Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Chine, entre sables et eaux.

Bonjour,

Amélioration de la qualité de l’air à Beijing, et émergence d’une « conscience environnementale » du public pékinois, bilan des JO d’après le « Quotidien de Guangzhou ». Mais la fête est finie, et la capitale chinoise se retrouve face au désert de Gobi, un géant de pierres et de sables étendu sur 1,3 million de km². En 2000, Ron Gluckman, un reporter américain basé en Chine, écrit : « Le désert s’étend dans les vallées chinoises, ensable les rivières, et consume les précieuses terres cultivables. Beijing tente de répondre en développant des campagnes de reforestation massive, mais le Grand Mur Vert pourrait ne pas arrêter le sable, qui pourrait couvrir la ville dans quelques années. » Beijing, offerte aux tempêtes de sables devenues plus fréquentes entre 2000 et 2004, voit le désert se rapprocher au rythme de 3 kilomètres par an. (1)

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Beijing au cœur d’une guérilla.

En 2003, Lester R. Brown, de l’Earth Policy Institute, évoque une guerre. La Chine contre le désert. Et Beijing au centre d’une guérilla : « Les vieux déserts avancent, de nouveaux se forment, comme les forces d’une guérilla qui frappent de façon inattendue, forçant Beijing à se battre sur plusieurs fronts. » Antérieur à 1950, le processus de désertification s’est emballé depuis. Chaque décade voit le phénomène s’accélérer. Selon l’agence de protection environnementale chinoise, le désert de Gobi aurait gagné plus de 52 000 km² de 1994 à 1999. Il se situe aujourd’hui aux portes de la ville, à environ 160 kilomètres, et 70 kilomètres en certains endroits. Certains villages alentour sont déjà ensevelis. (2) En 2002, Beijing a connu l’une des plus violentes tempêtes de sable de son histoire. La ville s’est enveloppée d’un nuage marron, il est devenu difficile de respirer sans masque. Ces tempêtes de sable, en provenance des steppes du nord et du désert de Gobi, ont continué leur route, vers la Corée du Sud, et le Japon. Elles auraient même traversé le Pacifique pour créer de magnifiques couchers de soleil sur la côte Ouest de la Californie. (3)

Nuages de sables sur la route de la soie.

Si Beijing est la ville la plus exposée, la désertification rend stérile plus du quart de l’espace chinois. Selon un rapport de l’ONU (2002), la désertification avancerait de 3 600 km2 par an, une progression presque deux fois plus importante qu’à la fin des années 80. La situation est particulièrement préoccupante en Mongolie intérieure, au Ningxia, et dans la région de Gansu , où les habitants fuient le désert qui avance. En Mongolie intérieure, la désertification touche et convoite plus d’un tiers de la superficie de la région autonome. Dans la province de Gansu, environ 4000 villages devraient être abandonnés aux sables (4). Le West Bank Corridor, autrefois partie de la route de la soie, a troqué les marchandises exotiques contre des nuées sablonneuses à destination des régions rurales et des villes de l’Est. (3) A l’Ouest, dans la province de Xinjiang , deux autres déserts progressent, le Taklimakan et le Kumtag. (2) Dans la région de Guizhou, autre région touchée au sud-ouest de la Chine, près d’un demi -million de personnes pourraient être expulsées par l’érosion des sols, autre variante de la désertification. (5)

Agriculture, élevage, et réchauffement climatique.

La désertification, définie par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), résulte de «la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines.» Avec une conséquence immédiate, l’appauvrissement des écosystèmes, et l’épuisement des terres cultivables. Les causes de la désertification du territoire chinois, portées par la pression démographique, sont multiples. Elles combineraient une intensification des activités agricoles, avec les effets du réchauffement climatique. Lester Brown insiste sur les ravages causés par le développement de l’élevage – depuis les années 50, la taille des troupeaux a été multipliée par 3 -, qui entraîne surpâturage et dégradation des sols. D’autres chercheurs accusent plus globalement développement urbain, et industrialisation. Après les questions, les réponses. En 1978, l’administration des forêts lance le projet de la Grande Muraille verte. Les Chinois sont invités à planter des arbres pour ériger une grande bande forestière dans le nord-est et le sud-est du territoire, 9 milliards d’hectares doivent être reboisés en 10 ans. Au début des années 90, le projet connaît une nouvelle impulsion, cinq millions d’arbres supplémentaires doivent apparaître dans le paysage chinois, d’ici à 2010. A terme, l’objectif est de ceinturer le nord de l’espace chinois sur 4500 km, de la province du Heilongjiang, située aux confins nord-est, jusqu’au au Xinjiang, situé à l’extrême ouest. (6)

Entre sables et eaux.

Pour porter ce projet, qui devrait aboutir en 2050, le gouvernement a incité les paysans chinois à planter des arbres, contre rétribution. Concernant l’efficacité de ce reboisement, les sources multiplient les échelles de terres gagnées sur le désert. Une source rapporte que les surfaces désertiques auraient reculé de 37 000 km², sur plus 2,5 millions de km² de terres stériles.(7) Selon une autre source, sur les 3,3 millions de km² censés arrêter les sables de Gobi, seuls 100 000 km2 seraient sous contrôle, soit l’équivalent de l’avancée du désert depuis les années 1950.(8) Difficile de parier sur l’efficacité d’un reboisement dans les régions arides du nord ouest de la capitale, le manque d’eau travaille contre le projet. La FAO (2007), qui évoque les tempêtes de poussières qui enveloppent Beijing pour s’envoler très loin, parle de décennies avant de voir les effets de ces «efforts de reverdissement ». Lester Brown prédit une guerre difficile, pas facile de réduire les troupeaux. Et si restaurer les terres gâchées est un défi techniquement réalisable, il coûtera une fortune à une puissance également engagée sur le front de l’eau. La Chine, qui en manque là où les besoins sont élevés – les ¾ des exploitations agricoles se concentrent au nord tandis que les ressources hydriques sont au sud -, projette de la construction de grands projets de transfert d’eau nord –sud ( SNWTP/ South-North Water Transfer Project ).Ces grands travaux devraient atténuer la pénurie d’eau en Chine du Nord, et protéger l’environnement. Entre le sable et l’eau, Lester Brown formule le dilemme chinois: « Stopper l’avancée du désert demandera un immense effort financier et humain, qui obligera le gouvernement chinois à faire un choix difficile: où construire les coûteux projets de détournement des eaux sud – nord, ou combattre les déserts qui progressent vers l’est et qui peuvent envahir Beijing. »

M.J.

Sources:

(1) http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=33187&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html (2) http://www.earth-policy.org/Updates/Update26.htm (3) http://www.smhric.org/SMW_19.htm (4)http://www.vertigo.uqam.ca/vol5no2/art9vol5no2/dominique_simard.html (5) http://www.liberation.fr/actualite/terre/246759.FR.php http://www.rfi.fr/actufr/articles/066/article_36998.asp (6) http://www.planetpositive.ch/version_2_0/news/articles/1180/_construction_d_une__grande_muraille_verte__en_chine.html(7) http://www.rfi.fr/actufr/articles/066/article_36998.asp (8) http://www.ql.umontreal.ca/volume11/numero5/mondev11n5a.html


Publié par marlene le 2 septembre 2008 dans Chine,Désertification.
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