Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’eau, un autre territoire pour la ville.

Bonjour,

Des maisons sur l’eau aux Pays-Bas, des quartiers flottants au Canada ou aux Etats-Unis, des aéroports asiatiques posés sur des îles artificielles, des projets délirants à Dubaï ou au Qatar, la mer ouvre l’espace urbain. L’idée n’est pas nouvelle. Le premier site de Mexico, l’ancienne capitale de l’Empire Aztèque, posée sur une île du lac Texcoco, voisine avec des îles artificielles destinées aux cultures. Dans le Japon isolationniste du XIX° siècle, Dejima est une terre gagnée sur la mer dans la baie de Nagasaki, qui devient un lieu de commerce avec les Néerlandais. Autre exemple, Ellis Island, une île artificiellement étendue pour faire face à l’afflux d’immigrés qui débarquent à New-York à la fin du XIX° siècle. (1) Aujourd’hui, une poignée d’urbanistes et d’architectes travaillent à repousser les limites de la ville sur l’eau. Cette évolution urbaine, réponse au réchauffement climatique, au manque d’espace,  au prix de l’immobilier, est une solution de pays riches. L’expansion de Monaco et les créations insulaires de Dubaï n’ont pas grand-chose à voir avec les cités flottantes du Delta du Mekong, ou les quartiers bricolés sur l’eau de Lagos.

L’eau, un territoire urbain à coloniser.

« On nous parle beaucoup de l’effet de serre, de la fonte des glaciers d’Antartique et des glaces de l’océan Arctique. Certains estiment même que le niveau des océans pourrait très rapidement monter de 5 mètres or, on a découvert que 30 p.cent des habitants de la planète habitent à moins de 10 km d’un littoral. Il serait peut-être temps de songer à bâtir sur caissons flottants et d’envisager de construire des îles flottantes, comme d’autres, avant nous, ont mis leurs maisons sur des pilotis. Rappelons que 71 p.cent de la surface du globe est couverte par les océans, et que les terres émergées occupent 134 millions de km2. » (2) Cette vision est de Paul Maymont, architecte et urbaniste français, qui a beaucoup travaillé sur les métropoles du futur. En 1959, il conçoit une étude de ville flottante pour Kyoto. Au Japon, dans les années 60, on ne pense pas encore au réchauffement climatique. C’est le manque de place qui porte la création. Kisho Kurokawa imagine la « Floating City », une cité construite en spirale sur un lac près de Narita, afin de soulager Tokyo. Kiyonori Kitutake propose lui une « Marine City », une « ville-océan », encore un projet aquatique où les tours sont conçues pour recevoir des logements supplémentaires dans leur partie supérieure.(3) Ces fantasmes architecturaux sont restés dans les cartons. A Monaco, c’est encore le manque de place qui pousse à l’aménagement du quartier de Fontvieille. A l’origine, Fontvieille n’est qu’une étroite langue de sable dans la partie occidentale de la Principauté, au pied du rocher. Un demi-siècle plus tard, le quartier, remblayé, s’étire sur 23 hectares. Fontvieille, quartier commerçant et centre d’emplois, habitat luxueux et middle-class, a pratiquement été entièrement gagné sur la mer. Une digue flottante permet encore de recevoir les bateaux de croisière. Problème de profondeur, les nouveaux aménagements du quartier, Fontvieille II, seront flottants. Monaco, qui compte sans doute poursuivre son expansion sur l’eau,  vient d’élaborer un POM, un plan d’occupation de la mer.(4) Si les quartiers flottants qui se développent aux Pays-Bas, au Canada, aux Etats-Unis, ne sont finalement pas très nombreux à l’échelle mondiale, ils ouvrent une perspective intéressante. Construire sur l’eau permet de densifier la ville, alternative à l’étalement urbain, avec les besoins en énergie et la production de CO² associés.

Des aéroports insulaires.

Le Japon, qui met sa technologie au service de sa conquête d’espace, développe des aéroports sur l’eau. Une autre façon de soulager ses villes. En 1994, l’aéroport international du Kansaï, relié à la terre ferme par un pont de plus 3 kilomètres, entre en service dans la baie d’Osaka. Si ce terminal reste une prouesse technologique, il est aussi l’un des ouvrages les plus chers au monde. Le tassement exagéré de l’île artificielle pendant les travaux, et ses solutions techniques, ont considérablement augmenté son coût. (1) Ce qui n’a pas empêché le Japon de concevoir deux autres aéroports sur l’eau, Nagasaki et Ch?bu en 2003. Des contraintes urbaines ont également poussé Hong-Kong à déménager son aéroport hors de la ville. Fini l’atterrissage entre les immeubles et la baie de Kowloon, avec une vue dans l’intimité des appartements. Depuis 1998, une île artificielle, construite à partir de deux vestiges insulaires, accueille le nouvel aéroport. Le relief accidenté de l’archipel a encore plaidé pour cette délocalisation. (1) Hong-Kong, dont l’économie est ligotée au trafic aérien, confrontée au manque d’espace, a ainsi réussi à exporter un peu plus loin ses nuisances urbaines. Dans une interview à « Cyber archi », Jean-Philippe Zoppini, architecte français impliqué dans les recherches sur l’habitat flottant et les îles artificielles, exploite cette perspective : « La première qui me vient à l’esprit concerne le troisième aéroport français. Selon moi, l’idée de construire un aéroport terrestre loin de la capitale est une aberration. Pourquoi ne pas imaginer une plate-forme aéroportuaire dans l’Atlantique, à quelques encablures des côtes, qui permettrait de relier tous les continents ? Il n’y aurait pas de nuisances de bruit, pas de gens à exproprier plus ou moins contre leur gré et il y aurait une liaison à partir de cette plate forme vers toutes les capitales d’Europe. Quand on connaît le prix d’un aéroport, il n’y aurait rien d’extraordinaire à le concevoir de cette façon… » En lien, cet entretien qui traite aussi des conditions et des techniques de l’habitat marin. 

