Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Developpement durable: itinéraire d’un concept. (2)

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Développement durable: le temps des illusions..Photo: Carf, janv. 2006

Bonjour,

Consacré à Rio, le développement durable, qui ne s’appelle pas encore comme ça, s’élabore dans les années 70. Cette maturation porte déjà les termes d’une contradiction, qui oppose « développement » et « écologie ». Et suggère déjà l’antinomie entre « développement » et « durable ».

Une idée qui se formule.

Dans les années 70, quelques économistes de renom commencent à associer le respect de la nature à la production de richesses. De fait à l’époque, deux courants s’opposent. Pour le premier courant, les préoccupations environnementales ne sont qu’un prétexte imaginé par les pays riches, pour freiner le développement des économies émergentes. L’autre courant invite à stopper la croissance, responsable de la pollution et de l’exploitation des ressources. Cette seconde vision, qui prévoit à terme la fin de l’humanité, est déjà catastrophique. En 1971, un colloque de chercheurs, réunis à Founex en Suisse, invente une voie médiane. « Oui » au développement, promoteur d’un ordre social, mais « attention » à l’environnement, et à ses ressources. Cette alternative, qui jette les bases du développement durable, porte le nom « d’écodéveloppement ».

En 1972, l’Organisation des Nations Unies sur l’Environnement, se réunit à Stockholm. Scientifiques, ONG, et décideurs, s’inquiètent de la relation entre le développement industriel, et la dégradation des milieux naturels. L’appel de Stockholm invite donc à la protection de la nature. Mais cette préservation des espaces naturels s’apparente plus à une sacralisation de la nature, qu’à un véritable engagement écologique. Mais déjà, le développement industriel est reconnu néfaste pour l’environnement. Une opposition, opposée à une expansion économique aveugle, commence à se former.

La même année, le Club de Rome – un groupe d’intellectuels soucieux de l’avenir de l’humanité – commande un rapport sur les limites de la croissance au Massachussets Institute of Technology. Le texte, intitulé « Les limites de la croissance », souligne les dangers écologiques de l’expansion économique et démographique. Si l’on ne jugule pas la croissance, si l’on ne stabilise pas l’activité économique et l’envolée démographique, le système mondial risque de s’effondrer. Ce message, également formulé par « Zéro croissance », fait beaucoup de bruit à l’époque.

Deux ans plus tard, des experts internationaux, invités par les Nations Unies (le PNUE pour l’environnement et le CNUCED pour le commerce et le développement) se réunissent à Cocoyoc, au Mexique. L’écart entre pays pauvres et pays riches est vivement dénoncé. Louis Echeverria, le Président mexicain, livre un rapport très engagé, qui fait écho à ce constat. Henri Kissinger, le chef de la diplomatie américaine n’apprécie pas ce texte, aux accents très « tiers-mondiste. » L’écodéveloppement est rangé dans les cartons.

Pendant ce temps, les grands groupes industriels sont vivement invités à respecter l’environnement. Des lois les obligent à diminuer leur pollution de l’air et de l’eau. Ils adoptent des normes environnementales plus contraignantes. Mais il n’y a pas encore de véritable vision environnementale, les problèmes sont résolus au cas par cas. Et c’est le consommateur qui paie sur les produits, le surcoût induit par ces exigences environnementales. (1)
Le rapport Brundtland.

Et c’est finalement le rapport Brundtland qui pose les fondements du développement durable. Commandé en 1984 par le Secrétaire Général des Nations Unies de l’époque, Javier Perez de Cuellar, il est achevé en 1987. Gro Harlem Brundtland, Ministre de l’Environnement norvégien, qui dirige les travaux de cette commission, donne son nom au document. Le rapport Brundtland introduit une croissance qui aura pour perspective, le respect des générations à venir.

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion: le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »(2)

Le rapport Brundtland identifie deux risques majeurs: le changement climatique provoqué par l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et la détérioration de la couche d’ozone, due à l’émission des gaz de synthèse. Ces deux risques, liés à un développement anarchique, éloigné des questions environnementales, compromettent l’avenir de l’humanité. Le message est entendu. Quelques mois plus tôt, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a révélé les dangers liés aux activités humaines.

Johannesburg.

Vingt ans après Stockholm, dix ans après Rio, les Etats tiennent conférence en Afrique du Sud, à Johannesburg. Johannesburg est l’occasion d’examiner les progrès du développement durable. Les grandes idées s’effondrent devant les constats. Nous sommes en 2002.

