Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Gaz de pauvres et gaz de riches.

Bonjour,

« Par ces temps qui courent, habiter Dakar ou sa banlieue ne change rien. Partout on souffre du manque de gaz. Les femmes éprouvent d’énormes difficultés pour faire bouillir la marmite. », écrit le Soleil le 2 février dernier. Le quotidien sénégalais rapporte que, depuis quelques jours, la capitale manque de gaz et de charbon de bois. Problèmes d’approvisionnement. Les Sénégalaises courent les boutiques du voisinage pour trouver l’improbable bouteille de butane qui permettra de faire à nouveau frémir la marmite. Faute de combustible, les gosses filent à l’école le ventre vide. En attendant un retour à la normale, annoncé pour bientôt.

Difficultés d’approvisionnement et de stockage des hydrocarbures, envolée des prix du pétrole, mauvais réseau d’électricité, pannes à répétition quand l’accès existe, la « sécurité énergétique » des Sénégalais est une équation à multiples inconnues. Côté des ménages et du fourneau, c’est biomasse ou butane. Déforestation ou gaz. Pour empêcher que le bois alimente le feu de la marmite, en brousse et en ville, le gouvernement sénégalais développe depuis longtemps une politique de « butanisation ». Dès 1974, il détaxe les importations d’équipements. A partir de 1987, il décide de subventionner le combustible, conditionné en bouteilles de 2,7 kg, et 6 kg. Avec pour conséquence une entrée en force des bouteilles de butane dans les cuisines sénégalaises. La consommation augmente de plus de 500% entre 1987 et 1998. Cette transition « butane », qui a particulièrement bien marché en ville, a eu moins de succès en brousse. Problèmes d’approvisionnement, manque d’argent, ou habitude de vie, les ruraux ont continué à faire des feux de bois. Reste une « démocratisation » de la bouteille de gaz plutôt positive. Mais la subvention « butane », dopée par la hausse de la consommation et celle des prix des produits pétroliers,  coûte cher au gouvernement sénégalais. Il décide alors de couper progressivement cette aide. (1) En 2008, il annonce la fin des subventions sur les bouteilles de butane. Ses arguments, l’évasion des bouteilles sénégalaises vers des pays frontaliers, où, non subventionnées elles sont vendues plus chères. Un petit trafic, source de revenus. Autre raison officielle, cette aide de l’Etat n’aurait pas introduit cette source d’énergie dans les foyers les plus pauvres.  L’annonce de la suppression du programme de « butanisation  » est une mauvaise nouvelle pour beaucoup de Sénégalais.

Début décembre 2008, même scénario à Bamako, les Maliens s’épuisent à trouver une bouteille de gaz chez les revendeurs. Le gouvernement malien, engagé dans une politique de « butanisation » similaire à celle du Sénégal, plus de butane moins de bois, peine à payer ses fournisseurs. D’où une rupture périodique de l’approvisionnement, un feuilleton à répétition. Voilà, c’est l’occasion d’avoir une pensée pour les fumeurs – dont je suis – qui peuvent se restaurer, ou boire un verre, en plein hiver, dans la douceur d’une terrasse réchauffée par des braseros électriques, ou par des appareils à gaz. Yves Cochet, député Vert à l’origine d’un projet de loi visant à interdire les terrasses chauffées, explique que « chauffer la rue » est « symbolique » d’un « gaspillage occidental bête ». C’est le moins que l’on puisse dire.

M.J

(1) ENDA (Energie, Environnement, Développement), Débat sur la sécurité énergétique du Sénégal), Concept Note, décembre 2007.- « Rapport gaz butane –« Etude portant sur les coûts d’approvisionnement, de conditionnement, de transport et de distribution du gaz butane au Sénégal », Janvier 1999, Bureau d’Etudes Sow et Sagna, pour le Ministère de l’Environnement et le Ministère de l’energie. http://www.riaed.net/IMG/pdf/Version_rapport_gaz_butane_avec_resume_et_page_de_garde.pdf


Publié par marlene le 4 février 2009 dans Actualité,Afrique,énergie
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