Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’Antarctique des « NéoZexplorateurs »

Bonjour,

Le Cap Denison, petit fragment antarctique de l’histoire australienne dans la Baie du Commonwealth, battu par un blizzard quasi permanent, accessible de mi-décembre à mi-février, pendant l’été austral, l’un des endroits les plus inhospitaliers de la planète, est en train de devenir un spot touristique. Ou plutôt, une destination qui monte. En décembre – janvier 2008-2009, le Cap Denisson a accueilli environ 400 visiteurs, contre 260 en 2006-2007, et 200 en 2000-2001. Sur ce bout de terre préservée, les néo-explorateurs succèdent aux scientifiques. Le passage à travers les eaux hostiles et glacées de l’Océan austral dure six jours. Embarquement depuis l’Australie, la Nouvelle Zélande, ou l’Allemagne. A leur arrivée, les visiteurs, munis d’un certificat de bonne santé, sont priés de laver et de désinfecter leurs bottes. Les valises ne doivent pas contenir de plants ou d’échantillons agricoles. Les mesures d’hygiène sont strictes. C’est le droit d’entrée pour rencontrer les phoques de Weddell, les éléphants de mer, et les phoques Adélie. Surprise, les « cabanes de Mawson », encore debout, et les caches à provisions, témoignent de l’exploration antarctique du début du siècle dernier. (1) (2)

« La Maison des blizzards »

Le 7 janvier 1912, l’Aurora navigue dans la Baie du Commonwealth. Douglas Mawson, géologue, chef de l’Australasian Antarctic Expedition, choisit d’amarrer le navire pour installer sa base arrière à Cape Denison. C’est l’été austral. Le temps s’annonce clément, les rochers permettront d’ancrer solidement le campement, et la nourriture abonde alentour, œufs de pingouins et viande de phoque. Il ne sait sans doute pas qu’il vient de choisir l’endroit le plus venté d’Antarctique, un record planétaire au niveau de la mer. En mai 1912, les rafales atteignent 322 km/h. Mauwson baptise l’endroit « la maison des blizzards ». C’est à partir de ce front pionnier inhospitalier qu’il lance cinq expéditions en traîneau, dont l’une coûte la vie à deux hommes. En trois ans, Mawson et son équipe parcourent 6 500 kilomètres, explorant les côtes et les étendues glacées. Quand il part explorer cette côte inconnue au Sud de l’Australie, Douglas Mawson souhaite éclaircir la théorie de la jonction des plaques continentales. Il veut comprendre les cycles glaciaires et climatiques. Il s’intéresse au pôle magnétique pour en cartographier les lignes de forces, et faciliter la navigation. A la fin de son expédition, Mawson signe des études très détaillées sur l’environnement antarctique (géologie, glaciologie, océanographie, géographie, géomagnétisme, météo, biologie, zoologie, ou botanique). Il témoigne de son expérience dans « The Home of the Blizzard, the Story of the Australasian Antarctic Expedition, 1911-1914”, un ouvrage publié en1969. La cabane principale de l’expédition, couverte d’une charpente en pin d’Orégon, habillée de panneaux de pin de la Baltique, ouverte aux couches de neige, a finalement résisté aux agressions des blizzards, et des années. Une équipe d’Australiens a commencé à rénover l’édifice. En attendant ces touristes qui souhaitent connaître la solitude des explorateurs de confins glacés.( 2) (3)

First Australian Antartic expedition – 1911 – 1914

(Souce: State Library of New South Wales.)

Les panoramas antarctiques sont en hausse. Le continent, qui s’est ouvert au tourisme à la fin des années 60, attire de plus en plus d’amateurs. Selon l’International Association of Antarctica Tour Operators, le nombre de touristes annuels est passé de quelques centaines à 30.000, quarante ans plus tard. En 2007-2008, plus de 33 000 visiteurs ont débarqué sur le continent Antarctique, ou l’ont approché par voie maritime ou aérienne. En tête, les Américains, suivis par les Anglais, les Allemands, et les Australiens. La saison passée, 860 Français, ont fait le voyage vers le « grand sud ». La saison touristique, courte, s’étire pendant l’été austral, de novembre à fin février. Les voyagistes français proposent des séjours à partir 5.500 Euros. Pas donné le bonjour du manchot austral.

M.J

(1) “Hut at the icy end of the world draws tourists”, Pauline Askin, Reuters, January 30, 2009

http://www2.canada.com/news/world+draws+tourists/1231913/story.html?id=1231913

(2) « Plan de Gestion Pour le Site et le Monument Historique N°77 et la Zone Gérée Spéciale de l’Antarctique N°3 Cap Denison, Baie du Commonwealth, Terre Georges V, Antarctique Oriental », http://www.ats.aq/documents/recatt/Att209_f.pdf

(3) “Saving Mawson’s Hut”, Simon Mossman, Geographical, Janvier 2008.

http://www.geographical.co.uk/Magazine/Mawsons_Hut_Jan_08.html


Publié par marlene le 6 mars 2009 dans Pôles.
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