Pactes autobiographiques
25 11 2008Vous allez devoir écrire votre pacte autobiographique. Vous pourrez trouver ici de nombreux exemples, très différents les uns des autres.
En voici trois autres :
Je n’écris ni un roman, ni l’histoire d’un personnage illustre. Digne ou indigne, ma vie est ma matière, et ma matière est ma vie. Ayant vécu sans jamais penser que l’envie pût un jour me venir de l’écrire, elle aura peut-être un caractère intéressant qu’elle n’aurait pas, sans doute, Si j’avais vécu dans l’intention de l’écrire dans mes vieux ans et, qui plus est, de la publier.
À l’âge de soixante-douze ans, en 1797, lorsque je puis dire vixi, quoique je vive encore, il me serait difficile de me créer un amusement plus agréable que celui de m’entretenir de mes propres affaires, et de fournir un beau sujet de rire à la bonne compagnie qui m’écoute, qui m’a toujours donné des preuves d’amitié et que j’ai toujours fréquentée. Pour bien écrire, je n’ai qu’à m’imaginer qu’elle me lira.
Quant aux profanes que je ne pourrai empêcher de me lire, il me suffit de savoir que ce n’est point pour eux que j’écris.
En me rappelant les plaisirs que j’ai eus, je les renouvelle, j’en jouis une seconde fois, et je ris des peines que j’ai endurées et que je ne sens plus. Membre de l’univers, je parle à l’air et je me figure rendre compte de ma gestion, comme un maître d’hôtel le rend à son maître avant de disparaître.
CASANOVA, Mémoires (préface), publiés après la mort de l’auteur.
« En fait de détails atroces, mon livre n’ajoutera rien à ce que les lecteurs du monde entier savent déjà sur l’inquiétante question des camps d’extermination. Je ne l’ai pas écrit dans le but d’avancer de nouveaux chefs d’accusation, mais plutôt pour fournir des documents à une étude dépassionnée de certains aspects de l’âme humaine. Beaucoup d’entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que « l’étranger, c’est l’ennemi ». Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente ; elle ne se manifeste que par des actes isolés, sans lien entre eux, elle ne fonde pas un système. Mais lorsque cela se produit, lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeure d’un syllogisme, alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager ; c’est-à-dire le produit d’une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse ; tant que la conception a cours, les conséquences nous menacent. Puisse l’histoire des camps d’extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d’alarme.
Primo Levi, Si c’est un homme (préface), 1947, traduit de l’italien par M. Schruoffeneger, éd. Julliard.
» J’avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents, de mon père surtout, l’auteur de la plupart de ces photos, qui sont la base et la raison d’être de ce livre. Curieusement, je n’en ai pas envie.
J’en suis surprise. Mais je suppose que d’autres surprises m’attendent dans cette aventure hasardeuse que j’entreprends. On ne s’attaque pas impunément au silence et à l’ombre depuis si longtemps tombés sur ce qui a disparu.
Non, je n’en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse.
Je n’ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés, pourquoi ferais-je aujourd’hui l’offrande de ces pages au vide ?
Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J’avais depuis des années l’envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d’écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l’une l’autre. Car ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. Je n’ai aucun souvenir de mon père et de ma mère. Le choc de leur disparition a jeté sur les années qui ont précédé un voile opaque, comme si elles n’avaient jamais existé. «
Anny Duperey, Le Voile noir (1992), © Le Seuil

Commentaires récents