Malgré les mises en garde répétées, les modes de production et de consommation continuent de se développer sur le dos de l’environnement. Plus grave, ils se déplacent vers les grands pays émergents. L’Inde et la Chine se développent à toute vitesse en détruisant leur territoire. Le Protocole de Kyoto, destiné à impliquer la communauté internationale dans la réduction des gaz à effet de serre depuis 1997, n’est toujours pas en vigueur, faute de signatures suffisantes. Cinq ans après Johannesburg , le protocole est en vigueur (depuis 2004), mais sans l’adhésion des Etats – Unis, principal pollueur de la planète. La Chine et l’Inde, pays émergents, n’y sont pas soumises. La pollution atmosphérique en dissimule bien d’autres, pollution de l’eau, des mers et des océans, augmentation des déchets…Le patrimoine environnemental destiné aux générations futures – grand leitmotiv du développement durable – est déjà bien altéré.
Le fossé entre pays riches et pays pauvres s’est creusé. Les Etats nantis continuent de s’enrichir sur le dos des pays démunis, pillant leurs ressources minières, agricoles, et forestières. La pauvreté, l’exclusion, et la violence se généralisent dans les pays du Sud. Et cette humanité paupérisée, qui se développe dans toutes les grandes métropoles de la planète, montre que les inégalités ne sont plus réservées aux seuls pays démunis.

Vu de Johannesburg, le développement durable a raté son départ. Manque de vision concernant l’avenir de la planète? Intérêts liés à un système de production et de consommation difficile à réformer ? Besoin de maintenir le bon vieil ordre mondial en maintenant les pays du Sud dans une position de dépendance ? Les grandes institutions mondiales n’ont pas réagi aux défis formulés à Rio. Les dirigeants politiques et économiques s’arrangent finalement de cette inertie qui ne remet pas en cause le modèle occidental. On attendait peut – être les ONG. Mais face aux défis, elle ne font pas le poids. Pour mesurer l’ampleur de l’échec, il suffit d’ailleurs de lire la presse, et de regarder les journaux télévisés. L’humanité continue de se paupériser. L’environnement, pourtant devenu priorité, est en train de révéler certaines limites. Et le réchauffement climatique plante un décor inquiétant.

Du doute écologique à la décroissance.

En 1972, la Conférence de Stockholm introduit le doute écologique dans une économie qui triomphe. « Les limites de la croissance », le fameux rapport publié par le Club de Rome la même année, étoffe ce doute. La planète ne pourra pas supporter les conséquences d’une croissance économique et démographique incontrôlée. On parle de « Zero croissance ». En 1992, la Conférence de Rio, qui confirme une sur – exploitation des ressources épuisables, tente une solution par la voie du « développement durable ». Pendant ce temps, la croissance, stimulée par la mondialisation, travaille à séparer un peu plus les riches et les pauvres, et à multiplier les atteintes à l’environnement. Et le développement durable, qui conjugue pourtant « social » et « environnement », n’y peut pas grand chose, faute d’un mode d’emploi efficace. La formule magique du développement durable ne tient pas ses promesses. La Conférence de Johannesburg esquisse un avenir sombre pour la planète. Pendant ce temps, une autre idée s’est formulée. Elle s’appelle la « décroissance ». L ‘inertie du développement durable semble redonner de la vigueur à cette théorie.

On en reparle dans le prochain blog…

M.J.

(1) Le développement durable – « Produire pour tous, protéger la planète », Loïc Chauveau, Petite Encycloédie Larousse, Juin 2006.
(2) Rapport Brundtland – Wikipedia.


Publié par marlene le 13 mars 2007 dans Comprendre,Développement durable
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Une réaction à “Developpement durable: itinéraire d’un concept. (2)”

  1. […] Quelques articles pour présenter la notion par Marlène Jaulin, auteur du blog Environnement – Présentation du concept : entre environnement et social. – Historique du développement durable : l’itinéraire d’un concept. – L’envers du concept, avec la notion de “décroissance“. Retrouvez aussi tous les articles sur son blog de “géographie environnementale” : ce blog vise à décrire certaines agressions environnementales, à examiner leurs causes, et leurs conséquences (modifications climatiques, désertification, déforestation, crise de l’eau, dysfonctionnement des écosystèmes, réduction de la bio – diversité, pollutions, urbanisation excessive, etc.). Ces modifications du paysage terrestre y sont localisées, et déclinées par des exemples. […]

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