Compartment C Car 293
6 02 2009Compartment C Car 293 est le titre d’un tableau d’Edward Hopper. Il a inspiré Léa Sc. et Marion.
Vous pouvez lire les textes puis découvrir le tableau après l’avoir imaginé ou, au contraire, observer le tableau (en cliquant sur son titre) et voir ce qu’il devient dans les nouvelles.
Une réalité difficile
Dans la gare d’Oxford, autour de moi, Emily Harper, s’élevait un incroyable « brouhaha ». Mon train en partance pour Londres se fit attendre 20 minutes de plus que prévu suite à des intempéries. Nous sommes début décembre, le premier pour être exacte, une tempête de neige s’est abattue sur la région.
Le train arriva enfin en gare, le stress monte. J’ai toujours eu la phobie des trains suite à l’accident survenu l’année de mes 10 ans, sur les rails entre Oxford et Londres. Lors de ce drame, ma vie s’est écroulée : mes parents y ont trouvé la mort.
Les portes s’ouvrirent mon rythme cardiaque s’accéléra. Quelques personnes descendirent, mon tour vint, je montai dans le wagon, les portes se refermèrent. Une banquette était libre je m’y assis. Je posai la magnifique veste noire, offerte par mes grands-parents lors de mon vingt-septième anniversaire, sur mes genoux. Je sortis de ma sacoche une lettre du « Times ». Dans cette missive, le chef de rédaction me demandait de traiter urgemment un sujet sur Londres et ses légendes. Un dossier était joint à cette lettre. Il comportait toute la documentation nécessaire à la rédaction d’un article. Mais pourquoi dans ce cas-là me demander d’enquêter sur un sujet déjà traité ? Cette question m’occupa l’esprit un certain temps. Mais le paysage qui défilait sous mes yeux eut raison de mes raisonnements… Mes paupières, subitement, se fermèrent et je glissai dans un profond sommeil. Après quelques heures de trajet, le haut-parleur annonça Londres et me tira de mon engourdissement. Un brouillard flottait autour de moi, quand je me rendis compte que mes affaires, éparpillées un peu partout dans le compartiment, gisaient, là, autour de moi. Je me précipitai pour les ramasser lorsque je me sentis observée. Discrètement, je me retournai et vis passer une silhouette tout de noir vêtue. L’inconnu s’étant volatilisé rapidement, je rassemblai mes effets personnels et m’emparai de ma sacoche. Dans un bond, je sautai sur le quai avant que les portes ne se referment. Je m’engouffrai dans la foule quand je réalisai mon oubli : ma veste… Je courus pour atteindre le wagon, mais ralentie par mes escarpins et la foule, je dus me résigner à rebrousser chemin. Le découragement m’envahit. L’épaisse couche de neige qui recouvrait le sol et la fraîcheur ambiante eurent raison de moi. Désespérée, je regagnai avec hâte le hall de gare. Un homme d’une trentaine d’années avec un regard bleu profond m’aborda :
« Excusez-moi, Mademoiselle, puis-je vous aider ?
– Oh, je vous remercie de cette délicatesse, mais ce ne sera pas la peine.
– En êtes-vous sûre ? Vous me paraissez perdue. »
Il avait quelque chose de mystérieux et sa gentillesse me toucha beaucoup. Je finis par accepter son aide.
« Rentrons, vous m’avez l’air gelée » dit-il.
Il m’invita à boire un café, ce qui me fit le plus grand bien. Tout en discutant avec lui, je découvris qu’il s’appelait Arnold, Arnold Johnson, qu’il était détective privé, connaissait Londres comme sa poche et adorait lire le journal sur les bancs de Time Square. Une question me vint à l’esprit – comment allais-je survivre sans manteau par ce froid ? – je la lui posai.
« Ah, très bonne question ! me répondit-il. Je connais une boutique qui devrait vous satisfaire. Nous n’avons qu’à y aller après avoir terminé notre café.
– Excellente idée ! m’exclamai-je. Mais n’avez-vous pas un train à prendre ?
– Oh non ! Ne vous inquiétez pas, j’accompagnais juste mon frère qui était venu me rendre visite pour mon anniversaire !
– Tout s’explique ! » lui répondis-je.
Suite à cette discussion, nous nous levâmes et partîmes faire nos achats.
Le lendemain, parée de ma nouvelle veste, je me dirigeai vers le métro lorsque cette impression d’être observée m’assaillit de nouveau. Ma réaction fut plus vive cette fois, et je me retrouvai nez à nez avec…….
« Arnold ! Oh mon Dieu ! Vous m’avez fait une peur bleue !
-Oh, excusez-moi ! Ce n’était pas dans mon intention.
– Ce n’est rien mais…que faite-vous là ?
– Je croyais vous avoir dit que je n’habitais pas loin de l’hôtel dans lequel vous résidez.
– Ah oui ! J’avais complètement oublié !
– Ce n’est rien. Mais je suis content de tomber sur vous, j’avais omis de vous donner mon adresse complète et mon numéro de téléphone, hier soir, avant de m’en aller. »
Il me tendit une carte de visite à son nom.
