Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des forêts maltraitées.

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Photo: aakaakaakaakaa, 19 juin 2005

Bonjour,

Le semaine dernière, coup de fil d’un copain, pour l’aider à transporter le parquet qu’il vient d’acheter. Il ne peut rien porter, il s’est démis le dos, mais c’est une autre histoire. Il sort un échantillon du fameux parquet, acquis chez un grand distributeur de matériaux pour la maison. Du merbau, un beau bois exotique aux tons roux. Prix assorti, ras du plancher,30 euros le m², prêt à poser. Soit environ la moitié d’un sol en chêne, moins cher que le sapin, l’un des bois les plus communs. L’origine de ce merbau n’est pas révélée par la grande surface. Peu importe, on entasse les cartons sur le chariot, on paie, et on refait le sol de son salon à un prix imbattable, qualité en prime…

Une exploitation anarchique et prospère.

Environ 40% du bois exotique vendu en France est d’origine illégale, selon un rapport du WWF publié l’an dernier. Parmi eux, le merbau. Ce bois précieux, exploité par les Chinois dans les forêts de Papouasie – Nouvelle Guinée, est une espèce menacée. (1) En 2006, en Papouasie – Nouvelle Guinée, un trafic de merbau, coupé illégalement, transformé en parquets par les Chinois, destiné au marché européen, est démantelé. (2) Si certaines grandes surfaces, invitées par des campagnes de sensibilisation, délaissent ce bois illégal, le circuit de distribution continue à exister. Il suffit d’ailleurs de taper « merbau » sur internet pour voir apparaître quelques offres. Autre exemple, le gouvernement chinois et le Comité Olympique viennent de passer commande de bois exotiques, destinés aux infrastructures des jeux qui se dérouleront en Chine, en 2008. Ce bois, exploité en Papouasie devrait être transformé dans une usine, construite à proximité. Au total, les Jeux Olympiques devraient engloutir 800 000 mètres cube de merbau. (3) En Papouasie – Nouvelle Guinée, des contrats – plus ou moins douteux,- passés avec la Chine, annoncent l’exploitation de l’une des dernières forêts primaires au monde. (1) En République démocratique du Congo, l’exploitation de bois exotiques par les sociétés étrangères reste une activité, souvent illégale et prospère. (4)
Une déforestation qui reste alarmante.

Selon un rapport de la FAO, publié le 13 mars dernier, la déforestation progresse à un rythme alarmant. Chaque année, 13 millions d’hectares de forêts disparaissent dans le monde. (5) Toujours selon la FAO, les pertes nettes ( solde du rapport déforestation – reboisement ) de superficies boisées ont atteint 7,3 millions d’hectares par an, entre 2000 et 2005. C’est à dire une superficie annuelle équivalente au territoire de la Sierra Leone, ou à celui du Panama. (6)Les nouvelles plantations, l’expansion naturelle des forêts existantes, et une meilleure protection de l’espace forestier, ont corrigé les effets d’une déforestation galopante. Par exemple, toujours selon la FAO, la superficie des forêts protégées aurait augmenté d’un peu plus de 30% depuis 1990. Les reboisements en Asie auraient encore contribué à ralentir ce processus. La Chine, qui mène un vaste programme de boisement, aurait même réussi à inverser les pertes du continent asiatique. L’Asie, privée de 800 000 hectares de forêts par an dans les années 90, en gagne un million annuel entre 2000 et 2005 (6) Mais le problème de la déforestation, envisagé sous l’angle de la superficie, se décline, aussi, en terme de qualité.

Une exploitation sauvage des essences rares.

