Ouragan
10 10 2010Nous sommes à la Nouvelle-Orléans alors que l’ouragan Katrina approche. Laurent Gaudé nous invite à suivre plusieurs personnages : Rose qui sort du tribunal, une vieille femme noire, un homme seul dans un motel, un pasteur, des prisonniers. Tous vont vivre cette catastrophe climatique à leur manière. Ils vont se croiser, leurs destins vont parfois se mêler malgré eux.
C’est un roman-chorale où les voix se mêlent. Seuls les changements de paragraphes indiquent que l’on change de personnages et de point de vue.
Des visions apocalyptiques s’amoncellent : l’arrivée des alligators en ville, un fou qui se promène avec un hachoir, une prison que l’on vide de ses chiens de garde et de son personnel mais où l’on « oublie » les prisonniers. Des images fortes qui s’impriment en nous au fil de la lecture.
Quelques moments de répit arrivent parfois au coeur de la tempête : la confession de Rose ou celle de Keanu, une promenade en barque ou encore cette vieille femme enroulée dans le drapeau américain qui dit sa fierté d’être noire. Au fil du récit, les personnages se révèlent à eux-mêmes et l’ouragan, qui vient bouleverser la ville et leur vie, agit comme une initiation.
J’ai aimé ce roman, trop court à mon goût cependant.
Extait :
« Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. C’était bien avant qu’ils n’en parlent à la télévision, bien avant que les culs blancs ne s’agitent et ne nous disent à nous, vieilles négresses fatiguées, comment nous devions agir. Alors j’ai fait une vilaine moue avec ma bouche fripée de ne plus avoir embrassé personne depuis longtemps, j’ai regretté que Marley m’ait laissée veuve sans quoi je lui aurais dit de nous servir deux verres de liqueur – tout matin que nous soyons – pour profiter de nos derniers instants avant qu’elle ne soit sur nous. J’ai pensé à mes enfants morts avant moi et je me suis demandé, comme mille fois auparavant, pourquoi le Seigneur ne se lassait pas de me voir traîner ainsi ma carcasse d’un matin à l’autre. »
Le roman est disponible au CDI.

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