Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des Pygmées chassés par les bulldozers.

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Les Pygmées en Afrique Centrale.
Source: Wikipedia

Bonjour,

La déforestation, ses conséquences sur la biodiversité, et sur les communautés accrochées à ses forêts que l’on mutile. Zoom sur l’Afrique centrale et la République Démocratique du Congo (RDC). La forêt primaire y est l’objet d’une exploitation  » non durable ». Principales victimes, les Pygmées, ces « citoyens de seconde zone » que l’on prive de leur habitat.

Une exploitation sauvage.

Survol du Bassin du Congo, où se déroule un immense tapis de forêt tropicale dense humide, la seconde après l’Amazonie. C’est en RDC que se situe le gros morceau de cette forêt tropicale d’Afrique centrale. Elle couvre environ la moitié du territoire congolais. Cette forêt est un immense zoo, où l’on trouve des éléphants, des singes, et une multitude d’oiseaux. Elle concentre aussi quelques essences rares, comme le Wengé, un bois coûteux recherché en Occident. Pendant la guerre civile – qui a duré une dizaine d’années -, la forêt a accueilli des populations chassées de leurs terres. Pression démographique et insécurité ont contribué à un processus de déforestation. L’exploitation forestière a pris le relais. La RDC est convoitée par les sociétés étrangères, majoritairement européennes. La plus importante, la SIFORCO, filliale de la société allemande Denzer, contrôle 25% des concessions forestières du pays. (1) (2)

Le gouvernement congolais, qui s’était pourtant engagé à respecter les grands principes d’une gestion durable, a livré une partie de ce patrimoine à ces sociétés étrangères. Intéressées par les essences rares, elles exploitent sauvagement une forêt, qui aura du mal à s’en remettre. Sans entrer dans les détails, l’exploitation forestière en République démocratique du Congo est contraire aux grands principes du développement durable. Avec moins de 1% du PNB, elle ne participe pas au développement du pays. Elle dévaste la forêt, ravage la biodiversité. Et surtout, elle jette les Pygmées dans un univers hostile.

Un bilan environnemental désastreux.
Selon une étude réalisée à la fin de la décennie 90, le bilan environnemental de cette exploitation forestière est désastreux. Cette exploitation, très sélective – qui ne retient que les essences de valeur, destinées à l’exportation -, a détruit une grande partie de l’espace forestier investi, dès la première coupe. Les cultivateurs itinérants, qui ont profité de cette voie ouverte dans la forêt par les sociétés, ont encore pillé ces arbres de valeurs. Faute d’essence intéressante, il n’y a pas eu de seconde coupe, associée à une gestion – plus – durable de l’espace forestier. Cette collecte sélective obligeait encore à ouvrir, et à exploiter, d’autres parties de la forêt afin de trouver de nouveaux arbres rares. Total, les zones d’exploitation sont sillonnées de routes, destinées au transport du bois vers les voies fluviales, qui mènent aux ports d’embarcation, et à l’exportation. L’ouverture de cet espace forestier, devenu sans intérêt pour les exploitants, a attiré une population locale. Elle a défriché ces terres pour l’agriculture, privant la forêt de tout espoir de recomposition. Résultat, au début de la décennie, il ne reste pratiquement plus de forêt primaire dans le Bas Congo, zone proche de la capitale, Kinshasa, et des ports. Visiblement, ce type d’exploitation, selective et sauvage, continue bon train. (2) Selon Grégoire Lejonc, qui s’occupe des forêts africaines pour Greenpeace, les bulldozers continuent de dévaster l’espace forestier. Tandis que les exploitants massacrent les animaux. « L’enjeu est crucial: 60 millions d’hectares de forêts naturelles – soit la taille de la France – risquent d’être affectés aux exploitants industriels alors même qu’un zonage écologiquement et socialement pertinent n’a pas été fait ! Les risques pour la population et la biodiversité sont immenses. », avertit Grégoire Lejonc.

Des populations exploitées.

