La lettre d’amour
9 02 2009Le tableau de Fragonard, La lettre d’amour (2ème tableau de la page), a inspiré Léa St. et Mathias.
Vous pouvez lire les textes puis découvrir le tableau après l’avoir imaginé ou, au contraire, observer le tableau (en cliquant sur son titre) et voir ce qu’il devient dans les nouvelles.
Sans regrets
Jade est une jeune femme de dix-neuf ans. Ses parents sont duc et duchesse de Bourgogne. Leurs fonctions respectives ont volé l’enfance de Jade. Trop occupés, ils ont laissé leur domestique Marguerite élever leur fille. Mais, en fin d’adolescence, Jade se rebelle à tel point que la communication avec ses parents devient difficile. Elle s’ennuie. De plus, la France étant occupée par les Allemands, le couvre-feu l’empêche de sortir. Elle voudrait en finir avec cette vie morne mais quelque chose la retient: Jules. Jules est un jeune résistant appartenant au groupe Liberté. Tandis que ses parents collaborent en bons aristocrates, la jeune demoiselle résiste à sa manière. Elle transmet des denrées alimentaires aux fugitifs…
Afin d’atténuer cette relation conflictuelle qui s’installe entre Jade et ses parents, Louise-Marie et Antoine de Bourgogne décident d’organiser en l’honneur du vingtième anniversaire de Jade, un bal costumé.
Arrive le jour de ses vingt ans. Jade se voit obligée de porter une jupe en taffetas typique du XVII ème siècle, spécialement confectionnée pour la soirée. Ainsi, elle se retrouve en cette période de crise, dans une magnifique demeure de la rue Jean Bart, au milieu de toute l’aristocratie française vêtue de costumes anciens de 250 ans. C’en est trop! De plus Jade n’a pas envie de faire la fête : depuis quelques jours Jules est recherché par la police, il doit se cacher et, de ce fait, ils ne peuvent plus se voir.
Jade s’enfuit dans sa chambre. Elle court au milieu de ce champagne et ces petits-fours, et de toute cette dentelle et ces manches bouffantes. Mademoiselle de Bourgogne décide d’écrire à son bien-aimé. Elle sait pertinemment qu’elle prend des risques pour son avenir comme pour celui de Jules. Mais, elle ne résiste pas à la tentation. Alors elle prend une plume et écrit. Elle a dans ses mains le bouquet de fleurs que Jules lui a offert la dernière fois qu’ils ont pu se voir. Et, sous le regard attentif de sa chienne Sissy, elle déclare à travers une lettre son amour au jeune homme. Elle joint à sa missive quelques tickets de rationnement.
Cette lettre demeure hélas sans réponse. Trois jours plus tard, ce qu’elle craignait arrive. Elle voit la milice arriver chez elle. Antoine est furieux et ne souhaite pas que cette affaire entache sa réputation. Grâce à une grosse somme d’argent, il a la possibilité d’éviter toute poursuite à sa fille. Antoine et Louise-Marie de Bourgogne proposent donc à Jade deux choix. Le premier interdit à Jade de voir Jules mais lui évite la déportation. Quant au second, elle peut choisir d’attendre Jules mais à ce moment-là, ses parents la renieraient et ne l’aideraient point. Le choix paraît évident. Mais, contre toute attente, Jade choisit son bien-aimé. Sans hésiter, elle prépare un balluchon, s’enfuit en courant et rejoint Jules dans sa cavale. La police est à ses trousses.
Ils seront rapidement arrêtés: moins de dix jours plus tard ! Mais, Jade ne regrettera rien. Avant de mourir dans un camp de concentration, elle déclarera à ses parents par le biais d’une lettre, n’avoir aucun regret, avoir fait ce qui lui semblait juste et avoir passé les dix meilleurs jours de sa vie.
Amour anonyme
Nicolas Piroux est un petit noble boiteux de vingt-six ans, relativement riche. Lors d’un bal, organisé par le Grand Seigneur de la région rennaise, il aperçoit Guillemette. Il recherche tout ce qu’il y a à savoir sur elle et il apprend qu’elle attend toujours un mari. Les prétendants ne manquent pas. Elle habite le manoir du domaine de Paimpont, en pleine forêt. Moi, j’habite à Plélan-le-grand, à quelques kilomètres de là.
Nicolas et moi, nous sortons aujourd’hui. Il me balance plutôt violemment, il est très irrité, mais enfin, nous entrons dans une auberge. Il va s’asseoir directement près d’un jeune homme, et me pose par terre. Je me souviens, c’est le courtisan préféré de Guillemette. La conversation devient houleuse et ils doivent sortir. Les deux hommes commencent à se battre et Nicolas me frappe plusieurs fois sur la tête du jeune courtisan. Il perd beaucoup de sang. Nous nous en allons aussi vite que nous le pouvons. Nicolas est recherché pour meurtre.
Moi, sa canne, sa meilleure amie, je me souviens de comment il en est arrivé là. Il est tombé amoureux de Guillemette dès le premier regard : elle était assise à table, elle ne dansait pas et comme toujours elle était accompagnée de son petit chien. Mais, timide comme il est, il n’osa jamais rien lui avouer. Nicolas écrivit plusieurs lettres d’amour qu’il n’envoya pas. Il s’était déjà battu, trois fois, avec d’autres courtisans. Il n’acceptait pas qu’on s’approche de Guillemette alors que, lui, en était incapable. Il allait boire comme un sauvage dès qu’il y pensait…
Aujourd’hui, il a tué un homme, c’est impardonnable. Il rentre chez lui et envoie toutes ses lettres d’amour anonymes à Guillemette et nous nous enfuyons. Nicolas possède une autre maison à quelques heures d’ici. Un jour passe, puis deux… Il a peur, très peur. Mais comment pourrait-elle tomber amoureuse d’un meurtrier maintenant ? Le dixième jour, il ne peut plus supporter cette attente et s’en va au manoir de la famille de Guillemette. Il veut s’expliquer et faire amende honorable. Nicolas me frappe donc contre la porte. Personne, juste le chien qui aboie. Il ouvre la porte le petit animal de compagnie s’enfuit comme un lièvre ! L’amoureux, pensant bien faire, le poursuit. Après un certain temps de course effrénée, le couple homme-chien débarque dans un campement de fortune. Guillemette est là, attachée à un arbre et bâillonnée. Qui a bien pu l’enlever ? Soudain, Ferdinand revient, il était parti chercher du bois pour le feu, c’est l’homme censé avoir été tué par Nicolas ! Je ne sais qui du chien ou de moi-même le blesse en premier. Cette fois-ci, nous prenons garde qu’il ne puisse pas se relever et l’enterrons rapidement. Nous ramenons Guillemette chez elle. Nicolas demande sa main au père de la jeune fille, qui la lui accorde pour l’avoir sauvée. Nous sortons donc acheter un bouquet. Nicolas entre dans la chambre, lui offre le bouquet et est sur le point d’annoncer la bonne nouvelle, quand il s’aperçoit que Guillemette pleure devant un paquet de lettres posé sur ses genoux. C’est alors que Nicolas explique que ce sont les siennes.
A leur mariage, j’étais joliment décorée d’un magnifique pommeau d’argent.

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