Environnement
Un blog sur la géo-environnement

A Amsterdam et ailleurs, ces maisons qui flottent..

Bonjour,

Habiter une maison flottante ? Une façon de repenser sa relation au territoire, à l’eau, de bousculer les règles de l’aménagement urbain, une option qui monte au Pays-Bas. Ce pays très densément peuplé, partiellement conquis sur la mer, très exposé aux inondations, cherche une réponse à son manque d’espace, et aux conséquences annoncées du réchauffement climatique. L’élévation estimée du niveau des océans – jusqu’à 90 cm prévus au cours du XXI° siècle -, conjuguée à l’abaissement des sols, réaction à l’assèchement et au tassement des terres, augmentent les risques de submersion au pays des polders. On prédit que 65% du territoire, abaissé sous le niveau des mers, serait menacé par les eaux. Soit le double de l’espace actuellement exposé aux inondations.(1) Replié derrière des digues, longtemps traumatisé par la catastrophe de février 1953 – quand la mer poussée par une grosse tempête avait rompu les protections, envahi une grande partie du territoire, faisant plus d’un millier de disparus – le pays commence à revoir sa relation à l’eau. Le péril pourrait aussi devenir une opportunité. C’est sans doute un peu plus compliqué, un chercheur qui évoque la relation entre les Néerlandais et l’eau écrit : « Les Pays-Bas ne peuvent se comprendre sans cette relation haine-amour existentielle, il n’y a pas d’autre mot, avec l’eau ». (1)

Pour pallier le manque d’espace sur terre et compenser la pénurie de logements, les Pays-Bas misent donc sur l’habitat flottant. Une dizaine de communes, épaulées par le gouvernement, projettent des programmes immobiliers adaptés aux fluctuations des marées. Le succès des « lots d’eau » déjà proposés à la vente, version maritime de la parcelle, signale un nouveau marché en pleine expansion. Et surtout prétendu moins cher que l’immobilier traditionnel. Pour soutenir ce nouvel enthousiasme, le Centre d’architecture d’Amsterdam (Arcam) vient de présenter une maison flottante, destinée au quartier d’IJburg. Cet ensemble résidentiel, qui s’édifie sur une île artificielle au nord-est d’Amsterdam, devrait accueillir 18 000 logements d’ici 2020. Dont une centaine de maisons flottantes. ABC Arkenbouw signe ce prototype cossu, soutenu par une structure creuse en béton profonde d’environ 2 mètres, appuyée sur des piliers métalliques, conçu pour épouser les variations du niveau d’eau. Coût de cette habitation d’environ 170 M², 250.000 Euros, sans compter le « lot d’eau », entre 110.000 et 140.000 Euros à IJburg. Pas forcément donné. ABC Arkenbow, qui parie sur une cinquantaine de transactions par an, étoffe son catalogue de nouveautés architecturales. (2) Mais l’idée n’est pas révolutionnaire à Amsterdam, ou les péniches aménagées et les constructions de bois amarrées dans les canaux du centre, témoignent d’une vieille pratique de la maison flottante.

C’est d’ailleurs un habitat traditionnel dans certaines régions d’Asie. En Thaïlande, à Phitsanulok sur les rives de la Nan, les maisons flottantes témoignent de la culture locale. Au Vietnam, des villages flottent dans la baie d’Along. A Chau Doc, dans la région du delta du Mékong, on élève des poissons-chats dans la partie immergée des habitations. Au Cambodge, où de pauvres communautés du Lac Tonlé Sap, sur le fleuve Mékong, s’agglutinent dans des habitations flottantes. C’est encore une forme d’habitat assez répandue sur le continent américain. On dénombre environ 500 maisons flottantes à San Francisco, 500 à Seattle, 3.500 à Portland, en Oregon, et 500 à Vancouver, en Colombie britannique. A Vancouver, une communauté flottante est installée à Granville Island, à proximité du centre. Plus loin, à une vingtaine de kilomètres au sud de la ville, dans l’estuaire de la rivière Fraser, un village flottant, accolé à une marina pour ses services, téléphone, poste, parking, concentre une cinquantaine d’habitations. Le concept architectural, bien maîtrisé, est similaire à celui développé aux Pays-Bas, une structure en bois appuyée sur une boîte en ciment qui obéit au rythme des marées. Dan Wittenberg, constructeur de ces structures flottantes pour International Marine Flotation Systems, évoque les difficultés à convaincre les banquiers et bénéficier des procédures classiques: «Au début, on ne pouvait pas avoir de crédit, d’assurance, de permis de construire, d’accréditation environnementale (…) pour ces maisons qui flottaient sur l’eau parce que les Autorités compétentes ne comprenaient pas le concept. » (3) Et pourtant, ses maisons étaient aussi stables que des habitations conçues pour la terre ferme. « La première règle pour concevoir une maison flottante, c’est qu’elle ne coule pas. »(3)

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Ces communautés flottantes ont un site, une invitation à visiter certains villages flottants. Derrière l’aspect carte postale, il y a une vraie question d’urbanisme. L’eau pourrait être le nouveau territoire de la ville. Des architectes y travaillent. Au Japon, à Monaco, ou à Dubaï, la cité s’installe sur la mer…..

M.J

(1) » Rendre les Pays Bas à l’eau ? le rude défi du changement climatique », Pieter Leroy, Professeur à la Radboud Universiteit Nijmegen, attaché au département des sciences politiques et sociales de l’environnement.

(2) «  Maisons flottantes aux Pays-Bas », F.B avec Belga, Weekend.be

(3) « International Marine builds many floating villages», Daily Commercial News, 14 septembre 2007.


Publié par marlene le 16 septembre 2008 dans eau,Urbanisation
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