Portrait du Dr. Johannes Cuspinian

23 02 2009

Gwladys a écrit sa nouvelle à partir du tableau de Lucas Cranach intitulé Portrait du Dr. Johannes Cuspinian.

Vous pouvez lire le texte puis découvrir le tableau après l’avoir imaginé ou, au contraire, observer le tableau (en cliquant sur son titre) et voir ce qu’il devient dans la nouvelle.

Un livre présage de mort

Il était arrivé au château au mois de Novembre de l’an de grâce 1412. Il faisait froid cette année-là, je m’en souviens. Les terres étaient gelées et les paysans se plaignaient sans cesse du manque de nourriture. J’étais un jeune commis à l’époque, au service d’un des plus puissants princes de l’Allemangne, Frédéric 1er Le Belliqueux, 1er duc de Saxe de la maison Wettin. Ma famille vivait dans la misère. J’étais donc allé demander une place au chateau. On m’y avait engagé pour aider aux cuisines.

Cela faisait déjà trois semaines que j’y travaillais quand il est arrivé, demandant l’hospitalité à notre bon duc. Des cheveux blonds, frisés et bien coiffés, des yeux bleus, petits et scrutateurs, un air bienveillant et chaleureux. Voilà à quoi ressemblait Johannes Cuspinian, docteur de son état, un personnage affable, souriant, au regard intelligent. C’est du moins ce qui me vint à l’esprit la première fois que je le vis. Le duc l’avait accueilli dans son château et l’avait invité à se joindre à lui et son épouse, Catherine de Brunswick, pour le souper. Je m’étais caché derrière les grandes portes attenantes à la salle à manger, ainsi que d’autres commis, tout comme moi, curieux d’en savoir plus sur cet étranger. Il était en effet assez rare d’avoir de la visite en cette période de l’année. Quand j’y repense je me dis que ce qui attisa le plus ma curiosité chez cet étrange individu fut ce livre à la couverture rouge, usée par le temps, qu’il tenait dans la main. Plus tard il me montra son contenu durant un après-midi ensoleillé.

Cela faisait déjà deux semaines que le docteur Cuspinian s’était installé parmi nous. On le voyait souvent déambuler dans le château ou encore partir en direction de la forêt au petit matin et revenir en début de soirée les poches remplies de diverses variétés de champignons et fleurs des bois. Je disais donc que cet après-midi là il m’avait montré son fameux livre. La curiosité avait été trop forte, je n’avais pu m’empêcher d’aller le trouver pour lui poser quelques questions. Il se tenait assis dos à un arbre aux abords de la forêt derrière le château. Il avait le regard dans le vague comme perdu dans une lointaine songerie. Je m’étais approché lentement et lui avais demandé de me parler de son livre. Il sembla surpris de ma requête mais finalement me tendit le livre. Je l’ouvris d’une main hésitante et découvris qu’il contenait des centaines de formuules mathématiques en tout genre et dont je ne compris absolument pas le sens. Je le regardai troublé, mais il me fit simplement un sourire et se leva pour ensuite partir en direction du château.

Deux jours plus tard une nouvelle se répandit. La duchesse était tombée malade durant la nuit. Tout de suite on pensa que c’était à cause du froid mais, bizarrement, beaucoup de monde avait pris froid ces derniers temps. A tel point que les trois quarts d’entre eux étaient morts la semaine précédente, alors que le quart restant était cloué au lit, agité de convulsions incontrôlables et pâle comme la mort. Je suis ironique bien sûr, il allait de soi que toutes ces personnes n’étaient pas mortes de froid mais avaient bien été empoisonnées comme le disait la rumeur qui circulait dans le château. Aussi, quand son épouse fut frappée du même fléau, le duc se décida à faire appel au docteur Cuspinian. Celui-ci déclara simplement qu’il ferait de son mieux pour sauver la duchesse. Ainsi, trois jours durant, les soigneurs se succédèrent au chevet de Catherine de Brunwick, sous les ordres du docteur. Quand on le rencontrait dans le couloir menant à la chambre de la duchesse, on pouvait souvent l’entendre psalmodier des paroles incompréhensibles. Il en devenait vraiment inquiétant.

Un matin, sans prévenir, il quitta le château. Le duc n’eut pas le temps de le retenir. Il lança des troupes de soldats à sa recherche, en vain, on ne le revit jamais.

Pour en revenir à la duchesse, vous aimeriez sans doute savoir ce qu’il advint d’elle. Je peux vous dire qu’elle survécut. Environ deux semaines plus tard, elle fut à nouveau apte à parler et ce qu’elle nous confia nous glaça d’effroi : « Il m’avait donné une tisane contre mes insomnies. Après l’avoir avalée je me suis sentie partir et alors que les ténèbres m’entouraient je le vis devant moi, un sourire cruel, et un livre à la main, un livre rouge. »


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Une réponse à “Portrait du Dr. Johannes Cuspinian”

18 03 2009
Justine (17:07:28) :

Je vais demander a Gwladys une explication car je suis pas sûre d’avoir tout compris. 🙂

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