Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Still Life », une évocation du barrage des Trois Gorges.

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Bonjour,

On reste en Chine encore un petit moment, le temps d’un film, « Still Life ». Un beau film qui témoigne d’un grand bouleversement environnemental, la construction d’un barrage, et qui place quelques personnages dans cette géographie sacrifiée pour le « bien collectif ». C’est l’histoire d’un homme et d’une femme, en quête leur passé. C’est aussi l’histoire de ces pauvres petites existences, au service la machinerie chinoise.

L’ambition de maîtriser la géographie.

Still Life est d’abord un film géographique, qui s’attarde sur les rives du Yang Tse. Le barrage des Trois Gorges, ouvrage majeur de la Chine contemporaine, cimente cette épopée morale, sociale, et politique. Hors pellicule, visite du barrage des Trois Gorges, gros enjeu dans l’aménagement du territoire chinois. Pour les Autorités, il s’agit de développer la Chine intérieure autour de Chongqing, ville assise sur le Yang Tse, en amont du projet. Il s’agit encore de stimuler la navigation fluviale, contrariée par une géographie difficile, entre la Chine centrale et le littoral, au nord de Shangaï. Il y a encore la perspective de moderniser la flotte, et de privilégier un moyen de transport moins coûteux. Le gouvernement chinois souhaite encore réduire les inondations meurtrières des décennies passées, années 30, 40, 50 avec 19000 morts en 1954, et 80 avec plus de 1500 morts et des milliers de « sans abri » en 1988. Achevé, l’ouvrage sera aussi le plus puissant barrage hydroélectrique au monde. Enjeu environnemental, et politique. Le barrage des Trois Gorges, qui symbolise une Chine capable de maîtriser sa géographie pour servir son développement économique, cautionne le régime communiste. A l’intérieur, et à l’extérieur d’une Chine, très soucieuse de son image.

Des lambeaux de Chine engloutis, des milliers de déplacés.

Ce barrage est une vieille histoire, dont l’idée remonte vraisemblablement au VIII° siècle avant JC, époque à laquelle on pense installer des barrages sur le fleuve Jaune. Le premier projet sur le site, proposé par Sun Yat Sen, remonte à 199. Lidée reformulée dans les années 50, et reprise par Li Peng dans les années 80. Le plan, approuvé par l’Assemblée nationale populaire en 1992, démarre en 1996. Installé sur le cours moyen du Yang Tse, le barrage des Trois Gorges promet un réservoir de 39 millions de m3 d’eau, avec un niveau maximal de 175 mètres, et 145 mètres avant la saison des pluies. Aménagé pour la navigation, il constitue une réserve d’eau pour l’irrigation, et une fois terminé, en 2009, il devrait produire « l’équivalent- électricité » de 18 centrales nucléaires. A terme, il pourrait satisfaire 10% de la consommation énergétique chinoise . Et puisque les superlatifs ne manquent pas, le projet devrait engloutir 632 km2 de terres sur 660 kilomètres, le long de l’ouvrage, et noyer une vingtaine de villes. Le barrage, assis sur une région aux fortes densités et au riche potentiel agricole, devrait déplacer de 1,5 à 2 milllions de personnes, et submerger 17 000 hectares de terres cultivables. Quelques milliers de sites péhistoriques, et quelques lambeaux de la Chine ancienne, mémoire du peuple chinois, reposeront sous les eaux.

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Des paysages perdus.


En lien, Wikipedia, pour une viste géographique des Trois Gorges, haut lieu du tourisme chinois. « Les grands chantiers du siècle », décline les caractéristiques de l’ouvrage. Pour en revenir à notre pellicule, « Still Life » est signé Jia Zhang Ke, une grande caméra du cinéma chinois. Toujours en lien, la bande annonce du fim, (clic sur « bande annonce » ) et quelques extraits, aperçus d’une photo remarquable. Et finalement, nous n’avons rien dit de ces petites existences, qui déambulent dans la géographie colonisée par cet immense ouvrage. Si le barrage favorise l’ascension sociale de quelques opportunistes, la plupart des personnages ajustent leurs petites vies à cette grosse machinerie. Il ne leur reste que quelques billets de banque, durement gagnés, pour regarder la reproduction de leurs paysages perdus.

M.J

Source: Le barrage des Trois Gorges, compte rendu de la Conférence de T. Sanjuan, Paris I, Festival de Saint Dié, 2003 – Wikipedia.


Publié par marlene le 1 juin 2007 dans Non classé
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Une réaction à “« Still Life », une évocation du barrage des Trois Gorges.”

  1. […] asphyxiée par la croissance et ses rejets, saccagée et expulsée par le projet pharaonique du Barrage des Trois Gorges, et nous emmène au Bengladesh, où des carcasses de pétroliers attendent d’être […]

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