Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Tokyo: un monstre tranquille.

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Tokyo, une ville dense, encore largement horizontale. Photo: Ian Britton.

Bonjour,

L’idée était d’interroger Tokyo sur ses nuisances environnementales. Air pollué, réseau routier saturé, eaux souillées, mauvaises conditions de logement, stress urbain, Tokyo donne les réponses d’une grande métropole. Mais Tokyo est aussi l’une des villes les moins polluées d’Asie. Pour certains, la pollution passe après l’enchantement d’une grande cité pleine d’énergie, qui dissimule de petits villages.

Une mer urbaine.

Le Grand Tokyo s’insère dans la méga – agglomération qui court sur un millier de kilomètres juqu’à Fukuoka, au Sud.(1) Le Grand Tokyo couvre quatre zones qui s’emboitent, le centre de Tokyo (Central Tokyo TWA) , les 23 arrondissements de Tokyo (TWA), l’Aire métropolitaine (TMA), et la Région métropolitaine de Tokyo (TMR). (2) L’agglomération accueille environ le quart de la population japonaise, sur une superficie qui représente 3% du territoire. Un Japonais sur quatre habite Tokyo, ou sa banlieue. Les densités y avoisinent les 1230 habitants/km². (1) La seule ville de Tokyo, qui concentre plus de 8 millions d’habitants, affiche des densités de 1333/km². Tokyo et sa banlieue continuent d’attirer des habitants. (3)

Tokyo, qui multiplie les gratte – ciel de béton, d’acier, ou de verre, reste une ville largement horizontale. De petits quartiers, ilôts de maisons individuelles et de petits immeubles posés entre les grands axes, fonctionnent à l’échelle de villages. Mais petit à petit, ce vieux Tokyo chaotique se laisse avaler par le gigantisme de la cité. (4) Côté banlieue, Tokyo étire son paysage pavillonnaire jusqu’à des limites difficiles à arrêter avec certitude. C’est pendant les anées 1950 que l’agglomération de Tokyo et celle de Yokohama, située au Sud, se sont rejointes. Tokyo est une mer urbaine, hérissée de gratte – ciel, dont le centre reste difficile à définir avec exactitude. (3)
Transports en commun, voiture, et vélo.

Depuis 1954, le Shinkansen – le train ultra -rapide – relie Tokyo à Osaka. Aujourd’hui, un important réseau de communications ferroviaires et routières déssert la métrople, et l’ouvre sur les autres villes de la mégalopole. Tokyo combine encore un certain nombre d’atouts favorables aux transports publics: des densités élevées, un taux de motorisation raisonnable compte tenu du niveau de vie des habitants, des restrictions très sévères concernant le stationnement urbain dans le centre – ville, et surtout un réseau ferré extrèmement efficace et rapide. Mais Tokyo est loin d’être libérée de l’automobile, et de ses nuisances.

Le réseau routier, insufisant, est souvent saturé. Par exemple, les embouteillages entre Tokyo et Nagoya peuvent durer une quinzaine d’heures par jour. Les données concernant la pollution atmosphérique ne signalent rien d’exceptionnel à l’échelle d’une métropole. Ici comme ailleurs, les gaz d’échappement polluent l’air de la ville. En février dernier, un sit – in de protestation a eu lieu devant le bâtiment du « Tokyo Metropolitan Government » et devant le siègle du constructeur Toyota. Ce petit rassemblement d’asthmatiques et de personnes souffrant d’affections respiratoires dénonçait la mauvaise qualité de l’air. Le groupe en a profité pour demander au gouvernement une aide pour payer les médicaments. (5) Pourtant, dès 2003, le gouvernement japonais impose des régulations aux voitures diesel – notamment l’installation d’un filtre sur le pot d’échappement pour stopper les particules fines -, et interdit les véhicules non conformes. Aujourd’hui, les constructeurs de moteur diesel ont pris le relais pour limiter la pollution.
Ville très dense, aux logements insuffisants – il en manquerait près d’un demi million – les Tokyoïtes passent en moyenne plus d’une heure dans des transports en commun, métro et train, pourtant très efficaces. (1) Tokyo est aussi la ville du vélo. Mais faute d’une voierie adaptée, les vélos slaloment sur les trottoirs, s’y entassent en stationnement, ou s’accumulent aux abords des gares. Une nuisance pour les uns, une autre façon de pratiquer la ville pour les autres.

