Guerre 14-18
12 03 2008Lazare Ponticelli, le dernier poilu est décédé aujourd’hui. Les soldats de la première guerre mondiale étaient surnommés ainsi à cause des conditions de vie dans les tranchées. En effet, les militaires laissaient pousser barbe et moustache et, de retour à l’arrière, paraissaient tous « poilus ». Mais, et sans aucun doute surtout, le mot « poilu » désigne aussi à l’époque dans le langage familier quelqu’un de courageux.
Je vous conseille donc la lecture de ces deux très beaux romans sur les soldats de la Première guerre.
Le premier retrace l’histoire des gueules cassées c’est-à-dire des soldats défigurés pendant les combats. La chirurgie reconstructrice n’existait pas encore et, à leur retour du front, ils devaient donc vivre avec un visage ravagé. L’auteur, Marc Dugain, s’est servi de l’histoire de son grand-père pour rédiger La Chambre des officiers. Il y retrace le parcours d’Adrien qui, blessé par un éclat d’obus, est conduit dans « la chambre des officiers ». Il y séjourne avec d’autres soldats défigurés. Ils sont privés de miroir mais pas d’amitié.
Le deuxième vous mettra dans la peau de plusieurs poilus. Laurent Gaudé a en effet choisi le point de vue interne dans Cris. Le roman est composé de multiples paragraphes qui, tous, commencent par le nom d’un poilu. Vous serez donc dans la tête de chacun d’eux. Tous vivent la même guerre mais, ne portent pas le même regard sur les faits, la vie, l’espoir. Le début peut sembler déroutant, il faut néanmoins se laisser embarquer dans ce « témoignage ».
Vous pouvez aussi lire la BD de Tardi intitulée C’était la guerre des tranchées. A travers ses dessins en noir et blanc, l’auteur met en scène la cruauté des combats, le froid, la peur. La guerre devient un personnage à part entière.

J’ai lu le premier roman, La Chambre des Officiers, et c’est l’un des meilleurs romans traitant ce sujet. Déjà à cause de l’originalité, ici on ne parle pas des tranchés, des batailles, mais d’après, quand il ne reste plus que les blessures et qu’il faut vivre avec. Bien sûr la guerre est évoquée, mais elle s’éclipse pour laisser de la place au personnage et à la reconstruction de sa vie. De plus, les gueules cassées ne sont pas un thème souvent vu lorsque l’on aborde le sujet de la guerre 14-18. On ne fait que l’effleurer, tout au plus. Comparé a l’ampleur de la guerre, un visage détruit n’est pas si important. Ce roman nous prouve le contraire, et plusieurs questions se posent : comment vivre avec ce handicap ? que vont penser les autres ? comment le dire à ma famille? est-ce que ça va me gêner tout les jours ? est-ce que je vais m’habituer ?… Bref, un très beau roman que je conseille vivement. De plus il se lit très vite, ce qui représente toujours un plus.