En Asie du Sud – Est, en Afrique, et en Amérique latine, la disparition des forêts précieuses progresse à vive allure. La plantation d’espèces rapides ne compense pas la perte d’espèces rares, nécessaires à la biodiversité, et cadre de vie des communautés voisines. En République démocratique du Congo – qui possède près de la moitié des forêts primaires tropicales du bassin du Congo -, l’exploitation forestière est sauvage. Pour collecter quelques essences rares – notamment le Wengé, très à la mode en ce moment, et très cher -, les bulldozers dévastent l’espace forestier, anéantissent la faune, et privent les Pygmées de leur cadre de vie traditionnel – certains sont d’ailleurs employés sur ces chantiers forestiers, pour trois cacahuètes -. (4)Dès 1966, l’Indonésie de Suarto, autorise l’exploitation sauvage et corrompue de ses forêts primaires. Aujourd’hui, 80% du couvert végétal a disparu, les essences rares sont devenues quasi – inexistantes (1) Et ce pillage des forêts primaires s’est aujourd’hui déplacé en Papouasie – Nouvelle Guinée, où il est orchestré par les Chinois. C’est de là que provient notre fameux marbau. Selon la FAO, les forêts primaires, qui représentent plus du tiers de la superficie forestière totale, disparaissent, ou sont modifiées, au rythme de 6 millions d’hectares par an. L’introduction d’espèces envahissantes, plus utiles au commerce qu’à la biodiversité, participent à ce gâchis. (6)

Déboiser pour mieux planter.

Emmanuelle Grundmann, primatologue, auteure d’une thèse sur la réintroduction des ourangs-outans, a examiné l’histoire des déforestations. Elle rapporte qu’en Indonésie, des grandes plantations ont pris la place des forêts. L’Indonésie s’est tournée vers l’huile de palme, utilisée pour la transformation de nombreux produits (cosmétiques, détergents, plats surgelés, chocolat..). L’huile de palme devrait encore intervenir dans la fabrication de bio – carburants. La perspective d’un marché mondial, élargi aux biocarburants, dope la conversion à l’huile de palme. Le coût de la main d’oeuvre sert le projet. L’Indonésie entend désormais devenir le premier producteur d’huile de palme, devant la Malaisie. Et pour ça, il faut de l’espace cultivable…Ce qui pourrait expliquer certains grands incendies qui ont ravagé l’Indonésie à la fin des années 90.(1)

Le bois, la seule source d’énergie des plus pauvres.

Une ligne de clivage s’est dessinée. Les belles forêts, en expansion, campent sur le continent Nord américain, et sur l’espace Européen. La Chine, qui reboise pour mieux vendre, développe encore son couvert forestier. L’Inde, aussi. De l’autre côté de cette frontière verte, les pays en voie de développement. Certains bradent leurs essences rares ( Papouasie – Nouvelle Guinée, ou Congo), sans que cette exploitation profite au développement du pays. L’Indonésie fait de la déforestation – héritée et active – une stratégie économique. Et dans la plupart des pays pauvres, le bois représente la seule source d’énergie. Il est encore source de nourriture, de médicaments, matériau de construction, ou fait l’objet d’un petit commerce illégal. Ailleurs, on défriche ces terres peu productives, pour gagner un peu de surface cultivable. Les gens pauvres participent activement à la déforestation. Une relation qui réactualise les termes du développement durable, « réduction de la pauvreté – protection de l’environnement ».

Actuellement, seulement 2% des forêts bénéficient d’un label de certification, qui les soumet à une gestion durable. Au Brésil, en Mongolie, en Namibie, les villageois bénéficient de programmes de gestion forestière, afin de maîtriser leur pratiques de brûlis, et de prévenir les incendies. C’est mieux que rien. Mais tant que le commerce international du bois échappera à la règlementation…Mais revenons à mon copain, je ne suis pas sûre qu’il connaisse l’itinéraire de son parquet. Mais, je pense qu’il s’en fiche. D’ailleurs, ça lui apprendra, je le balance, il s’appelle Didier.
M.J

(1) Biocarburant, l’arbre qui cache la forêt, Sylvie Briet, Libération, 20 mars 2007

(2) La Baleine, mars 2006 -www.amis de la terre.org

(3)www.adamantane.org

(4)Coupes sombres dans la forêt congolaise, Laure Noualhat, Libération, 15 février 2007

(5) La déforestation de la planète suit un rythme…, Gaëlle Dupont, Le Monde, 14 mars 2007

(6) La déforestation se poursuit à un rythme…, FAO, Rome, 14 novembre 2005.


Publié par marlene le 22 mars 2007 dans Développement durable
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