Pollutions plurielles.

A Tokyo, qui concentre 30% de l’activité industrielle du pays – soit le principal pôle industriel mondial -, la dégradation de l’air est également liée à la présence d’usines. Autre pollution majeure, celle de l’eau. Les rivières, et particulièrement la baie de Tokyo, sont souillées par les rejets industriels. La pêche côtière et l’aquaculture y sont devenues impossibles. La pollution aux métaux lourds – arsenic, cadmium, mercure – entraine de graves conséquences sanitaires. Cette forme de pollution évoque la catastrophe de Minamatta, qui a marqué la conscience nationale, et qui a permis un sursaut écologique. De 1953 à 1970, les usines d’engrais de la société Shin Nippon Chisso ont déversé du methylmercure dans la baie de Minamatta. Bilan, 111 victimes, et une cinquantaine de morts, plus selon d’autres sources. Après une longue procédure, la société a finalement indemnisé les victimes. (1) Mais revenons à Tokyo, envisagée sous l’angle des ordures ménagères. Chaque année, 80% des six millions de tonnes d’ordures ménagères sont utilisées comme remblais. Autre nuisance, le pompage excessif des nappes phréatiques, destinées à alimenter la métropole en eau, a perturbé l’assise des sols.
Une relation entre santé et logements.

L’espace urbain, qui s’est développé de façon anarchique pour répondre à un afflux de population, détermine un cadre de vie stressant. Manque d’espace. Et manque de logements de qualité, à un coût accessible, problème commun aux grandes métropoles. Une étude a établi une relation entre logement et santé à Tokyo. Pour définir un logement de qualité, cette étude a croisé un certain nombre de paramètres: ventilation, ensoleillement, taille du logement, pollution intérieure, et nuisances sonores…D’après cette enquête, les personnes en bonne santé sont plus nombreuses dans les zones résidentielles qui présentent ces qualités environnementales. Dans ces résidences favorisées, le taux de mortalité masculine y est moins élevé que dans des logements moins confortables. Même tendance chez les femmes, qui apparaîssent en meilleure santé dans des logements de bon standing. Autre impact sur la vie des résidents, la verticalité des immeubles. Toujours selon cette enquête, vivre dans les étages supérieurs des tours d’habitation aurait des conséquences négatives sur l’éveil des enfants. Ils accuseraient un retard dans les pratiques quotidiennes (dire bonjour, être propre, se laver les dents, se chausser, aider les parents…), par rapport aux enfants domiciliés aux étages inférieurs. La verticalité s’ajouterait au handicap socio – économique, qui conduit les plus pauvres vers les étages supérieurs. (3) Cette étude concerne Tokyo. Mais la relation « pouvoir d’achat – qualité de l’habitat » – l’une des priorités des « villes durables » – devrait se décliner dans la plupart des métropoles.

Le « Heat Island ».

Problème environnemental plus spécifique à Tokyo, le manque d’espaces verts et de parcs. Selon une étude du Ministère de l’Environnement, la métropole manque de verdure pour adoucir l’influence du « Heat Island ». Le « Heat Island » est un réchauffement atmosphérique anormal, causé par une forte concentration de bâtiments et de routes, qui absorbent la chaleur. Cette étude montre que la plus basse température enregistrée dans le centre de Tokyo, à Otemachi, a augmenté de 4°c en un siècle. D’autres relevés effectués en périphérie – en principe plus aérée – révèlent une augmentation de seulement 2°c. Une simulation montre que si environ 4% de la superficie de Tokyo était boisée, si les jardins installés sur les toits se multipliaient, et si des mesures d’économie d’énergie étaient mises en oeuvres – beaucoup de « si » -, la température de Tokyo devrait baisser de 0,3°c. (6)
Dès avril 2004, une loi sur la préservation de la nature impose des jardins sur les toits des immeubles privés – de plus de 1000 m² – et publics – au moins 250m² -. Ces espaces verts doivent absorber les particules – action par les plantes -, diminuer la chaleur des bâtiments, réduire la facture de l’air conditionné, et rendre la vie plus agréable aux babitants. Il semble donc que cet effort soit insufisant.
Par ailleurs, le réchauffement climatique inquiète les Tokyoïtes. En 2003, plus de 90% s’inquiètent de la crise climatique, et de ses conséquences. (7)

Le risque sismique.

