Environnement
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Climat: sorcières et effet de serre.

Bonjour,

Pendant une heure, Emmanuel Le Roy Ladurie se promène à travers six siècles pour éclairer une chronologie de canicules et de frimas qui raconte aussi des crises. Dans une émission de « l’Académie des sciences morales et politiques », il revient sur le tome I de son recueil « Histoire humaine et comparée du climat », « Canicule et Glaciers du XIIIe au XVIIIe siècles. » (1) L’historien, qui travaille depuis plus de 50 ans sur les conséquences du climat sur l’histoire des hommes, étire le calendrier jusqu’en 2003 pour envisager la relation inverse. L’Homme, à la merci des étés torrides et des hivers rigoureux pendant des siècles, joue à son tour sur le climat.

Anticyclone des Açores et effet de serre.

On commence avec la canicule de 2003, 15.000 morts supplémentaires en France, une tragédie nationale, mise en parallèle avec d’autres canicules, 1414, 1556, 1706, 1719, 1779. En 1719, la chaleur tue plus de 400.000 personnes sur l’équivalent du territoire français. Rapporté à la démographie actuelle, ce bilan aurait fait 1,2 millions de morts en 2003. En 1719, les températures élevées provoquent une diminution des nappes phréatiques et une baisse du niveau des rivières. Les eaux sont polluées. Les pauvres n’ont rien à boire. Avec pour effet, une vague de dysenterie meurtrière. L’historien note une similitude entre les deux canicules. Celle de 2003, qui a campé sur l’espace français, et le Val de Loire, s’explique par la position de l’anticyclone des Açores. Au XVIII° siècle, c’est aussi le val de Loire qui est dans « l’œil » de la canicule. Avec pour conséquence, un ralentissement démographique pendant quelques années. Mais si les canicules historiques signalent une « variabilité du climat », celle de 2003 serait plus probablement liée à l’effet de serre. « Si l’on admet l’effet de serre », remarque l’historien. Qui ajoute: « Moi j’y crois ».

Les sorcières et le CO².

Le climat explique aussi le déficit ou l’abondance des récoltes. Le début du XIV° siècle marque le début du « Petit Âge Glaciaire » – qui s’étire du XIVe siècle au milieu du XIX° siècle -. L’année 1315, qui amorce ce long cycle climatique, connaît de fortes pluies. La production céréalière s’effondre, le foin pourrit. Une grosse famine provoque la mort de plus d’un million de personnes. L’année 1420 signale une autre famine, due à une canicule que n’exclut pas cette période froide. En 1788, une grande grêle détruit les récoltes, et compromet les stocks de 1988-1989. Cette période de vaches maigres contribue à créer un climat social explosif. La Révolution gronde. Et quand le ciel se fâche, il faut bien trouver des coupables. Au XVI° siècle, on accuse les sorcières de provoquer la grêle et de convoquer les orages. On les brûle, surtout en Allemagne. « Aujourd’hui, ce ne sont plus les sorcières qui sont responsables, mais le CO², le méthane », commente l’historien.

Le volcan et la révolution.

A l’échelle mondiale, l’explosion de Tambora, illustre encore cette relation entre climat et histoire. En 1815, ce volcan indonésien explose. Cet accident géologique s’accompagne d’une pluie de poussières. La circulation des poussières et des gaz bouleverse le climat de la planète. En Europe, l’année suivante, sans été, est surnommée « l’année sans soleil ». C’est aussi une année de mauvaises récoltes en Europe, 200.000 personnes meurent. En Amérique du Sud, la canne à sucre est moins abondante. Ce changement climatique se prolonge en Europe. L’année 1846 est marquée par une canicule, accompagnée d’une sécheresse. La récolte, pommes de terres et céréales, est mauvaise. En 1847, cette crise alimentaire fait flamber les prix. L’industrie et la finance se portent mal, les faillites se multiplient, le chômage augmente. Cette crise économique attise la révolution de 1848. Indirectement impulsée, trois décennies plus tôt, par l’explosion de Tambora.

Canicules du XX° siècle.

Emmanuel Le Roy Ladurie s’est également beaucoup intéressé aux glaciers. Ils racontent, approximativement, les cycles longs du climat. Leurs avancées renseignent sur les périodes de froid. Leurs reculs témoignent de températures clémentes. L’historien, qui connaît cette chronologie, fait de 1860 une année charnière qui marque un recul des glaciers. Et pourtant, il faut attendre quatre décennies, et l’année 1903, pour observer une hausse des températures. La décennie 1950-1970 signale une régression des glaciers, conséquence de l’effet de serre. Des exceptions ne contredisent pas une géographie glaciaire moins étendue. Le XX° siècle, qui connaît un petit rafraîchissement de 1950 à 1970, commence à montrer des signes de réchauffement. C’est d’abord la canicule de 1976. Puis, la décennie 90 qui cumule les été torrides, 1992, 1994, 1995, 1997, 1999, et 2003. Effet de serre, sans catastrophisme.

Voilà, pour ceux qui ont le temps, l’interview d’Emmanuel Le Roy Ladurie par Maud Aigrain sur Canal Académie. Il y évoque notamment la « politisation du climat », spécificité française.

M.J

(1) « Histoire humaine et comparée du climat », Tome I, Canicule et Glaciers du XIIIe au XVIIIe siècles, Editions Fayard, juin 2004.


Publié par marlene le 9 février 2009 dans Climat,Histoire.
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