Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’Afrique unie par ses fleuves ?

Bonjour,

Dans une interview accordée à RFI, Mohamed Salem Merzougest (1) développe une perspective intéressante pour construire l’unité du continent africain. Ce vieux rêve politique, formulé dans le sillage des indépendances, sans cesse différé, pourrait permettre à l’Afrique de s’affirmer, et de défendre ses intérêts sur la scène internationale. Mohamed Salem Merzougest, qui vient de publier «L’Africanisme solidaire » (2), mise sur une construction géopolitique, via une gestion commune et équilibrée des fleuves transfrontaliers. Membre de l’OMVS – l’Office de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal -, il s’appuie sur l’expérience plutôt réussie de la synergie entre la Guinée, le Mali, la Mauritanie, et le Sénégal, pour construire le barrage de Manantali. Et pourquoi ne pas élargir la formule d’une solidarité régionale, économique et humaine, basée sur la gestion de l’eau. Le continent africain compte une soixantaine de bassins transfrontaliers qui pourrait servir cette vision géopolitique. En Afrique de l’Ouest, 28 bassins fluviaux – soit 71% du territoire de la sous -région – chevauchent les frontières.(3) Cette ressource commune fait souvent l’objet d’une coopération. Entre les quatre pays qui gèrent le fleuve Sénégal, avec l’OMVS. Ou ceux, parfois les mêmes, impliqués dans la maîtrise du fleuve Gambie, la Gambie, la Guinée, la Guinée –Bissau, et le Sénégal (OMVG/ Office de Mise en valeur du fleuve Gambie). Le Bassin du Fleuve Niger, qui traverse 9 pays – Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Cote d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria – et arrose environ 100 millions de personnes, est valorisé par l’Autorité du Bassin Niger (ABN). Une gestion complexe. Les réserves d’eau douce du Lac Tchad, communes au Niger, au Nigeria, au Cameroun et au Tchad, dont les fleuves Chari et Komadugu sont tributaires, sont gérées par la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT). Mais cette coopération régionale n’élude pas des différends entre les Etats. Certaines tensions s’expriment d’ailleurs ouvertement. La gestion des eaux du Nil, qui oppose l’Egypte à son voisinage, notamment le Soudan et l’Ethiopie, serait plutôt facteur de conflits que d’intégration régionale.(4) Sur le fleuve Congo, un gigantesque projet de barrage hydroélectrique qui pourrait alimenter les voisins de la République démocratique du Congo, éclairer 500 millions d’Africains et faire tourner nombre d’industries, bel exemple de coopération régionale sur le papier, rencontre l’opposition de la population de la RDC, laissée dans le noir par deux précédents barrages. Peu importe les tensions et les contre-exemples, Mohamed Salem Merzougest préfère parier sur un partage des eaux porté par des intérêts communs, source de richesse partagée entre les Etats. Cette vision panafricaine, sans doute idéaliste, a l’avantage de s’appuyer sur la réalité géographique des bassins transfrontaliers. La ressource ne manque pas, reste à négocier une solidarité régionale, pour tendre vers une intégration continentale. Toujours d’actualité.

M.J

(1) « Afrique : Projet des Etats-Unis d’Afrique », Le Potentiel, 12 mars 2009, http://fr.allafrica.com/stories/200903120361.html

(2) « L’AFRICANISME SOLIDAIRE », Sur les quais de l’espérance, Mohamed Salem Merzougest, Editions L’Harmattan, 2009 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=27315

(3) « Bassins versants transfrontaliers en Afrique occidentale », Sylviane Tabarly,
d’après l’Atlas de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest , Géoconfluences, http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/typespace/frontier/FrontDoc.htm

(4) » Les enjeux actuels du partage du Nil entre craintes égyptiennes et rancœur éthiopienne », Frédéric Lasserre, Département de Géographie, Université de Laval, 2003, http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2003/lasserre2/article.htm


Publié par marlene le 17 mars 2009 dans Afrique - Environnement.,eau
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