La part de l’autre

8 05 2009

En 1908, Adolf Hitler est refusé pour la deuxième fois à l’Ecole des beaux-arts de Vienne. Il lui est impossible de se présenter une troisième fois : sa carrière d’artiste s’achève. Commence alors pour lui, l’errance, la quête de soi et d’un destin, la guerre puis la vie politique qu’on lui connaît.

Mais, que se serait-il passé s’il avait été admis ? Que serait-il devenu ? Quels auraient été sa vie, son parcours ?

C’est en partant de cette idée, qu’Eric-Emmanuel Schmitt a écrit ce roman. Il y a donc alternance entre les chapitres : l’un est consacré à Adolf Hitler, le suivant à Adolf H.

A la fin de l’oeuvre, on trouve le journal de l’auteur. Il y retrace ses difficultés, ses émotions, les réactions de son entourage face à l’écriture de ce roman. Il écrit :

« L’erreur que l’on commet avec Hitler vient de ce qu’on le prend pour un individu exceptionnel, un monstre hors norme, un barbare sans équivalent. Or, c’est un être banal. Banal comme le mal. Banal comme toi et moi. Qui sait d’ailleurs si, demain, ce ne sera pas toi ou moi ? Qui peut se croire définitivement à l’abri ? A l’abri d’un raisonnement faux, du simplisme, de l’entêtement ou du mal infligé au nom de ce que l’on croit le bien ? »

La part de l’autre est donc un roman sur la frontière. Frontière entre le bien et le mal, la lucidité et la folie, l’amour et la haine.

On y apprend (ou revoit) de nombreux événements historiques. Le manuscrit a d’ailleurs été revu par des historiens pour éviter toute erreur. On comprend surtout qu’il ne faut pas limiter l’homme à un seul de ses aspects. Eric-Emmanuel Schmitt note : « Réduire Hitler à sa scélératesse, c’est réduire un homme à l’une de ses dimensions. C’est lui faire le procès qu’il fit lui-même aux Juifs. » (p.500). D’ailleurs, c’est parfois l’humanité d’Adolf Hitler qui a dérangé les lecteurs.

Les personnages féminins de l’oeuvre sont très beaux, lumineux. On y trouve Onze-heures-trente, soeur Lucie, Sarah qui, toutes, apportent de la lumière dans ces pages parfois si noires.

Quant à Adolf H., le peintre, il permet de se plonger dans le Paris du Surréalisme et de croiser Max Jacob, André Breton…

Pour l’anecdote, le 26 avril 2009, deux aquarelles d’Adolf Hitler ont été vendues aux enchères. Au journal télévisé, ce jour-là, le journaliste se prenait à rêver : que serait devenu le monde s’il avait été peintre ?


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