Les populations – les Pygmées et les autres – font les frais de ce pillage. D’un côté, les sociétés d’exploitation, qui assurent les soins médicaux, la scolarité, et les transports aux villageois, compensent les manquements de l’Etat. Mais, revers de médaille, elles utilisent aussi une main d’oeuvre bon marché, le temps d’un chantier. Et quand le chantier est terminé, ces ouvriers temporaires, déplacés dans la forêt, n’ont guère d’autre choix que de défricher un peu plus, pour nourrir leur famille. Un nouveau stade de déboisement est impulsé. Les routes, dessinées dans la forêt par les bulldozers, attirent d’autres « sans – terres », qui participent aussi à la déforestation. Le système foncier, interprété de façon très inégalitaire depuis la colonisation, produit beaucoup de paysans « sans -terre », acteurs de la déforestation. Un système foncier qui sert aussi cette exploitation forestière sauvage.(2)

Les Pygmées privés de leur habitat.

Les Pygmées, qui circulent dans la forêt pour y vivre, sont particulièrement vulnérables à cette invasion. Cette communauté, représentée dans d’autres pays d’Afrique centrale – notamment au Cameroun -, serait relativement importante en RDC. Une importance numérique qui hésite entre 39.000, 154 000, et 700.000… Pour comparaison, ils seraient environ 30.000 au Cameroun. Les Pygmées sont difficiles à dénombrer. En RDC, ils se divisent en trois groupes, les Bacwa, les Batwa, et les Bambutti. Ces Pygmées sont, d’abord, privés d’un habitat où ils pratiquent la chasse et la cueillette, à la base de leur alimentation. Des forêts où ils trouvent des mériaux de construction, ou des plantes médicinales. Cette colonisation de la forêt a encore bousculé les relations sociales, et les échanges entre communautés. Par exemple, les Pygmées fabriquent du miel, qu’ils échangent avec des agriculteurs locaux. Expulsés de leurs forêts, malmenés par l’Armée régulière et les rebelles pendant la guerre, les Pygmées développent les maux d’un univers qui n’est pas le leur. Ils souffrent de malnutrition, sont menacés par la tuberculose et la lèpre, tombent dans l’alcoolisme. Des femmes développent des maladies vénériennes, qui les rendent stériles. Aujourd’hui, les Pygmées sont victimes du VIH.(2)

Le mieux, c’est de leur donner la parole.

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Les Pygmées, résidents des forêts.

Source: Wikipedia

« Victimes d’une guerre contre les arbres ».

« Nous sommes agressés chez nous, dans notre forêt. Les arbres coupés tombent sur nos maisons, sans que nous sachions pourquoi nous subissons ce mauvais traitement. » Ces Pygmées des forêts du Nord Est de la RDC sont menacés par l’exploitation sauvage de leur lieu de vie. Ils sont devenus des errants: « Nous sommes devenus des déplacés d’une guerre menée contre les arbres de la forêt. »(…) « La forêt nous appartient, mais l’argent versé pour son exploitation ne nous profite pas. (…) Nous sommes réduits à transporter des planches sciées pour avoir du sel, du savon, et des habits usés. » En Ituri, dans la Province Orientale de la RD Congo, les Pygmées se dressent pour défendre la forêt, cadre de vie et mère nourricière…(3) Les Pygmées sont également en train de perdre cet habitat, culturel et siprituel, dans lequel s’est formulée leur identité.

Même constat au Cameroun. Les Pygmées, pris en charge par une politique de « développement » qui veut en faire des sédentaires et des agriculteurs, sont en train de perdre leur univers. L’exploitation industrielle du bois accélère l’expropriation. Le sort des Pygmées d’Afrique centrale, intimement lié à l’exploitation forestière, est assez médiatisé pour être connu. Un contre – exemple flagrant de « développement durable », concept impuissant face aux intérêts des exploitants occidentaux, et des politiques africaines sans doute trop complaisantes…

M.J.

(1) Coupes sombres dans la forêt congolaise, Laure Noualhat, Libération, 15 février 2007.

(2) La forêt prise en orage/ Les populations et les forêts en Afrique Centrale- http://www.forestmonitor.org

(3) Les Pygmées défendent leur habitat naturel, la forêt, Delvin Waïssala – http://syfia-grands-lacs.info


Publié par marlene le 2 avril 2007 dans Développement durable
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