« Merci, lui dis-je.
– Je vous en prie. Rien ne me fait plus plaisir et il toujours utile d’avoir une connaissance dans une ville aussi grande. »
Je me sentis rougir. Je dois avouer que cet homme me plaisait de plus en plus.
« Mince, je vais être en retard ! dis-je en regardant ma montre. Au revoir ! »
Je m’éloignais lorsque sa main se posa sur mon épaule.
« Attendez ! Je peux vous emmenez si vous le souhaitez !
– Oh, merci ce serait avec plaisir ! » acceptai-je.
Nous marchâmes côte à côte une bonne dizaine de minutes avant d’atteindre son automobile. A l’intérieur il me demanda avec une pointe d’humour dans la voix : « Je vous conduis où Mademoiselle ?
– Au 1, Virginia Street, s’il vous plaît Monsieur » lui répondis-je sur le même ton.
– Vous ne m’aviez pas dit que vous travailliez pour le « London Times Magazine » !
– Non, je ne le pense pas, cela étant, oui je vous le confirme, que je suis journaliste et que mon rédacteur en chef m’a commandé un article qui a déjà été traité. Cette demande est pour le moins surprenante !
– Ne seriez-vous pas la remplaçante de ce journaliste disparu le mois dernier ? Cette affaire a fait un de ces bruits ! Je ne veux en aucun vous faire peur, mais j’ai été chargé de cette enquête par un de ses proches et il se trouve que le patron n’est pas très clair dans son jeu.
– Merci de m’en informer.
– Désolé de ne pouvoir vous en dire plus mais je suis tenu au secret professionnel. Si vous avez un quelconque problème, contactez-moi.
– Entendu. »
Un silence gêné s’installa entre nous. Il fut le premier à reprendre la parole :
« Nous arrivons, je vous dépose ici, c’est sur votre droite.
– Encore une fois, merci.
– Je vous en prie. Juste une chose avant que vous ne descendiez…ça vous dirait de dîner avec moi ce soir ?
– Oh, euh…oui…volontiers ! dis-je en rougissant
– Très bien, je passe vous prendre ici à 20 heures ?
– Parfait, à ce soir alors ! Bonne journée !
– Vous de même ! Au revoir ! »
Je descendis de la voiture le cœur léger et le sourire aux lèvres. Cette journée s’annonçait plutôt bien. Même mon appréhension avait disparu et je me dirigeai vers mon lieu de travail d’un pas rapide et aérien. Arrivée au premier étage, je frappai à la porte. Un homme d’une cinquantaine d’années, bedonnant, une pipe au coin des lèvres m’ouvrit et m’accueillit par un : « C’est pourquoi ? » d’un ton bourru. Légèrement intimidée, je lui répondis : « Je suis la nouvelle journaliste en charge du dossier Londres et ses légendes.
– Ah ! Bah…entrez ! Je suis vot’ patron, James Singleton. Suivez-moi, je vais vous montrer où est vot’ bureau.
– Je vous suis. »
Arrivés à l’endroit voulu, il me dit :
« Voilà, z’êtes chez vous !
– Merci.
– Une dernière chose, je veux vot’ papier ce soir sur mon bureau ! Sinon ça va pas aller bien pour vous ma p’tite dame ! »
Arnold avait raison, il n’avait pas l’air très net ce type. Bon allez, au boulot ! Je tiens tout de même à ma vie !
Après une longue et fatigante journée de travail sans interruption, je me levai de ma chaise pour aller vers le bureau de ce très cher monsieur. Je jetai un rapide coup d’œil à ma montre et m’aperçus qu’il était huit heures moins dix. Zut, il fallait se dépêcher ! Ce rendez-vous avait été ma seule et unique source de motivation de la journée, j’avais tout intérêt à ne pas le rater. J’accélérai le pas. En face de la porte, je m’apprêtais à frapper lorsqu’un « Entrez ! »retentit avant même que je ne touche la porte. Avait-il donc en plus de ce sale caractère, des dons divinatoires ? Cette pensée me fit sourire. J’avais à peine ouvert qu’une main se plaqua sur ma bouche. Je gémis de surprise. Une autre main m’attrapa fermement les poignets. Je gémis de douleur cette fois-ci et me débattis violemment mais rien n’y fit, j’étais prise au piège ! On me plaça de force sur une chaise et on m’y attacha solidement. Tout espoir de m’en sortir me quitta. Mr Singleton se mit à parler d’un ton malsain : « Ecoutez-moi bien ma p’tite dame ! »
Il continua sur un ton plein de sous-entendus : « Je ne vous veux aucun mal ! Juste les 60 000 livres que vot’père a perdu au jeux. Il me les doit depuis des années mais malheureusement pour lui, il a péri dans un terrible accident, alors c’est naturellement vers vous que je me tourne. Vous avez sûrement dû hériter de sa fortune ! » C’est alors que je compris. Une vague de colère me saisit et je mordis dans les doigts d’un de mes agresseurs, ce qui le fit hurler de douleur !
