Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Un vieux livre aborigène menacé par un gisement de gaz.

Fat Tail Kangaroo.

Standupfortheburrup, lien vers la gallerie…

Bonjour,

La péninsule de Burrup, un petit territoire situé sur la côte Nord Ouest de l’Australie occidentale, dans l’archipel de Dampier, est au cœur de rivalités. D’un côté, le géant pétrolier australien Woodside, qui souhaite exploiter du gaz naturel liquide dans une région déjà métamorphosée par les activités minières, la pétrochimie et le gaz. De l’autre, une poignée d’aborigènes, descendants des Yaburrara massacrés à la fin du XIX° siècle, accrochés à un territoire ancestral « sacré », parsemé de stèles et de gravures rupestres, qui datent de plusieurs milliers d’années. Le gouvernement fédéral australien, qui tire largement profit des sources d’énergie exploitées dans l’archipel de Dampier, et exportées vers l’Asie toute proche, soutient, plutôt, Woodside dans son projet d’extension. Le gouvernement d’Australie occidentale est encore plus favorable à Woodside. De l’autre côté, leaders politiques, organisations de sauvegarde des sites, ou associations d’indignés, soutiennent ce paysage aborigène unique, qui raconte aussi l’histoire de l’humanité. Retour sur ce petit bout de territoire, prétexte à conflits entre « profits », et « mémoire ».

La péninsule de Burrup, Murujuga pour les Aborigènes, ou « hip bone sticking out »*, offre une collection unique d’anciens pétroglyphes, des dessins symboliques gravés sur pierre, sans doute plus d’un million de pièces, dont certaines remonteraient à 30.000 ans, ou plus probablement à 10.000 ans, époque du dernier âge de glace. Ces pierres gravées évoquent la terre et l’air, représentent des animaux marins, le Tigre de Tasmanie aujourd’hui disparu, des formes humaines, ou des motifs géométriques. Elles témoignent d’activités séculaires sacrées, de croyances et de pratiques aborigènes anciennes, toujours actuelles. Le site comprend également des pierres levées. Elles étaient destinées à marquer la situation d’une ressource naturelle. Elles servaient encore des rites traditionnels, lors desquels on demandait la multiplication d’un animal, ou d’une plante particulière. Burrup et l’archipel de Dampier, paysage culturel façonné il y a quelques milliers d’années, racontent à la fois l’histoire des Aborigènes, l’évolution des espèces, et les débuts de l’humanité dans cette région du monde. Mais, pour les Aborigènes, ce lieu porte aussi la mémoire d’un massacre.

Les habitants de l’archipel de Dampier, et des terres environnantes, s’appellent les Yaburrara, groupe linguistique et culturel apparenté au Ngaluma. En 1699, William Dampier accoste sur l’une des îles de l’archipel, qui va prendre son nom. Il repère juste de la fumée. Un peu plus d’un siècle plus tard, Philip Parker King’s, explorateur- cartographe, rencontre ces Aborigènes. En 1861, F.T Gregory, accoste lui aussi, et établit un campement pour explorer la région du Pilbara. Rapidement, les Européens commencent à s’installer dans cette région, l’archipel de Dampier devient le repère des baleiniers, et des pêcheurs de perles. Les Yaburrara ne s’en remettront pas. Ils sont exploités, fragilisés par des maladies importées par les Européens, et victimes d’un massacre orchestré par le gouvernement d’Australie occidentale, en 1868. Parmi ceux qui se battent aujourd’hui pour leur territoire, certains se réclament encore d’ascendance Yaburrara, ils appartiennent plus probablement aux Ngaluma, et à ses peuples qui visitaient ces sites sacrés pour leurs cérémonies. C’est d’ailleurs sur l’argument de la fin des Yaburrara qu’une Haute Cour de Justice refuse, en 2003, l’héritage de cette terre, dont le titre de propriété revient à l’Etat, et non aux sous- groupe des Ngaluma. Pirouette judiciaire qui évoque une bataille de plusieurs décennies qui oppose les Autorités et les partisans d’un développement industriel, aux communautés aborigènes et à leur protecteurs. Pour en savoir un peu plus sur plusieurs décennies de rivalités sur la presqu’île de Dampier

Aujourd’hui, près de 40% de la presqu’île de Dampier ressemble à un parc industriel qui accueille gaz, pétrochimie, et autres infrastructures destinées aux activités de Woodside. En 2005, Woodside pousse un peu plus loin, et demande l’autorisation pour la construction d’un projet destiné à exploiter du gaz naturel liquide. L’année suivante, l’Autorité pour la protection de l’Environnement d’Australie occidentale, approuve le projet. Et le Ministère des Affaires indigènes donne son aval pour détruire 150 sites de pierres gravées, situés sur les lieux du projet. Quelques unités de production pétrochimiques sont encore au programme. Dans les années 80, Woodside a déplacé 1760 sites avec des pétroglyphes, stockées par la compagnie. On estime qu’entre 20 et 25% d’un patrimoine de pierres gravées, jamais réellement recensé, se sont perdues. Et ce qui reste, notamment sur l’île principale de l’archipel, est attaqué par les émissions acides de l’industrie, et autres polluants. Un texte, à propos d’un documentaire d’Arte sur le sujet, précisait les raisons d’un gâchis qui continue : « Le volume des exportations vers une Asie orientale avide d’énergie génère des emplois, les recettes sont gigantesques ; un tiers du produit intérieur brut de l’Australie est réalisé sur le littoral de l’archipel Dampier. »

En juillet 2007, le Gouvernement Fédéral d’Australie reconnaît la valeur du patrimoine de la péninsule de Burrup, qu’il décide de protéger à 99%, laissant Woodside réaliser son projet d’exploitation de gaz liquide. Pendant ce temps, l’association « Friends of Australian Rock Art » fait circuler une pétition adressée au Parlement régional d’Australie Occidentale sur internet, histoire de dire franchement « non » au projet de Woodside…

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Mai 2007, l’association Get Up se félicite d’une courte victoire sur l’industrie 

M.J

*A peu près : « Os de hanche saillant »…


Publié par marlene le 17 juin 2008 dans Australie aborigène.,Non classé
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