Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le jatropha, le pour, et le contre…

Bonjour,

Lu sur Inter Press Service, Johannesburg: “le biocarburant issu du jatropha gagne du terrain”. L’histoire se passe au Burkina Faso, petit pays sahélien et semi -aride d’Afrique de l’Ouest, où Autorités et entrepreneurs projettent de développer les plantations de pourghère, nom africain du Jatropha Curcas, une culture prétendue pleine de ressources. Il faut dire que le jatropha curcas, qui pousse sur les sols pauvres et résiste aux sécheresses, présente une fiche d’adaptation, environnementale et climatique, impeccable. L’arbuste, qui freine l’érosion, qui enrichit les sols grâce à son humus, contribue à la réhabilitation de terres dégradées. Autre avantage, il est facile à cultiver. Et surtout, ses graines oléagineuses peuvent être converties en carburant alternatif, utilisé pur, ou mélangé avec du gazole. Une aubaine pour les pays pauvres, où il ne pousse pas grand-chose. Les défenseurs de ce carburant alternatif prétendent qu’une seule pousse de jatropha produit un litre de carburant alternatif par an, ce pendant une quarantaine d’années.(1) A ce rythme là, le jatropha pourrait effectivement réduire la facture pétrolière de nombre de pays pauvres. Et puisque que l’on parle de développement, on parie beaucoup sur ce nouveau débouché, alternative à des cultures traditionnelles devenues moins rentables, carburant bon marché pour celui qui le cultive, pôle d’emploi pour les femmes. Et donc sources de revenus pour les ménages. Avec une inquiétude cependant, éviter de mettre la culture de l’arbuste en concurrence avec une agriculture vivrière, question de sécurité alimentaire. Les aménageurs burkinabés ont bien compris ce risque.

Pour éviter que le jatropha s’installe sur des terres fertiles, le gouvernement burkinabé et les promoteurs recommandent aux producteurs de planter les arbustes autour des zones de cultures traditionnelles. Cette barrière, non comestible, devrait éloigner les animaux et protéger les champs.Message relayé par un chef traditionnel,  impliqué dans le développement de ce « nouvel or vert ». Il conseille aux agriculteurs de préférer des terres impropres aux cultures, et de laisser les cultures traditionnelles à leur place. Reste sans doute à définir ce qu’est une terre « impropre à la culture ». Des terres dédiées aux pratiques communautaires, un espace forestier ? (1) Toujours est-il que la culture du Jatropha gagne du terrain au Burkina Faso. Quelques milliers d’hectares sont déjà cultivés par des groupements villageois dans un certain nombre de régions, Hauts Bassins, boucle de Mouhoum, les Cascades à l’ouest, la zone de Tapoa à l’est, ou Sissili au centre-ouest du pays, indique-t-on encore dans l’article. Et quelques centaines d’hectares dans la province de Tuy, à l’Ouest du pays.(2) On y apprend encore que le gouvernement Burkinabé projette de planter 200 000 hectares supplémentaires dans quatre provinces du pays, un projet soutenu très fort par la société française Agro-Energie Développement. Un accord-cadre, entre les dirigeants du pays et la société française, scelle cette promesse de développement, qui pourrait aussi soulager la facture pétrolière du Burkina-Faso. A terme, il s’agit de développer des unités de transformation de la graine, sur place. Mais les Français ne sont pas les seuls à s’intéresser au jatropha, et au Burkina Faso. Les Canadiens, représentés par Green Oil , filiale de Indépendance Oil and Gaz -, ou les Allemands, via Deutsch Biodiesel, travaillent en partenariat avec le chef coutumier cité plus haut. Ce dernier projet, impliquant plus de 50.000 producteurs, vise à planter 60.000 hectares de jatropha, cultures individuelles et haies vives. Le groupe allemand, associé à la société Nature Tech Afrique – spécialisée dans le secteur des énergies renouvelables-, et relayé sur le terrain par l’association Belwet , projette encore de transformer le tourteau des graines de jatropha en aliments pour bétail, autre débouché. Le Belwet-Nature Tech Afrique-D.B.D souhaite multiplier ses interventions, restaurer les sols dégradés, développer une économie rurale à base d’huile de jatropha – alternative à l’utilisation du bois comme combustible domestique, et donc à la déforestation -, ou produire du savon à partir de cette d’huile. (2) Le jatropha, stimulant d’une économie locale, avant de changer d’échelle. Les Occidentaux, enclins à accompagner le développement africain, sont prêts pour transformer le jatropha en carburant alternatif. Mais la législation du pays tarde à autoriser la conversion. En attendant, quelques Africains s’envolent pour l’Europe s’instruire sur les techniques de la filière.(2) Dans les villages, d’autres sont initiés aux vertus économiques du jatropha.

