La sieste

13 02 2009

Le tableau qui a inspiré Marie C. s’intitule La sieste. Il a été peint par Josef Franz Danhauser.

Vous pouvez lire le texte puis découvrir le tableau après l’avoir imaginé ou, au contraire, observer le tableau (en cliquant sur son titre) et voir ce qu’il devient dans la nouvelle.

Instinct animal


– Ouaf ! ça c’est moi, Neskwic, heureux de partir en promenade. Comme vous avez pu le constater, je suis un chien. Pour dire vrai, je n’ai plus toute la vivacité d’un jeune chiot ; mais j’apprécie toujours autant les longues ballades durant lesquelles je peux me dégourdir les pattes. Mes maîtres ne sont plus de toute jeunesse eux non plus. Ils s’appellent Ludwig et Anastasia et ont toujours été bons et gentils avec moi. Cela fait maintenant deux ans que nous avons déménagé. Mes maîtres étant à l’âge de la retraite, ils ont préféré la convivialité du village de Biberwier à l’agitation de Vienne. Nous coulons des jours tranquilles dans ce petit coin de paradis.

Un jour, en faisant notre marche quotidienne, nous avons croisé le postier. C’etait un gentil monsieur, qui ne manquait jamais de me donner une petite caresse amicale. C’était un homme massif, un bon vivant, une des personnalités qui donnaient vie au village. Il salua Anastasia, puis Ludwig et leur raconta les nouvelles du jour : « A ce qu’on m’a raconté, il paraît qu’il y a un jeune gars de la ville qui débarque pour passer un séjour dans notre cambrousse ! Et le pire, c’est qu’il sort de prison ! Il a pas l’air de bonne frequentation, si vous voyez ce que je veux dire… » Il nous salua encore une fois, puis repartit. Anastasia, perplexe, demanda a Ludwig de bien fermer la porte à clé le soir venu. Il s’exécuta avec un haussement d’épaule et la rassura en lui disant qu’avec un chien pareil (il parlait de moi!), ils étaient en sécurité.

Le lendemain, alors qu’ Anastasia ouvrait les volets, Ludwig aperçut un jeune inconnu. Naïf et bon de nature, il sortit à sa rencontre. J’en profitai pour l’accompagner et m’éclipsai discrètement de la maison. Je restai contre ses genoux, n’aimant pas cet intru. Il arborait un air mesquin qu’il déguisait en courtoisie. Ludwig, le trouvant sympathique, l’invita à venir partager notre dîner ce soir-là.

La nuit commençait à tomber lorsqu’il frappa à la porte. Une fois à table, on apprit qu’il se nommait Adolph. Il était étudiant en médecine, voulait devenir pharmacien et venait se ressourcer à la campagne avant de passer ses examens. Il avait un ton suffisant, et jetait des coups d’oeil au moindre recoin de la piece. Je n’arrivais pas a me détendre. Je montrais les crocs et grondais malgré moi, si bien qu’Anastasia fut obligée de m’enfermer dans le cellier. Les jours suivants, Adolph vint très souvent dans notre demeure, inventant toujours une excuse : prendre le thé, demander conseil sur les endroits à visiter dans la région. Ludwig, voyant que ces visites incessantes fatiguaient Anastasia, pria Adolph de ne plus venir. Celui-ci, vexé, partit.

Un jour où le soleil était haut, nous nous affairions tous les trois dans notre jardin. Toutes les fenêtres étaient ouvertes depuis l’aube pour aérer la maison. Quand nous rentrâmes dans la cuisine, nous étions fatigués et avions besoin de nous désaltérer. Anastasia me servit un bol d’eau provenant du pichet posé sur la table, puis versa également de l’eau pour elle et Ludwig. On ne disait mot (cela m’était d’ailleurs difficile ! ), exténués par notre effort. Anastasia vint rejoindre Ludwig à table et lut un livre de recette de cuisine, en quête d’inspiration pour le dîner. Mais l’attitude de mes chers maîtres était étrange. Leurs gestes étaient plus lents, leurs yeux à demi-clos. Puis, je les vis s’endormir. Je me sentais moi aussi comme happé dans un noir obscur, mon esprit était plongé dans le brouillard. Quand je me réveillai le lendemain, ma tête me faisait mal et ma vision était trouble. Je vis que Ludwig et Anastasia étaient toujours endormis. L’air était très froid. Je remarquai que les fenêtres étaient toujours ouvertes. Tout de suite, je me rendis compte de quelque chose de bien plus grave : les tableaux, l’argenterie dans la commode, la petite horloge en argent, tout avait disparu ! Je m’empressai de réveiller mes maîtres à grands coups de langue. Quand ils s’apercurent que tout ce qui avait de la valeur n’était plus là, ils furent effondrés. Ludwig s’en prit à la pauvre Anastasia, lui reprochant d’avoir laissé les fenêtres ouvertes alors qu’elle lui avait rappelé de fermer la porte à clé. On apprit qu’Adolph était reparti précipitamment, en ne prévenant personne. Nous en déduisîmes que l’eau de la carafe était droguée. Comme les fenêtres étaient ouvertes, Adolph en avait profité pour prendre le pichet et faire son mélange, ce qui lui laissait davantage de temps pour voler ce qu’il avait repéré. Cette attitude choqua l’opinion publique, et tout le village se mobilisa pour apporter le minimum vital à Ludwig et Anastasia. On n’entendit plus jamais parler d’Adolph.


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