Des îles artificielles pour nantis.

Aux Emirats Arabes Unis, la ville s’expose sur l’eau. A Dubaï, Palm Island, une archipel artificiel construit façon « palmier », le summum du kitsch, a permis d’ajouter de prolonger l’espace côtier de 125 km. S’il s’agit de créer de l’espace urbain, il est aussi question de prestige, 2000 villas, 500 appartements, 200 boutiques de luxe, et une vingtaine de palaces.(1) Et toujours dans le style Disneyland, « The World », encore en construction. C’est un immense planisphère composé de 300 îles artificielles, une cartographie de la planète lisible depuis l’espace. Tourisme, habitat, ou écrins à célébrités, ces îles sont à vendre entre 10 et 45 millions de dollars US, surfaces comprises entre 23 000 et 83 000 m².(1) Pendant que Abu Dhabi destine l’île de Saadiyat à l’art, Guggenheim, Le Louvre, le Musée national, la Cité des Arts, le Musée maritime, et convoque quelques grands noms de l’architecture mondiale, Franck Gehry, Jean Nouvel, Zaha Hadid, Tadao Ando, le Qatar se lance aussi dans la course à l’île artificielle.(1) « The Pearl » , un archipel de 4 millions de km², est une ville en train de sortir de l’eau, 7600 logements prévus pour accueillir 30.000 habitants.(1)

The world

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Des îles flottantes.

Après les îles artificielles, les îles flottantes. Le Japon développe le projet « Megafloat » , une structure destinée à accueillir des populations sinistrées ou un aéroport. Ce concentré de superlatifs en innovation technologique, 300 à 1000 mètres de long selon les versions, habitat ou terminal, 60 mètres de large, un petit bout de territoire flottant présenté comme respectueux du milieu marin, et résistant aux séismes. Dommage, le site reste muet sur l’actualité du projet. Jean Philippe Zoppini est aussi le concepteur du projet « AZ », A pour le constructeur Alstom et Z pour Zoppini. Ce bâtiment, 300 mètres de large, 400 mètres de long,  78 mètres de haut, est conçu pour résister à une météo violente, vagues de plus de 10 mètres et cyclones. Cette île d’acier qui se déplace seule, clin d’œil à Jules Verne, avancera à une vitesse de 10 nœuds, environ 18 km/h. Dotée d’un lagon central, d’un héliport, d’une marina accessible à des bateaux venus de l’extérieur, elle pourra accueillir jusqu’à 10.000 passagers. Plus l’équipage, entre 3000 et 5000 personnes. Cette création est conçue pour voguer d’escale en escale, autour de la planète. Le site de Jean Philippe Zoppini en présente 2 versions. Cette réalisation devrait être présentée à l’exposition universelle de Shangaï, en 2010. Concurrent de taille mais pas de style, le « Freedom Ship », un monstre flottant,  plus de 1300 m de long pour 220 m de large, une giga-baleine propulsée avec des moteurs électriques. Architecture lourde, une barre d’immeubles posée sur une barge à fond plat, pour une capacité d’accueil de 100.000 habitants, plus 20.000 employés et 30.000 visiteurs occasionnels, là on s’étonne que ça ne coule pas…

M.J

(1) Wikipedia

(2) « Préface des dix ans du Séminaire », Paul MAYMONT, Correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, architecte, urbaniste, Membre del’Académie d’Architecture, Fondateur et ancien président du conseil d’administration de l’Ecole d’Architecture Paris-Grand Palais-Tolbiac http://www.olats.org/schoffer/maympref.htm

(3) « Made in Tokyo », “Les Métabolistes”, Frédéric Gaudron, Weblog.http://www.fgautron.com/weblog/archives/2007/06/06/les-metabolistes/

(4) « L’océan, nouvelle frontière de l’urbanisme », Cyberarchi.com, http://www.cyberarchi.com/actus&dossiers/batiments-publics/divers/index.php?dossier=103&article=447

(5) »La ville fottante », Sciences et Vie Junior, N°134, novembre 2000, from http://www.fabien-laloyer.fr/0511ville_flottante.html


Publié par marlene le 22 septembre 2008 dans Urbanisation
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