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« On l’appelle l’or vert car c’est une plante miracle dont on peut attendre beaucoup », plaide Pierre Tapsoba, représentant d’Agro-Energie Développement au Burkina. On parle encore d’une « manne pour l’Afrique » (2), une « plante de rente » pour le Burkina Faso, un vecteur de développement, et de lutte contre la pauvreté. Dans certaines zones rurales, le jatropha – introduit à l’époque coloniale – pourrait à terme remplacer les anciennes cultures spéculatives, le coton ou les céréales. Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme :

« D’abord, le coton, puis la Gomme Arabique (J’aimerais bien qu’on puisse me dire où ils en sont) et aujourd’hui le Jatropha pour lequel on ne tarit plus d’éloges: lutte contre la désertification, vertus médicinales, … et en prime le “Pétrole”! De quoi faire rêver nos paysans qui ne savent d’ailleurs plus à quel saint se vouer tant ils sont acculés par cette pléthore de programmes/promesses.

Le marché Burkinabè souffre actuellement d’une pénurie de riz. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent de croître. Ne gagnerons-nous pas à renforcer nos capacités dans la production de ces aliments plutôt qu’à se lancer dans des aventures dont l’issue peut être incertaine sans mentionner les dégâts collatéraux que cela pourrait engendrer sur la production agricole vivrière ?…..

Par ailleurs, en supposant que le Jatropha connaisse tout le succès qu’on lui prédit. Et que tous les Occidentaux se mettent au bio-carburant. Où pensez-vous, qu’iraient leurs “vieilles machines au diesel”…» La suite

Reste que le Jatropha, souvent présenté comme « l’or vert du désert », avec promesses de développement pour les pays pauvres, trouve aussi des détracteurs. En lien, un site dédié au Jatropha. Et une approche assez critique (source1), qui examine certaines questions, environnementales, sociales, et économiques, liées à la culture d’un arbuste. Avec une remarque basée sur une étude indienne, qui établit une relation entre irrigation, rendements, et rentabilité. Comme la plupart des plantes, le Jatropha pousse mieux si on l’arrose…

M.J

(1) « Le jatropha, l’agrocarburant des pauvres ? », Grain http://www.grain.org/seedling/?id=522

(2) Burkina Faso : lutte contre la pauvreté – « Le Jatropha, une manne pour l’Afrique », dixit Labe Naaba, l’Observateur Paalga ( Ouagadougou) / 14 février 2008.


Publié par marlene le 5 septembre 2008 dans Afrique,biocarburants,Non classé
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6 réactions à “Le jatropha, le pour, et le contre…”

  1. daniel konan
    4 janvier 2009

    je suis d’accord quand on dit la culture du jatropha est rentable , mais nous autres nous avons une preocupation :
    nous voulons transformer sur place ce produit mais compte tenu de la non experience et les moyens qui sont un peu couteux pour nous comment allions nous faire pour ne pas subir le cout de la matiere premiere comme nous avons constater avec toute la matiere premiere qui ont quittes le continent sans une politique de devellopent sur place et pour ne pas qu’on soient à la merci de occidentaux qui pourrons à tout moment nous imposer un prix de compensations comme le cas du cacao et le cafe , nous sommes disposer à faire cette culture mais de grace que nous soyons exclaves de terres et de cette culture j’espere reçevoir votre reponse dans le plus bref delai
    merci

  2. marlene
    9 janvier 2009

    Le jatropha – si cette culture stimule une économie locale, en respectant les ressources – n’a pas forcément vocation à devenir une culture de rente. Mais plutôt un facteur de développement. Je suis d’accord. A vous d’agir pour en garder le contrôle….

  3. Adon Didier
    8 mars 2009

    le jatropha, cet »or vert » suscite beaucoup d’espoir pour nous , jeunes ivoiriens en chomage. alors que j’envisage deux hectares pour le moment. mais où trouver les semences ?quelles sont les structures chargeés pour la commercialisation? Nous supplions les responsables de faire la promotion sur tous les plans ici abidjan qu’a l’intérieur.

  4. marlene
    9 mars 2009

    Bonjour,

    Ce papier concerne l’introduction de Jatropha en Côte d’Ivoire…Avec quelques adresses…
    http://www.riaed.net/spip.php?article595

    Cordialement.

  5. amzath
    29 avril 2009

    Bonjour, j’ai fais une étude complète sur la production de l’huile de Jatropha de façon industrielle. Je dispose de 5OOOha de terre au Bénin. Je recherche un partenaire financier pour la production et la transformation du JATROPHA. Nous pouvons avoir en moyenne 1200 Litres d’huile par hectare soit 6 millions litres d’huiles au total. Je vous rappelle également que le Bénin consomme 16,830 baril par jour de pétrole.

    Pour tout vous renseignements sur le Jatropha n’hésiter pas à me contacter. Amzath1@yahoo.fr
    a

  6. marlene
    29 avril 2009

    Bonjour, projet de développement contre agro-carburant aux vertus environnementales douteuses, j’approuve le commentaire, je n’approuve pas, allez j’approuve, l’Afrique a besoin d’entrepreneurs. Et les cultures vivrières ? Bon courage quand même.

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