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Les mystères du Shikinen Sengu.

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Le Jingu: un style épuré d’architecture Shinto.

Bonjour,

Et si on partait pour le Japon, dans la petite ville d’Ise. Ise se situe au Sud de Nagoya et à l’Est de Nara, l’ancienne capitale du Japon, sur la péninsule de Shima – Hanto. Ise doit sa notoriété au Jingu, un sanctuaire shintoïste affublé de superlatifs. Un bijou d’architecture pré-bouddhique au Japon.

Le souffle des Kamis, les mystères du Shikinen-Seng.

Le sanctuaire Shinto d’Ise – Jingu est l’un des plus vénéré du Japon. Il se compose de deuxsanctuaires, le Geku et le Naiku. Le Geku, le sanctuaire extérieur construit au V° siècle, se situe dans la ville d’Ise. C’est ici qu’habite Toyouke -no- Okami, la déesse de la Nourriture, des Vêtements, et de la Maison. Deux fois par jour, des moines vêtus de blanc offrent du riz à cette déesse, chargée de nourrir Amaterasu –Ômikami, la déesse qui habite dans le Naiku, l’autre sanctuaire. A quelques kilomètres de là, les édifices du Naiku, environ 17 siècles d’histoire, se dissimulent dans une forêt de cyprès et de cèdres, en dehors de la ville. Le Naiku est la demeure d’Amaterasu –Ômikami, déesse du Soleil, déesse ancestrale de la famille impériale japonaise, et gardienne de la Nation. Il aurait renfermé le Miroir Sacré de l’Empereur. De cet univers shintoïste, il se dégage une atmosphère étrange et apaisante. L’architecture simple et raffinée, l’omniprésence d’une nature à peine maîtrisée, le souffle des kamis – les divinités du panthéon shintoïste -, quelques siècles d’histoire si facilement traversés ? Ou peut – être les mystères du Shikinen-Sengù.

Tous les vingt ans, la déesse change d’appartement.

Le Shikinen-Sengù défait, et refait, l’architecture du Grand Sanctuaire d’Ise. La tradition shintoïste veut que les édifices religieux soient détruits, et reconstruits tous les vingt ans à l’identique, sur des sites adjacents de superficie analogue, selon les anciennes méthodes de construction. Les pavillons, qui ne comportent pas de clous, sont assemblés avec des chevilles de bois, et des jointures qui s’emboîtent. Et tous les vingt ans, à compter de leur année de construction, les 200 édifices du sanctuaire d’Ise sont soumis au rite du Shikinen-Sengù. Quand les nouveaux bâtiments sont achevés, Amaterasu Omikami, déesse du soleil, prend possession de ses nouveaux appartements, les copies des trésors sacrés suivent. La cérémonie rituelle qui accompagne ce changement d’adresse, le Sengu No Gi, n’a été révélée aux occidentaux qu’en 1953.

Le prix d’une vieille tradition.

Le bois des vieux édifices est utilisé pour reconstruire le Torii, l’entrée du sanctuaire, assemblage de piliers horizontaux monté sur des piliers verticaux, lui-même soumis à ce rite de « déconstruction – reconstruction ». Ce bois est encore envoyé aux quatre coins du Japon, pour édifier de nouveaux temples. Les bâtiments actuels du Ise Jingu ont été reconstruits en 1993, pour la 61ème fois. Coût de cette tradition architecturale : plus de 5 milliards de yens, soit environ 33 millions d’Euros. Les raisons de cette tradition, qui remonte au VII° siècle de notre ère, ne sont pas très claires.

Quelques clés du mystère.

Hypothèses techniques. Le bois et les toitures en chaume se détériorent rapidement, d’où la nécessité de reconstruire périodiquement chaque édifice. Autre hypothèse, cette reconstruction qui a lieu tous les vingt ans, correspond à peu près à une génération. Cette périodicité permettrait de transmettre les techniques ancestrales de ces bâtisseurs de sanctuaires. Cette continuité serait encore la métaphore de la pérennité de la foi shintoïste. Autre hypothèse symbolique, selon les éléments fondamentaux du shintoïsme qui sont « nouveauté et fraîcheur », chaque nouvelle construction permettrait à Amaterasu –Ômikami, la déesse du soleil, de se régénérer.
Cette pratique remonte plus vraisemblablement à la période pré – bouddhique. Elle s’expliquerait par les tabous sur la mort dans le culte shinto. Jusqu’au VII° siècle, avant que la capitale du Japon soit établie à Nara, on pensait que la mort de l’empereur contaminait sa résidence. Après la mort de chaque souverain, la capitale était détruite, avant d’être reconstruite. Il est probable que le Shikinen-Sengù puise dans cette croyance.

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Le sanctuaire principal du Geku, caractéristique de l’architecture du Grand Sanctuaire D’Ise Jingu. Reconstruit tous les vingt ans à l’identique.

« Des oreilles de riz pendantes ».

Sur la façade de bois qui interdit l’accès au sanctuaire principal du Geku, le vent d’automne agite les shides, « les oreilles de riz pendantes ». Ces petits morceaux de papier blanc, sont attachés à des branches de sakaki, une essence qui reste verte toute l’année. Ces shides, qui marquent le territoire des kamis, sont aussi des offrandes offertes à ces divinités. A gauche de cet édifice, une petite parcelle nue attend la reconstruction de ce lieu de culte, en 2013.

Moins étendu, moins majestueux, et sans doute moins recherché que le Naiku, le Geku est plus envoûtant. Question de superficie, question de fréquentation, ou question de feeling.

M.J.

Une petite visite dans le Grand Sanctaire d’Ise pour vous faire une idée?


Publié par marlene le 13 décembre 2006 dans Non classé
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