Portrait de Julia Makovskaya

12 02 2009

Le tableau de Konstantin Makovsky, portrait de Julia Makovskaya, la femme de l’artiste, a permis à Gabriela d’inventer ce récit.

Vous pouvez lire le texte puis découvrir le tableau après l’avoir imaginé ou, au contraire, observer le tableau (en cliquant sur son titre) et voir ce qu’il devient dans la nouvelle.

Le Redoutable

Laissez-moi vous raconter mon histoire, où plutôt son histoire. L’histoire de cette jeune femme malade qui décida alors de mettre fin à ses jours en m’utilisant comme assassin. Hé oui, je suis bien un poignard, plus précisément un stylet mais les gens ne savent pas toujours très bien ce que je suis réellement. Mon but est de produire des blessures très profondes et donc difficiles à guérir grâce à ma lame triangulaire très fine. Dans le château de Chambord, là où j’ai toujours vécu, en compagnie de la grande famille de Ségur, on m’a toujours surnommé  » le redoutable « , car j’ai déjà tué. Mais cette fois-ci, il s’agissait de Marie-Antoinette, celle envers qui j’avais énormément d’estime, celle que j’admirais le plus par sa beauté et sa gentillesse.
Un beau jour de printemps, le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les bourgeons éclataient, mais une mauvaise nouvelle allait se propager dans le château. On frappa à la porte. C’était le docteur de famille, Jules Bordet. Posé sur mon socle dans le salon, je réussis à déchiffrer quelques mots à travers ses lèvres quand il s’adressa à la femme dans la cuisine. Il lui annonça le triste résultat des examens. Mr Bordet repartit inquiet pour cette femme car il n’y avait plus aucun espoir pour elle. Marie-Antoinette pleura pendant des heures. J’aurais voulu la réconforter, mais arrêtons de rêver, je tiens à vous rappeler que je ne suis qu’un poignard. Sérieusement, vous la voyez me prendre dans ses bras ? Nous étions seuls à cette heure-là au château, c’est pour cela qu’elle se permit de pleurer toute les larmes de son corps. Elle regagna sa chambre, sûrement pour y écrire cette tragique nouvelle dans son journal intime. Pendant des heures elle y resta cloîtrée.
Il était dix-neuf heures quand son mari rentra enfin de sa partie de chasse. La femme avait les yeux rouges, sa respiration était saccadée. La comte remarqua rapidement qu’elle n’arrivait pas à cacher sa tristesse. Madame de Ségur lui annonça alors la terrible nouvelle. La voix tremblante, elle lui dit qu’elle était atteinte de la tuberculose et que ses jours étaient comptés. Effondré, le comte ne sut que dire et ne sut comment la réconforter. J’étais alors aux premières loges. Elle rajouta qu’elle ne supporterait pas que la maladie l’emporte et qu’elle mettrait fin à ses jours dès le lendemain. Son mari accepta sa décision après avoir tenté de la convaincre de se laisser mourir et de vivre ses derniers mois en sa compagnie. Les domestiques furent mis au courant durant le dîner. L’ambiance dans le château s’était alors refroidie.
Six heures du matin. La femme s’était fait belle pour sa dernière apparition dans le château. Robe de haute couture appartenant à son arrière-grand-mère, décor soigné, assise sur un fauteuil, son journal intime sur les genoux et moi dans sa main gauche prêt à lui transpercer le coeur. Elle n’attendait plus que son mari, partit chercher son vieux matériel de peinture.
 » – Es-tu sûr de ton choix ?
– Finissons-en !  »
Il commença à la peindre, la mit en valeur puis après de longues heures, la femme lui demanda s’il avait terminé. Il hocha de la tête.

Me voilà planté dans sa poitrine, son pouls ralentit, puis s’arrêta net.


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