Environnement
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Climat et bénéfices.

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Katrina, 28 août 2005. Un ouragan de catégorie 5 qui modifie les contrats des assureurs.

Photo: GlSusen.com, 5 sept. 2005
Bonjour,

A l’automne dernier, le rapport Stern chiffre le coût de la crise climatique, si l’on ne fait rien avant dix ans, à 5500 milliards d’Euros. Le rapport prédit encore un séisme économique sans précédent. Une relation entre « climat » et « argent », qui vise aussi à sensibiliser politiques et financiers au réchauffement de la planète, est introduite. Des économistes démontrent encore que ce dérèglement climatique porte le développement de nouvelles technologies, qui pourraient stimuler l’économie et l’emploi. Certains industriels interprètent autrement les bénéfices du réchauffement climatique. Il est question de stratégie, marketting et financière.

La vitrine écologique de certains supermarchés.

Pour séduire des consommateurs plus sensibles aux maux de la planète, la chaîne britannique d’hypermarchés, Tesco , se fabrique une image écolo. Une dizaine de nouveaux magasins, estampillés « ecostores », construits avec des matériaux de récupération, seront éclairés par la lumière naturelle, via de grandes fenêtres placées sur les toits. Des éoliennes alimenteront les caisses enregistreuses, les toilettes seront nettoyées grâce à l’eau de pluie. Dans ces magasins – comme dans beaucoup d’hypermarchés français – les sacs plastiques seront distribués avec parcimonie. Tesco mise encore sur une réduction de gaz à effet de serre, moins 50% d’ici la fin de la décennie. Les camions de la firme tourneront au biodiésel. Tesco s’engage à réduire les distances d’acheminement de ses marchandises, et à limiter le transport par avion. La chaîne se dit prête à réduire son fret routier, au profit du rail. Tesco, qui compose sa vitrine écologique, est imité par Walmart, autre géant de la grande distribution.

Des entreprises contre les émissions de gaz à effet de serre.

Depuis une douzaine d’années, DuPont, pointure mondiale de la chimie, a réduit de 72% ses émissions de Co². Le groupe entend poursuivre son effort, 15% en moins à l’horizon 2015. Dans un registre similaire, le millardaire Richard Branson, à la tête de l’empire Virgin, affiche ouvertement ses préoccupations environnementales. Prévoyant une hausse du coût de l’énergie en 1997, il développe un réseau de transports par train, très performant, en Grande Bretagne. Concernant sa flotte aérienne, Virgin entend optimiser les phases de « décollage » et « d’atterrissage », très gourmandes en kérosène. Des recherches pourraient d’ailleurs lui permettre de remplacer le kérosène de ses avions, par un biocarburant. Il veut encore produire de l’éthanol pour les voitures. Branson, et le groupe Virgin, ont récemment annoncé de gros investissements dans le secteur des énergies renouvelables.

De bonnes intentions démasquées.

Georges Monbiot, un journaliste anglais qui a enquêté sur ces différents engagement écologiques, nuance cette kyrielle de bonnes intentions. Ainsi, Tesco qui promet d’optimiser les distances entre ses fournisseurs et ses rayons, ne dit rien sur la réduction des trajets de ses consommateurs. La fermeture de ses magasins, grands consommateurs d’énergie et situés en périphérie, au profit de hangars de stockage et d’un service de livraison à domicile, ne font pas partie de ce programme écolo. Chez Tesco, la vitrine écologique manque d’assise durable. Reste un profit, au moins en terme d’image. Chez DuPont, la conversion à l’écologie correspond à un pétrole cher. Donc, en réduisant de pratiquement trois quarts ses émissions de gaz à effet de serre pendant 13 ans, la firme a économisé environ 1,5 miliards d’Euros. Quant à Richard Branson, quoi de plus écologique que de laisser tomber le transport aérien. Georges Monbiot évalue les émissions de la compagnie Virgin à l’équivalent de celles d’une population de 16 millions de personnes.

« Le dérivé climatique », un profit clairement annoncé.

A côté de ce concert de bonnes intentions écologiques, converties ou non en profits, la position des assureurs. Depuis les inondations en Europe en 2002, et après les ouragans qui ont ravagé la Louisiane en 2005, les assureurs intègrent les aléas climatiques dans l’évaluation des risques. Ils examinent attentivement comment leurs clients entendent y répondre, avant de rédiger le contrat. D’ailleurs, de plus en plus d’acteurs économiques souscrivent une assurance contre les dérèglements climatiques. Ces contrats, désignés par « dérivés climatiques », chiffrent des primes immédiatement reversées aux clients, dès que le thermomètre s’emballe. Aux Etats Unis et au Japon, les dérivés climatiques pèsent déjà 35 milliards de dollars, un marché multiplié par 4,6 en un an. Aux Etats Unis, réassureurs, banques, et fonds d’investissement, pratiquent des opérations fructueuses. Chaque année, plus d’un million de dérivés climatique – notamment ceux des fournisseurs d’électricité américains – s’échangent à la bourse de Chicago.

Ce type de business traverse l’Atlantique. En France, EDF, certains parcs d’attraction, et ceux qui détiennent des intérêts dans les stations de ski, commencent à signer ces contrats de dérivés climatiques. Météo France développe d’ailleurs un service de conseils aux courtiers, assorti d’indices régionaux.

Les énergies renouvelables: un marché à conquérir.

Autre secteur porteur, le marché des énergies renouvelables. Impulsé par le Protocole de Kyoto, qui engage ses signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et donc à remettre en cause l’utilisation d’énergies fossiles, le marché du « renouvelable » suscite quelques espoirs en Europe. Les énergies alternatives couvrent actuellement 6% des besoins énergétiques du continent. Parmi les leaders, l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark. Sans entrer dans les détails, ce marché, qui valait 9 milliards d’Euros en 2005, pourrait dépasser les 14 milliards à l’horizon 2010. Un marché prometteur, peut – être. La bataille économique entre les énergies renouvelables, et des énergies fossiles soumises aux traditions et aux intérêts des Etats, n’est pas gagnée.

M.J.

Sources: Courrier International, 2cologie, 15 février 2007 – www.capitalismedurable.com


Publié par marlene le 20 février 2007 dans Climat,Comprendre
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Une réaction à “Climat et bénéfices.”

  1. […] Prise de conscience nécessaire – Fabien Crégut et Marlène Jaulin ont publié une série d’articles qui nous conduisent à réfléchir sur cette notion. Ils s’interrogent : quel climat pour demain ? L’homme est au coeur de la crise climatique, crise qui a un coût. Saviez-vous que le Sahara fut une forêt humide il y a quelques millions d’années ? Le changement climatique : explications du phénomène de réchauffement de la planète (manque d’eau douce, difficulté d’accéder à l’eau potable, disparition des poissons…) Nous vivons au-dessus de nos ressources énergétiques ! […]

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