Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Ma cabane au bord de l’eau…

Bonjour,

Loin de la foule olympique et des brumes suspectes qui enveloppent Pekin, je vous propose, le grand air, la solitude, et l’isolement. L’endroit, une petite île du Pacifique Sud baignée à l’ouest par la Baie de Tasman et à l’Est par le Détroit de Cook, séparée d’un kilomètre de l’île-mère depuis la dernière période glaciaire, située à 2000 kilomètres du continent le plus proche, l’Australie, population zéro en 2000, densité assortie. Une insularité renforcée par un accès particulièrement difficile, la « Passe des Français », un passage où l’eau déferle jusqu’à 8 nœuds – 14 km/h – pendant les marées, sans parler des tourbillons qui contrarient la liaison avec l’île principale, la Nouvelle Zélande. L’intérêt de ce gros rocher, on peut y acheter une petite parcelle, environnement sauvage et vue imprenable sur une mer turquoise, une tranquillité à peine troublée par le bruit des vagues. Et apparemment, pas encore un voisin. En 1827, c’est Jules Dumont d’Urville qui découvre cette île de 150 km² aux côtes découpées. Elle devient l’île d’Urville. Et reste Rangitoto Ki Te Konga pour les Maoris.

Dumont d’Urville, botaniste, linguiste, et explorateur, effectue trois voyages en Nouvelle Zélande, et dans les mers du Sud. En 1823, d’Urville quitte Toulon pour l’Australie à bord de la Coquille, Duperrey est commandant, il est Second. Ils ont pour projet d’établir une base française à Port Jackson, qui devient Sydney. Quand ils débarquent sur la côte australienne, les Anglais y ont déjà installé un bagne. Quelques semaines plus tard, la corvette repart pour la Nouvelle Zélande, avec cinq passagers à son bord, un missionnaire, avec femme et enfant, et deux Maoris qui rentrent au pays. En Avril 24, la Coquille accoste à Bay of Islands, au nord de l’île Nord de la Nouvelle Zélande, l’occasion d’une collecte botanique et d’une rencontre avec les Maoris. Retour à Marseille en janvier 25. La Coquille devient l’Astrolabe, Dumont d’Urville est nommé Capitaine de frégate. En 1826, ils mettent à nouveau le cap sur les Mers du Sud. Lors de ce second voyage, Dumont d’Urville a l’intention de cartographier les côtes de la Nouvelle Zélande. Il considère que les travaux de Cook, qui l’a précédé un demi-siècle plus tôt dans l’archipel, sont incomplets. C’est pendant cette seconde expédition qu’il découvre notre petite île dans la baie de Tasman. En son honneur, ses officiers la nomment l’île d’Urville. Il y affronte les courants du passage qui devient la « Passe des Français », et qui endommagent son bateau. En 1829, il regagne Marseille avec une cartographie détaillée des côtes néo-zélandaises. Il y revient une troisième fois, et découvre que les Anglais viennent d’annexer l’île Nord de la Nouvelle Zélande. Habitée par les Maoris, explorée et cartographiée par les Européens, l’île d’Urville est aujourd’hui convoitée par des amateurs de paradis sauvages.

Ces nouveaux pionniers, on ne sait pas trop qui, vraisemblablement des membres de l’association MEET (Mahoerangi Environmental Education Trust ) débarquent un jour sur la côte orientale de l’île d’Urville. L’endroit s’appelle Whareatea, la « maison de l’univers » en langue maorie. Quelque chose de magique se passe, la paix et la beauté des lieux, plaident ces néo-explorateurs sur leur site internet. Ils décident d’en faire un sanctuaire dédié à une nature, trouvée à l’état sauvage, ou presque. En décembre 2000, ils fondent Whareatea Limited, un instrument de préservation du site. Et ils voient loin, l’endroit devra être gardé intact pour les générations futures, un contrat de 999 ans. En 2004, ils réhabilitent une ancienne piste qui donne accès à ce petit bout de côte qui plonge dans les eaux claires de Raukawa, et le Détroit de Cook. La voie est ouverte pour les futurs propriétaires, quatre parcelles sont à vendre. Rien sur le prix de ce petit coin de paradis, il faut sans doute contacter l’association MEET. Le but de l’entreprise, procurer des fonds à cette organisation très engagée dans la préservation des écosystèmes naturels, adepte d’un éco-tourisme expérimental et sans profit, et en guerre contre les utilisateurs de toxines et de pesticides. La profession de foi écologique est rigide, vie austère et communion avec la nature. Avis aux privilégiés qui auraient envie de s’offrir un remake de Walden, la cabane de Henry David Thoreau, version de bord de mer. Compte tenu du plan du futur lotissement – seules les parcelles 5 à 8 sont à vendre, les autres sont destinées à des projets environnementaux -, il faudra aussi composer avec un proche voisinage …

M.J


Publié par marlene le 8 août 2008 dans Tourisme durable.
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