« Comment avez-vous osé tué mon père ? ! Et ma mère dans tout ça ? ! Elle n’y était pour rien ! Vous n’êtes qu’un lâche ! »
Des larmes roulèrent sur mes joues. Puis un grincement attira l’attention de mes maîtres chanteurs. L’un d’eux sortit. Quelques minutes passèrent, celui-ci ne revint pas. Mr Singleton commença à s’inquiéter et hurla : « Foster, reviens ici tout de suite ! » Pas de réponse. Alors celui-ci se risqua à l’extérieur de son bureau et un bruit sourd retentit. Il s’écrasa à terre et Arnold apparut. Je l’avais complètement oublié ! Il se précipita vers moi : « Vous allez bien ? me demanda-t-il.
– Oui, oui mais comment avez-vous su qu’il se passait quelque chose ici ?
– Ecoutez, j’étais en train de vous attendre dans la voiture et ne vous voyant pas venir, je me suis inquiété ! m’expliqua-t-il en me détachant.
– Attention derrière vous ! »
A peine ai-je eu le temps de prononcer ces mots que Mr Singleton s’abattit sur lui. Arnold s’écroula et le monde autour de moi aussi. Ses yeux inertes fixaient le plafond et le meurtrier, conscient de son erreur, prit ses jambes à son cou. Il n’eut pas le temps d’atteindre la porte d’entrée que des coups de feu fusèrent. Mon sauveur s’enfuit avant même que j’eusse le temps de voir son visage.
Le dernier livre
Un matin d’été , Madame le Perthuis décida d’aller rejoindre sa fille qui se trouvait à Londres.
Gilberte le Perthuis était une femme aisée, qui logeait dans une somptueuse résidence dans la ville de Bloomsbury qui se trouve non loin de Londres. Justement, c’était là qu’elle voulait se rendre ce jour-là. Elle se rendit à la gare pour prendre le train de 9h15, elle attendit son arrivée puis monta à l’intérieur. Quelques minutes passèrent et comme à son habitude Gilberte prit un livre qui se trouvait dans son sac. Dès qu’elle le pouvait elle lisait, c’était sa passion. Les livres et elle ne faisaient qu’un. Elle se plongea dans une lecture silencieuse et profonde. C’est alors que le train s’arrêta brusquement. Gilberte fut troublée dans sa lecture. Une rumeur courait qu’il y avait un terroriste dans le train, son nom serait « Sofiane Zéko », il était déjà connu pour de nombreux vols de livres, surtout des grands ouvrages qui étaient très précieux et qui pouvaient valoir une fortune. Avant, ce jeune homme vivait de ça, jusqu’à ce qu’il se fasse arrêter au bout de dix ans de « métier » dans une librairie connue de Londres. Il purgea une peine de cinq ans et fut finalement relâché avec l’accord du juge qui avait été trop compréhensif … Cette annonce perturba Gilberte car le livre qu’elle tenait entre ses mains était d’une valeur estimée, elle l’avait hérité de sa mère qui lui avait confié que cette œuvre valait beaucoup d’argent. Sa mère était libraire auparavant. Un jour, sa librairie avait pris feu et tous les livres avec, sauf un, celui que Gilberte avait entre ses mains. Cette histoire avait fait le tour de toutes les chaînes télévisés car la librairie Loucard se situait à Londres, en plein centre, et était connue par sa grandeur, son nombre d’exemplaires uniques. Madame Le Perthuis se demanda alors si ce fameux Sofiane Zeko ne voulait pas récupérer cet ouvrage. Ce n’était pas qu’un simple livre, il était vraiment précieux, plus aucun exemplaire n’était sur le marché aujourd’hui. Gilberte décida alors de se faufiler dans un autre compartiment que le sien et de s’enfermer à double tour. Les gens ne paraissaient pas affolés, ils restaient calmes comme si rien ne se passait. Après tout un voleur de livres, pour eux, ce n’était pas grave ou du moins, moins que si ça avait été une affaire de crime ou autre… Pour Gilberte, c’était le pire, car la lecture était toute sa vie. Des voix retentirent dans les trois hauts-parleurs du wagon, Gilberte sursauta, la voix de Monsieur Zéko sortit de l’un d’eux. C’est à cet instant que Gilberte Le Perthuis comprit que c’était à elle qu’il en voulait. Il lui semblait de plus en plus proche, la peur l’envahit, la crainte de perdre son plus bel ouvrage, sa vie en quelque sorte. Sofiane Zeko finit par se rendre dans le compartiment où elle se trouvait, il la menaça d’une arme à feu comme si, pour lui, ce livre lui était indispensable. C’est à ce moment-là que les gendarmes, qui étaient dans le train depuis qu’il s’était arrêté, rentrèrent dans le compartiment où se trouvaient les deux personnes. Ils le prirent sur le fait, et pour la deuxième fois de sa vie, Sofiane Zéko fut emprisonné….

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