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L’Afrique grandit vite.

Bonjour,

L’Afrique vient de faire le point sur sa démographie. Du 10 au 14 décembre dernier, la Cinquième conférence sur la population africaine a réuni experts et scientifiques à Arusha, en Tanzanie. Un prétexte pour rappeler quelques grandes tendances, explosion démographique, urbanisation rapide, et fuite des cerveaux.

L’Afrique, c’est d’abord un « grand bond démographique ». Au cours du XX° siècle, le continent a multiplié sa population par 5, ou par 7, selon les sources.Cette démographie, qui pèse environ 770 millions de personnes, devrait passer à deux milliards autour de 2050, avec une croissance annuelle supérieure à 2%. (1) (2)Cette progression est particulièrement nette en Afrique sub-saharienne, où une trentaine de pays révèlent une forte fécondité, avec plus de cinq enfants par femme.(1) D’ici quatre à cinq décennies, l’Afrique sub-saharienne pourrait compter environ 1,7 milliard d’habitants. (3).

Cette poussée démographique s’explique par une forte fécondité. L’Afrique, et notamment la zone sub-saharienne, n’a pas accompli cette transition démographique qui régule les populations dans la plupart des espaces en voie de développement. L’Amérique latine, ou l’Asie, ont mieux négocié leur mutation démographique. En Afrique, les femmes continuent à avoir beaucoup d’enfants. Cette spécificité s’explique par des facteurs socio-culturels, des mariages précoces, une tradition de grandes familles, des femmes vouées à la maternité, et sans doute un accès plus difficile à la contraception. Quand 60% des femmes d’Amérique latine et d’Asie bénéficient d’une contraception moderne, 10 à 20% des Africaines y ont accès. (1) Le manque de politique démographique, promouvoir des méthodes contraceptives ou valoriser la famille réduite, entretient cette fécondité soutenue.

Cette conférence sur la population africaine a permis de nuancer une idée répandue dans les années 2000. Si plus de 20 millions d’Africains vivent avec le virus du VIH (3), la pandémie du SIDA ne devrait pas inverser le dynamisme démographique du continent. Le taux de prévalence, ou le nombre de personnes infectées par le virus, est passé de 9% en 2001, à 6% aujourd’hui. (1) Si la situation reste beaucoup plus préoccupante en Afrique australe et orientale, régions les plus touchées par le SIDA, l’évolution de la maladie ne devrait que ralentir l’évolution de la population. L’efficacité des programmes de lutte contre la maladie, l’information et la distribution de préservatifs, ont vraisemblablement contribué à limiter l’impact démographique du SIDA.

Ce dynamisme démographique, conjugué au manque de perspectives dans les zones rurales, devraient doper l’urbanisation. Avec une croissance urbaine supérieure à 3% – voire beaucoup plus dans certaines régions -, on suppose que d’ici 2030, près de la moitié de la population africaine sera citadine, contre 40% actuellement.(2) L’émigration vers les villes de jeunes adultes, en quête de meilleures conditions de vie, gonflera des villes déjà bricolées, et peu préparées à cet afflux de population. Cette surpopulation de quartiers précaires, sans aménagement sanitaire, promet une misère urbaine difficile à gérer. Ce continent, à l’urbanisation inégale, compte déjà une quarantaine de villes de plus d’un million d’habitants. Et quelques monstres urbains, Lagos, Le Caire, ou Johannesburg.

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La fuite des cerveaux inquiète encore les Africains. Selon l’OIM ( Office international des migrations), depuis 1990, au moins 20.000 personnes désertent chaque année le continent africain. Le profil classique du déserteur est l’étudiant qui décide de ne pas rentrer dans un pays, souvent instable, à la fin de ses études. La faute à qui ? A ces dirigeants qui ne font pas grand chose pour rendre leur pays attrayant ? Ou à ces étudiants qui misent sur les conditions professionnelles occidentales, au détriment du développement de leur pays d’origine? La stabilité politique est un argument fréquemment avancé. Reste une idée, inciter les émigrés à investir dans leur pays d’origine, tout en continuant à vivre à l’étranger. Une idée intéressante pour une conférence africaine qui associait, population et développement.(4)

M.J

(1) » Afrique: le grand rattrapage démographique. », John May, Jean Pierre Guengant, propos recueillis par Jean Pierre Turquoi, Le Monde, 16 – 17 décembre 2007. (2) « Adopter une approche de l’urbanisation en Afrique centrée sur les populations », Carole rakodi, Chronique des Nations Unies, Volume XLIV, 2006.(3) L’Union pour l’etude de la population africaine (UEPA), Cinquième conférence sur la population africaine, www.uaps.org.(4) « Que font les gouvernements pour arrêter la fuite des cerveaux? », Aimable Twahirwa, Inter Press Service News Agency, 26 décembre 2007.


Publié par marlene le 28 décembre 2007 dans Afrique/ population.
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2 réactions à “L’Afrique grandit vite.”

  1. petitbon
    12 juillet 2009

    On peut dire de l’Afrique sub-saharienne ce que Dante avait écrit sur la porter de l’Enfer :
     » laissez tout espérance, vous qui entrez » .

  2. marlene
    3 août 2009

    Pas si sûr….L’Afrique surprend souvent….

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