Environnement
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Nauru, une banqueroute écologique.

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Nauru, une île fantôme.  

 
Hello,

Troisième halte dans l’univers océanien, l’île de Nauru. C’est l’histoire d’une tragédie écologique et humaine, décomposée en trois temps. Au début, une île perdue dans le Sud Pacifique. Découverte du phosphate, exploitation étrangère, puis nationale. L’argent coule à flots, excès et démesure, la ressource s’épuise. Troisième temps, faillite économique, écologique, et humaine, c’est le temps du « sous – développement durable ». Dans le contexte d'une exploitation anarchique des ressources de la planète, l'histoire de Nauru apparaît comme un avertissement.

Un gros caillou prometteur.

Comme beaucoup d’îles océaniennes, l’île de  Nauru  a surgi des entrailles du Pacifique à la faveur d’une éruption volcanique, il y a quelques millions d’années. Nauru est un bout de terre isolé au Sud de l’équateur, situé entre la Papouasie – Nouvelle Guinée à 2000 kilomètres à l’Ouest, et Kiribati, à 1500 kilomètres vers l’Est. Ce morceau de roche de 22 km², aperçu pour la première fois par les Européens en 1798, est alors appelé « L’île Plaisante », en référence à l’accueil de ses habitants. Pendant tout ce temps, la géologie a travaillé. Au fil des millénaires, des fientes d’oiseaux se accumulées sur les coraux pour produire du guano. Ce guano, mélangé à des dépôts marins, a formé du phosphate.  Cette ressource est révélée en 1900. On raconte qu'un géologue, qui avait décidé d’analyser le gros caillou qui bloquait sa porte, est à l'origine du filon. C'est la fin du premier temps de l’histoire de Nauru, un temps long de formation géologique et de maturation des écosystèmes.

Signes de « nouveaux riches ».

En 1907, la Pacific Phosphate Company, aux mains du colonisateur allemand, commence à exploiter le phosphate. Après la Première Guerre Mondiale, l’Australie, la Nouvelle Zélande, et la Grande Bretagne tirent parti du Phosphate, dont les engrais enrichissent les sols agricoles de ces grands voisins du Pacifique. En 1968, Nauru devient indépendante, et prend le contrôle de la ressource. Quelques envolées du cours du phosphate sur le marché suivent l’indépendance. La fortune de Nauru est assurée. Les dirigeants placent de l’argent à l’étranger, investissent dans l’immobilier, à Melbourne, à Sydney, à Hawaï, ou à Londres, des Boeings d’Air Nauru desservent l’Australie et le Japon, presque vides, chaque habitant touche son chèque à la fin du mois, l’éducation et la santé sont gratuites, et on importe des tonnes de nourriture industrielle de l’étranger, des grosses voitures, du matériel vidéo, tout est permis, tout est facile,l’argent coule à flots. Nauru est devenu l’un des Etats les plus riches de la planète. Après trente années d’exploitation du phosphate, fin de ce second temps de l’histoire de Nauru. Temps court. 

Ruine et corruption.  

Au  début des années 2000, la faillite de Nauru se révèle. L'Etat est en banqueroute, les dettes s’accumulent, les investissements immobiliers s'évanouissent au gré des mauvaises gestions, les réserves de phosphate s’épuisent, il devient de plus en plus difficile à extraire, et l’argent récupéré des Australiens et des Néo zélandais au milieu de années 90, en dédommagement de l’exploitation coloniale, a été englouti. Le blanchiment d’argent,  le trafic de passeports destiné à des ressortissants Taïwanais et Chinois en situation délicate, ou l’appui au  terrorisme international, affinent le tableau d’un micro – état, ruiné et corrompu. Et contre quelques avantages financiers, Nauru accueille encore quelques centaines de demandeurs d’asile, indésirables en Australie. Mais cette faillite économique est, aussi et surtout une faillite écologique, et humaine. 

Une faillite écologique et humaine.

Le plateau central de Nauru ressemble aujourd’hui à un paysage lunaire, épuisé, hérissé de pitons de corail mort, défiguré par l’exploitation du phosphate, et vomissant ses vestiges. Au total, 85% de l'île est dévastée. L'exploitation du phosphate a notamment porté un phénomène de déforestation, provoquant la disparition des oiseaux. Rien ne pousse sur le corail, sauf le lichen. Et les projets qui visent à redonner vie à ce désert lui ressemblent, sans avenir. Même la barrière de corail n'a pas été épargnée. Seul, un fragment d’île, le lagon de Buada, quelques kilomètres carrés oubliés des excavatrices, rappelle un paysage d’Océanie. 

Les habitants de Nauru, les Nauruans, environ 13 000 personnes, portent les mêmes stigmates que leur territoire, défigurés et improductifs. A force de bouffe importée, ils sont devenus obèses, briguant même le record mondial de diabète, n’étant actuellement qu’au second rang. L’argent facile en a fait des super-consommateurs, vidéos, quatre – quatre, et gros frigos, qui ne savent plus pêcher un poisson, faire pousser un papayer, ou un bananier. Fini le coca, ils sont aujourd'hui réduits à boire de l'eau de pluie. En attendant un hypothétique visa pour l’Australie ou la Nouvelle Zélande, une culture est entrain de s’éteindre.
 

Il y a eu plein d’articles sur le sujet en 2003, 2004 et 2005 (écrits notamment par Florence Decamps pour Libération le 7 aôut 2004, ou par Jean Michel Demetz pour l’Express, le 3 mars 2005), et dans la presse australienne (Exemple, Courrier International, 6 décembre 2001). Nauru a encore fait l’objet d’un reportage sur Arte, rediffusé le 20 septembre dernier.  L'itinéraire de Nauru, qui fascine et effraie, campe la triste métaphore du devenir planétaire. En trente ans, temps court dans l’histoire d’une île surgie il y a quelques millions d’années, les Nauruans ont épuisé leurs phosphates et leurs écosystèmes, deux ressources non renouvelables. Une incitation à faire gaffe.

M.J. 

 

En Prime, le carnet de route illustré d'un Canadien qui découvre le gachis…  

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Publié par marlene le 10 octobre 2006 dans Comprendre,Non classé
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