Study

4 02 2009

Alexia et Megan ont écrit ces nouvelles d’après le tableau de Frederic Leighton, Study.

Vous pouvez lire les textes puis découvrir le tableau après l’avoir imaginé ou, au contraire, observer le tableau (en cliquant sur son titre) et voir ce qu’il devient dans les nouvelles.

Le livre du sommeil


Je me rappelle de ce jour, un jour qui commençait comme les autres, tout était normal à commencer par la fraîcheur de la pièce dans laquelle je me trouvais. Je me tenais comme d’habitude au milieu de cette chambre sombre et lugubre de ce vieux château abandonné. Ma place ne bougeait pas. Mes journées étaient rébarbatives et sans intérêt, il ne s’y passait rien absolument. Rien sauf la poussière qui s’accumulait de jour en jour et de plus en plus. Je ne voyais personne de la journée, je n’avais d’ailleurs vu personne depuis des années. Aucune visite inopinée, pas même le bruit d’une mouche qui vole, ni même le bruit d’une voiture au loin. Je ressentais de temps en temps, en hiver, un petit souffle me chatouiller la nuque, un petit vent d’air frais qui passait sous la porte pour venir jusqu’à moi, qui me rafraîchissait. La journée se passait avec la même longueur, et la même lenteur que les précédentes. Aussi monotone, nue, vide et fade. Je ne m’en faisais aucun tracas, car tout cela était habituel. Les deux dernières semaines, elles, étaient un peu plus froides que celles d’avant : le vent s’était levé, la pluie et les feuilles s’étaient mises à tomber. Bref, des heures, des journées, des semaines, des mois, des années aussi monotones les unes que les autres.

Jusqu’à ce matin glacial début janvier. Je voyais à travers la grande fenêtre que le temps était mitigé entre le gris foncé et le blanc. Dehors, la neige tombait à gros flocon, et le vent soufflait fort. Je distinguai, un bruit de porte qui grinçait prés de moi. Je sentais ce froid qui emplissait le château, ce froid qui me glaçait. Puis, tout à coup, j’entendis un claquement de porte. Le son résonna pendant quelques fractions de secondes dans le château. Des bruits de pas s’approchèrent, ils devenaient de plus en plus bruyants mais assez méfiants tout de même. C’était une petite fille d’une dizaines d’années avec les cheveux longs, lisses et roux, elle était bien vêtue telles les filles de la bourgeoisie. Elle entra dans la piéce, puis se déplaça jusqu’a la bibliothèque murale composée d’anciens livres, elle en prit un et le déposa sur moi. Le livre ainsi reposait sur son pupitre, elle s’assit devant moi. puis elle se mit à le lire. Quelques instants plut tard, je vis sa respiration s’accélérer, elle devenait de plus en plus difficile et saccadée, la petite continuait la lecture de son vieux livre, celui-ci degageait une étrange fumée verte qui s’infiltrait par sa bouche et son nez et lui dévorait les poumons. La pièce était remplie de cette fumée toxique, et la chaleur, avait envahi la pièce. Avant que la fumée ne me brouille la vue, je vis la petite se lever. Comme pour essayer de mieux respirer. Mais ce nuage verdâtre m’empêchait de voir quoi que ce soit. Une vingtaines de minutes plus tard la fumée avait disparu de la chambre, la pièce reprit ce froid glacial, et retomba dans l’obscurité. Mais il faisait assez jour pour que je puisse voir cette forme étendue sur le sol, sans ancun mouvement et sans aucune respiration. Un corps sans vie… Celui de cette petite fille, cette enfant qui était maintenant morte. Une enfant qui voulait simplement lire et qui avait fini empoisonnée.

Blanche neige et rouge sang.

Nous sommes en 1904, en Russie. Le sol est recouvert d’un épais manteau de neige, blanc comme les plumes des anges. Il fait froid. Très froid. Heureusement que je suis assise au coin du feu. Mais je ne me suis pas présentée. Je m’appelle Helena te j’ai douze ans. Et je m’ennuie terriblement en ce jeudi 24 janvier. Je ne peux pas sortir car il fait trop froid. De toute façon, je n’aime pas jouer dehors. C’est si… puéril ! Malgré mon jeune âge, j’ai déjà lu Platon, Tolstoï, Wilde, Voltaire ou encore Kleist. Je suis une littéraire voyez-vous. Et je jouis de l’immense bibliothèque que mon père, le Général Blavatsky, a constitué au fil de ses missions. Mon père, ce héros. Je l’admire. Il est bâti telle une armoire à glace, grand, fort et droit.

