’établissement), la gestion (du fonds) et l’ouverture culturelle. Si le texte en discussion passe on passerait à trois missions : la formation (des élèves, avec une culture de l’information à établir), une ouverture culturelle (vers l’extérieur), et la gestion (qui se coupe en : une politique documentaire à l’échelle de l’établissement, et une politique de la diffusion de l’information). On peut chercher longtemps, mais je vois des problèmes à venir :
– on perd la mission de l’accueil, qui définissait pour nous un axe pédagogique, car l’on faisait l’accueil selon les activités de l’établissement. On perd aussi la notion de plage horaire (30h + 6h) Il était précisé qu’on pouvait être acteurs de ces actions pédagogiques;
– il y a un glissement vers le numérique : en politique documentaire on pourrait nous demander de gérer les accès numériques, l’analyse des besoins informatiques et numériques, la formation des enseignants sur une demande précise, de réfléchir sur la lecture, et notamment à l’écran. C’est surtout en gestion et diffusion de l’information qu’il y a un changement: la diffusion du fond sets accrue (merci l’abonnement à e-sidoc), travaille sur les ressources pour l’accueil pédagogique des élèves (qui n’est plus mentionné d’ailleurs), facilité l’intégration des TIC auprès des collègues et peut « contribuer à l’animation du site Internet ».
Bon avec tout cela, on risque de changer de profil, mais on peut écarter deux craintes : on reste bien professeur documentaliste, et l’aspect formation n’est pas enlevée, mais elle serait mise en pointillés car nous n’aurons plus qu’une contribution auprès des élèves (à l’esprit critique et  à l’acquisition de compétences documentaires). Ah oui, on participe plus au B2I et à l’apprentissage personnalisé (AP pour les intimes).
On peut y passer des heures, mais il y a autre glissement que je note: on passe de missions essentiellement pédagogiques à des missions essentiellement de gestion. Surtout que pour la gestion merci, la politique documentaire passe encore, mais la gestion et la diffusion de l’information telle qu’elle est présentée va manger notre temps de présence. Faire de la veille, les docs la font, mais elle reste confinée à certains domaines. Là il n’y a plus de restrictions, la veille pourrait se faire sur n’importe quelle discipline, j’imagine le topo :
– Salut doc (prof de SVT), tu connais le dernier logiciel sur l’anatomie humaine, tu peux me dire lequel est le mieux entre le logiciel X, qui présente la circulation sanguine en flash, et le logiciel Y qui la présente de manière 3D?
– Euh, tu me laisses un peu de temps je vais voir cela …
– Eh doc (prof de langues), j’ai besoin de  savoir si t’as des informations sur les compétences à développer en anglais, à l’oral du bac ST2S, et aussi sur les épreuves SP3S
– …
– Monsieur Doc (proviseur), j’ai besoin de savoir sur le RLR si les dispositions de la Sofia (loi sur les rétribution des droits d’auteurs), s’appliquent aux cours et dans quelles circonstances.
– Je vais le faire tout de suite M. Le Proviseur
– Et Doc (collègue administrateur réseau), on vient de passer à Linux, tu peux m’aider mettre BCDI en ligne ?  Et tu peux me dire ce que tu veux mettre sur l’ENT? Tu sais qu’on ne peut pas enlever les jeux, il y a des profs qui sont contre. Ah et puis, tu peux m’aider à paramétrer le firewall académique, tu m’avais parler d’adresses à interdire …
– Ahhhrgh ! (le doc décroche son téléphone, devenant inaccessible, et va prendre des médicaments contre l’anxiété).
Bon je plaisante, mais à force de forcer sur la quantité de tâches à faire sans s’arrêter sur la qualité des services on risque d’aller droit dans le mur. Mais tant que les rectorats trouvent du personnel à reconvertir tout se passera bien, quand vous êtes prof déprimé vous pouvez devenir doc (mais quand on est doc déprimé on peut pas devenir prof, vous comprenez, il faut des compétences …).
Il reste, et je finirai là-dessus, plusieurs opinions divergentes chez les docs :
– La première est la plus connue, défendue par la Fadben (la fédé des assocs de doc-bibliothécaires de l’Educ Nat), qui disent que puisque nous sommes profs-docs, autant aller jusqu’au bout et devenir profs à part entière, avec accueil en CDI comme pour une classe, que la documentation devienne une discipline, et qu’on pourrait évaluer les élèves comme n’importe quel collègue. Opinion répandue certes, mais minorée, car la Fadben ne peut prétendre représenter tout le monde, la plupart des docs affirment qu’ils sont choisi le métier de doc pour deux raisons : la diversité des missions et le fait qu’ils ne sont pas profs.
– La deuxième est la majorité silencieuse. Elle est ambigüe, car elle repose sur plusieurs principes : on est prof, donc on forme les élèves, mais on ne veut pas forcément les évaluer (un peu comme les médecins qui sont dans le privé mais qui ont une mission de service public car ils rendent services à tout à chacun). On gère le fonds, mais on n’est pas bibliothécaire, car notre gestion n’a de réalité que si on s’occupe des publics.
– Et puis il y a ceux qui se définissent d’abord comme docs. C’est plus mon cas, mais on n’est pas meilleurs que les autres. On ne se reconnait pas comme profs d’une future discipline, même si on insiste sur la nécessité d’une formation à l’information. On reprend l’idée d’une gestion, mais à taille humaine pour un public. Pas comme cela est écrit dans le document de travail. Notre préoccupation principale est de faire coïncider la gestion, et notamment l’accès aux ressources, avec l’usage des publics.
Ces trois profils sont très proches, mais ils n’ont pas été reconnus depuis le début des docs, la circulaire date de 1986. Comme quoi la reconnaissances peut être aussi un interprétation de la réalité …
  • En vidéo:

La première est le dernier tubes des Fatals Picards, la deuxième est le tube Elephant des Whites Stripes (disparu il y a peu).

Image de prévisualisation YouTube

  • En aparté:

– Les média traditionnels, que sont les deux première chaînes, ont eu une baisse d’audience. La cause serait double : la couverture de la révolution en Tunisie, et l’absence de sujets nationaux. En gros, ceux qui regardent TF1 ou France2 veulent bien qu’on parle des révolutions dans le monde arabe, mais aimeraient qu’on parle aussi de leur pays, même s’il ne se passe rien… De là deux hypothèses : soit les téléspectateurs, ceux qui ne ressemblent pas aux internautes, en ont eu marre de la couverture internationale, et préfèrent voir autre chose même si c’est futile (ce qui n’est guère élogieux pour eux); soit le traitement de la couverture médiatique internationale était lourde et inadaptée… Dans les deux cas, on comprend un peu mieux pourquoi la TV perd de l’influence vis-à-vis du Net …

– la galerie d’art de Google. Cette entreprise lance Art Project, permettant aux internautes de naviguer dans les musées. A voir.