La plume
18 02 2009Un tableau de Pietro Antonio Rotari (j’ignore son titre) a inspiré Marie D.
Vous pouvez lire le texte puis découvrir le tableau après l’avoir imaginé ou, au contraire, observer le tableau (en cliquant sur son titre) et voir ce qu’il devient dans la nouvelle
Une rencontre
Le soir tombe en cette froide de Décembre. La lune est pleine, le ciel dégagé. Louise sort de la maison furtivement, sans faire plus de bruit qu’une souris. Elle est impatiente. Elle va retrouver son ami, Jean. C’est leur premier rendez-vous. Grand, le cheveu noir, l’œil vif noir également, le teint mat, d’origine italienne, il a fait fondre Louise la première fois où ils se sont vus.
Tout en refermant la porte du 30, rue de Tilsit, son logis de Paris, où elle vit avec ses parents et ses deux sœurs, Hortense et Charlotte. Louise laisse son esprit vagabonder librement , elle repense à sa rencontre avec Jean. Elle s’en souvient si bien…
Tout le jour, elle travaillait à la chapellerie, comme d’habitude, au 2, rue Notre Dame de Nazareth. Tous Les clients étaient partis, et elle s’était installée sur une chaise avec son livre préféré, pour lire tranquillement. Mais à peine eut-elle posé les yeux sur la première phrase, qu’elle s’endormit. Soudain, elle sentit que quelque chose lui chatouillait la joue. Elle ouvrit les yeux brusquement et découvrit un ravissant jeune homme qui se tenait devant elle. Elle comprit aussitôt que c’était lui qui la chatouillait avec une plume. Son livre était tombé. Il se pencha pour le lui donner. Elle le remercia, mais lui demanda pourquoi il l’avait chatouillée. Il lui répondit qu’il n’avait pas trouvé d’autre moyen pour lier connaissance. Elle sourit. Il lui dit qu’il s’appelait Jean et lui donna un rendez-vous pour le soir-même, devant l’église Notre Dame. Louise était aux anges, c’était la première fois qu’un homme s’intéressait à elle. Pourtant, elle n’était pas laide. Grande, fine, blonde, les yeux bleus, elle pensait que c’était sa timidité qui « arrêtait » les gens. Mais il était beau garçon et paraissait vif d’esprit. Malheureusement, tout se compliqua. Elle rentra chez elle tranquillement, toute joyeuse. Cela n’échappa évidemment pas à sa mère. Celle –ci lui demanda ce qui la rendait si guillerette. Louise, qui avait toujours eu de bonnes relations avec elle, lui narra son aventure. Mais sa mère changea subitement d’expression. Elle grimaça, et soudain, hurla : « il est hors de question que tu voies ce garçon ! Les Italiens sont tous des voleurs ! Nous te l’avons répété, combien de fois, combien de fois, bon Dieu ? » Louise était interloquée, stupéfaite, déçue. Elle monta dans sa chambre, sur ordre de sa mère. Mais en regardant les rideaux crasseux, sur la fenêtre au carreau cassé, et rebouché au carton, elle réfléchit à un plan.
Et nous revoilà ! Louise avait bravé l’interdiction de sa mère, et marchait d’un bon pas en directions de l’église Notre Dame. En arrivant, elle n’aperçut d’abord rien du tout, car la nuit était assombrie par l’ombre de l’église Puis elle entrevit une ombre près d’un réverbère. Elle s’approcha… c’était lui. Ils se saluèrent mutuellement, et Jean lui proposa d’aller se promener le long de la Seine. Elle accepta. Ils parlèrent de leurs passions, elle lui parla de celle qu’elle avait pour la lecture et, il la partageait ; il lui parla de ses goûts pour la peinture. Elle n’avait jamais peint, mais il lui promit qu’elle essayerait. Ils parlèrent des dernières nouvelles, par exemple l’ascension de Mont Blanc, qui venait d’être réalisée en cet an 1786. Ils étaient tout à leurs projets, et à leur discussion quand soudain, ils se regardèrent. Ils se penchèrent largement l’un vers l’autre…quand d’un coup, Jean cria. Il se jeta sur le côté et hurla à Louise de faire de même mais, trop tard. Un cheval s’était emballé un peu plus loin et était parti au grand galop, traînant sa voiture derrière lui. Elle percuta Louise de plain fouet, et on entendit son cri aigu et déchirant se répercuter dans la nuit. Peu après, on entendit le cri de Jean : elle était morte sur le coup.

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