Retour à la géographie, et à la dynamique d’un espace japonais situé au carrefour de quatre plaques sismiques. A Tokyo le dernier tremblement de terre tragique – 150.000 victimes – remonte à 1923. Face à cette menace, la ville s’est dotée d’un système informatique, destiné à évaluer les besoins et les dégâts en cas de catastrophe. Mais l’hypothèse d’un grand tremblement de terre à Tokyo reste lourd d’incertitudes. En lien, un petit papier sur la remise en cause d’une architecture pourtant conçue pour être secouée.
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Tokyo à l’échelle d’un village : une ruelle à Shibuya.

Photo: Jemsweb, 27 février 2005.

Une mégalopole qui fascine.

L’image de la plus grande métropole du monde, surpeuplée, polluée, aux interminables embouteillages, aux transports en commun bondés, à la vie chère et stressante, aux probables tremblements de terre, mérite d’être nuancée. Même polluée, Tokyo reste une ville fascinante. En lien « les nipponeries de Nicolas », un blog qui corrige certaines idées reçues sur la pollution, les transports en commun, et les embouteillages. Au bas des gratte – ciel, Tokyo offre une mosaïque de quartiers qui fabriquent encore de petites communautés (7) Face aux lignes élancées de la métropole asiatique, la résistance du vieux Tokyo, horizontal et disparate, pose une vraie question d’environnement urbain aux amoureux de la ville. Et finalement, Tokyo est un monstre plutôt tranquille.
M.J.

(1) La mégalopole japonaise et son rôle dans le monde. Juin 2005.http://blog.france3.fr/baccalaureat/index.php

(2) Grand Tokyo- Les cahiers scientifiques du transport. N°34 – 1998 – p 75-100

(3) Villes et Santé publique au Japon. Takano Takehito. http://www.cybergeo.presse.fr

(4) La « beauté » chaotique d’un grand collage architectural en péril – Philippe Pons, Le Monde, 10 – 05 -2002.
(5) »Plaintiffs in air pollution begin sit in protest… »National News, 6 février 2007

(6) (7)[email protected] Le site des transports propres et non polluants – Tokyo…http://www.clean-auto.com


Publié par marlene le 28 février 2007 dans Urbanisation
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4 réactions à “Tokyo: un monstre tranquille.”

  1. […] Continent asiatique – Un plan détaillé sur la mégalopolis japonaise, – Le Japon, Pékin, – Kyoto, au coeur de la mégalopolis japonaise, – Tokyo, un mégalopole mondiale, et un point environnemental sur la ville, – Le Bangladesh, […]

  2. moi
    29 mars 2007

    bonjour, j’aimerai savoir quelles sont et quelles peuvent etre les consequences de l’aménagement par l’homme du littoral de la baie de Tokyo? Cet article n’en parle pas, et j’aurai aimer en savoir un peu plus sur ce sujet.
    Merci d’avance pour votre reponse.

    Franchement, la question m’embarrasse…  La réponse nécessite une recherche, sans doute plus poussée qu’une investigation sur internet. Car, si je me souviens bien, les sources utilisées pour cet article étaient assez évasives sur le sujet. Peut – être faudrait – il chercher chez les « défenseurs » de ce littoral. Ou en parler à un prof, ou à quelqu’un de bien informé sur la question environnementale du littoral de Tokyo….Je vais chercher, mais je ne vous promets rien…Vous m’avez remercié un peu trop tôt!

  3. sma
    23 novembre 2009

    en effet je voudrais me renseigner sur les espaces habitables a petite superficie.
    leur taut de ces habitats dans le monde merci de me répondre

  4. marlene
    23 novembre 2009

    Bonjour,

    Je viens de tenter une recherche avec vos « mots-clé »…Pas de résultat intéressant. Trop vague. Pourriez-vous préciser le sujet de votre enquête ?

    Cordialement.

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