Mais je m’égare. Je suis donc en train de lire mon livre favori, un cadeau de mon père pour mes dix ans: un livre merveilleux sur les civilisations. Très instructif. Tandis que je relisais pour la énième fois cet ouvrage, un détail attira mon attention : on passait directement de la page 254 à la page 257. Deux pages étaient collées. Et dire que je n’avais rien remarqué ! Au mileu de mon chapitre préféré, celui sur les différentes ethnies africaines, en plus ! J’entrepris donc de les décoller, très délicatement. Lorsque je réussis, enfin, à les dessouder, je pus voir de quoi cela traitait : un rite mortuaire.

Je commençai à lire ce sujet qui était, ma foi, fort passionnant lorsque ma mère me dit de venir prendre le goûter dans l’aile Ouest du château. Que je vous explique: ma famille, les domestiques et moi-même vivons dans une château avec deux ailes, l’aile Est où se trouvent nos appartements ainsi que la salle de bal et les salons, et l’aile Ouest où se trouvent les cuisines, les écuries et les appartements des domestiques. Je dus donc abandonner mon ouvrage. Puis vinrent l’heure du bain, des leçons de danse -obligatoires pour une jeune bourgeoise- et le souper. Avant de me coucher, je retournai au salon où mon livre m’attendait sagement, posé sur son support de bois richement orné.

Je repris ma lecture lorsque, sournoisement, une voix me chuchota des mots attrayants dans le creux de l’oreille. « Ce serait intéressant, n’est-ce pas, de voir ça en vrai ? » murmurait-elle. Effectivement, pour mon esprit alerte et en quête de connaissances, cette offre était tentante. Lorsque ma mère me signifia l’heure du coucher, je suivis ma nourrice sans rechigner jusqu’à mon lit, où elle me borda. J’avais emmené mon livre avec moi. Puis je sombrai doucement dans les bras de Morphée.

Peu après minuit, la Voix me tira du sommeil. Elle était toujours aussi sifflante et sournoise, tel un serpent malveillant qui me susurrerait des mots à l’oreille. Elle me parlait de ces rites mortuaires africains, comme dans le livre. Je me souviens juste du sol froid de la cuisine sous mes pieds et de la lueur de la lune, qui filtrait au travers des rideaux, sur une lame d’argent.

Je me suis réveillée le lendemain de bonne humeur. La neige avait cessé de tomber durant la nuit. Lorsque je descendis au salon, vêtue d’une chemise de nuit en soie couleur bois de rose et son peignoir assorti brodé couleur vieux rose, et les cheveux ramassés, pour lire un peu, le silence était total. Il faut dire que je suis matinale, il ne devait pas être plus de huit heures. Je repris donc ma lecture là où je l’avais arrêtée la veille. La Voix ne parla pas. Comme personne ne semblait se lever, je décidai de me recoucher.

C’est sur les coups de dix heures que ma nourrice vint me lever. Mais, dans le château, un torrent tumultueux de bruits s’écoulait : des policiers et des enquêteurs, dont certains feuilletaient les livres du salon, notamment le mien. Ils parlaient d’un meurtre horrible, suivant les lignes d’un ancien rite africain, d’une tribu du Congo : les cheveux coupés et brûlés, des inscriptions et dessins tracés dans la chair des victimes et les yeux percés. Un rituel morbide. C’est alors qu’on gros monsieur vint m’expliquer que je ne reverrais plus mes parents. Plus jamais. Dans ma tête, la Voix non plus ne parlerait plus jamais.

Dehors, sur la neige blanche, un petit oiseau était tombé d’une branche, engourdi par le froid. Une auréole rouge encerclait sa tête, posée sur l’épais manteau blanc. Il avait l’auréole et les ailes. Il pouvait enfin devenir un ange.


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