Environnement
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Forêts maliennes: les Chinois se taillent une mauvaise réputation.

Bonjour,

« Chine: hôpital contre bois d’ébène » titrait les Echos de Bamako, le 12 mars dernier. Et là, on apprend que la Chine, grande et généreuse, désire offrir un nouvel hôpital au Mali. Un cadeau «prioritaire », puisque la construction de ce nouveau centre de soins devrait démarrer d’ici fin 2008. En échange, la Chine pourrait exploiter tranquillement la forêt de Kita, située dans la région de Kayes, au Sud Ouest du pays, une région voisine du Sénégal. Ce qu’elle fait déjà depuis un certain temps, semble-t-il, et sans égard pour cet écosystème. Depuis quelques mois, les habitants de Kita voient les chinois dévaster leur forêt, pourtant protégée, pour en extraire de l’ébène qu’ils envoient à Dakar, par camions entiers. Une voie ouverte à la déforestation dans un pays convoité par la désertification, et dans une région écologique fragile. Il y a quelques années, le gouvernement malien avait pourtant interdit l’exploitation d’ébène. « Hôpital contre ébène », une forme de « solidarité » qui irrite une partie de l’élite malienne, qui craint les faiblesses de son gouvernement. Et qui a appris à lire le chinois.

Le premier menuisier de la planète.

La Chine, devenue le premier menuisier de la planète, a besoin de bois. Entre 1997 et 2006, le volume des importations de produits forestiers a plus que triplé en Chine.(1) Après avoir abusé des réserves forestières de son voisinage asiatique, avec une attention particulière pour les forêts primaires de Papouasie Nouvelle Guinée, et une halte dans les forêts russes et celles d’Extrême Orient, la Chine s’intéresse aux bois exotiques africains. Depuis une dizaine d’années, ses classes moyennes émergentes apprécient la qualité des essences africaines, notamment l’okoumé, prélevé dans les forêts d’Afrique centrale. Dans certaines régions du Congo Brazzaville, les forestiers chinois, épaulés par des collègues malaisiens, coupent massivement les Okoumés, pas de pitié pour les jeunes pousses, et pas de reboisement au programme. Cette exploitation forestière, menée à bon rythme, inquiète les paysans qui connaissent les lois de reproduction de leurs forêts. Plus de la moitié des arbres coupés en Afrique, principalement au Gabon, en Guinée Equatoriale, au Cameroun, en République du Congo, ou au Congo Brazzaville, partent pour l’Asie. Et la Chine en détourne la quasi-totalité. (2)Selon la FAO (2006), si les forêts africaines, qui appartiennent aux Etats ou à des Institutions nationales, se font avaler, c’est que les propriétaires n’ont pas les moyens financiers pour s’opposer aux convoitises asiatiques. La Chine, « grand frère protecteur » des pays africains dans les années 60-70 – contre quelques avantages: en 1971 la Chine retrouve son siège au Conseil de sécurité de l’ONU avec les voix africaines, l’assistance à l’Afrique lui offre quelques débouchés économiques…-, a changé. Avec des habits différents de ceux du colonisateur, Pékin a compris les bénéfices qu’il pouvait tirer de l’Afrique. Le « protecteur » est devenu « l’exploiteur ». C’est ce chinois là, que les maliens ont appris à lire.

Un rempart contre la désertification au Mali.

Au Mali, le domaine forestier couvre 100 millions d’hectares, dont environ le tiers de formations ligneuses. Ce patrimoine écologique pèse pour 2% du PIB. Ce couvert forestier, facteur d’équilibre écologique, est un espace de vie pour les communautés. Elles y prélèvent le bois de chauffe, souvent seule source d’énergie, et pas toujours bonne nouvelle pour la forêt. Mais la forêt est aussi ce « supermarché » qui produit de la viande et des fruits en quantité, des produits destinés à la pharmacopée, et de quoi fabriquer certains outils du quotidien. La forêt, garante de la fertilité des sols, prévient aussi l’érosion. Si la sécheresse a fait reculer la forêt, son exploitation abusive justifie le coup de gueule des élites maliennes. « Le président sait –il que les premières auréoles de désertification sont venues de l’exploitation du Dakar- Niger, du temps où les locomotives fonctionnaient à la vapeur et au bois ? », s’énerve Alexis Kalambry, l’auteur de l’article qui craint que les Autorités maliennes concèdent l’exploitation de la forêt de Kita aux Chinois. A moins que ce ne soit déjà fait. Cette colère trouve un écho à Kita, où la forêt est présentée comme le « dernier rempart de la lutte contre la désertification au Mali », son exploitation, un « scandale environnemental »…En brousse, l’apprentissage du chinois semble avoir été plus rapide…
M.J

(1) http://www.afd.fr/jahia/webdav/site/myjahiasite/users/administrateur/public/Regards-sur-la-terre/Chapitres/RST-Chapitre6.pdf

(2)

http://www.ql.umontreal.ca/volume11/numero12/mondev11n12e.html


Publié par marlene le 17 mars 2008 dans Afrique - Environnement.,déforestation
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2 réactions à “Forêts maliennes: les Chinois se taillent une mauvaise réputation.”

  1. maud
    25 août 2009

    de qui est cet article?
    oui,il faudrait arrêter ces dévastateurs qui se moquent du futur,même pour leurs propres enfants!!!!!scandaleux!!!!y compris nous les occidentaux!
    autre question:y a t’il encore du véritable ébène en afrique?
    merci de répondre.

  2. marlene
    27 août 2009

    Reste-t-il de l’ébène en Afrique ? Peut-être, sans doute, sûrement…je n’en sais rien…Restent que les dévastations continuent…Difficile à stopper malgré les bonnes intentions. Bataille de gens intéressés et / ou/ riches, contre pauvres..No comment….

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