Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les girafes du Niger.

Bonjour,

Tout est parti d’un reportage lu dans Libération « Une croissance au long cou » (1). Le papier détaille un projet de développement en Afrique, articulé autour de la conservation de la girafe blanche. Un autre article, paru dans la revue « anthropozoologica » livre une vision plus critique de ce programme, d’inspiration occidentale.

Conserver les girafes.

L’histoire se passe au Niger, dans la région de Kouré, à une heure et demie de voiture de la capitale, Niamey. L’héroïne de l’histoire, une girafe blanche qui regarde le monde du haut de ses cinq mètres, et quelques. Autrefois chassée pour sa viande, victime de l’agriculture, de la déforestation, des sécheresses à répétition, ou des conflits armés, cette pauvre girafe commence à compter les siens. En 1996, la Président du Niger ordonne une capture meurtrière. Le troupeau ne compte plus qu’une cinquantaine de têtes, et peu de jeunes bêtes. Ce qui suppose la disparition probable d’une sous- espèce endémique d’Afrique de l’Ouest, qui autrefois essaimait du Sénégal au Lac Tchad.

En 1996, une éthologue familière du Niger, soucieuse du sort des girafes, intervient. L’Union européenne soutient. L’association de sauvegarde de la girafe du Niger (ASGN) est creée. Cette association porte un plan de sauvegarde de l’espèce, accompagné d’un projet de développement rural, et touristique. Dans un pays aux ressources naturelles très dégradées par les sécheresses, caractérisé par une forte croissance démographique, et des crises alimentaires à répétition, tout projet de développement compte. Le gouvernement du Niger suit, le braconnage mènera désormais en prison. En 2000, quand l’Union européenne cesse d’appuyer l’initiative, le directeur du zoo de Douai La Fontaine prend le relais. Ce défenseur de l’environnement et des espèces, est un amoureux de la girafe du Niger, en pension dans son parc animalier. (1)

Au Niger, douze ans après le massacre, le troupeau compte désormais près de 200 girafes. Une réussite. Les habitants, sensibilisés et invités à la sauvegarde de l’espèce, condition d’un peu moins de pauvreté, ont marché. Ce qui n’empêche pas les conflits quand les girafes, en quête de feuillages, se permettent l’entrée des champs et des vergers pour voler de la nourriture. Aujourd’hui, une trentaine de villages bénéficie des retombées économiques de cette mobilisation autour de la girafe. Une dynamique de micro-crédits transforme les femmes en agricultrices actives, sur une terre désormais dotée de puits. Des paysans, formés par le zoo, sont devenus guides à temps partiel. Ils emmènent les touristes, qui comme moi ont regardé Daktari à la télé quand ils étaient petits, voir d’un peu plus près à quoi ressemble une grande girafe plantée dans sa brousse.  L’équilibre est fragile, le manque de pâturages pourrait pousser l’espèce à migrer dans un environnement plus généreux en nourriture. Reste une vision optimiste d’un projet encadré, qui a impliqué les populations locales. (1)

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Animal exotique et viande de brousse…

Dans un article intitulé «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les «  girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, anthropologue, développe un point de vue plus fouillé.(2) C’est aussi son métier. « Cet article pourrait avoir comme sous-titre « la construction des girafes nigériennes en patrimoine » attaque-t-elle. Elle y oppose deux visions du monde. La première, occidentale, ne s’embarrasse pas des différences culturelles. Pour les « Blancs », la girafe est « emblématique de la faune africaine ». C’est un animal exotique, inoffensif, fort sympathique, importé dans notre imagerie nationale au début du XIX° siècle. S’y ajoute une « responsabilité » de conservation, héritée d’une culture animalière, portée par la vision d’un patrimoine écologique à transmettre, et sans grand rapport avec la représentation des Africains. « La girafe n’occupe pas une place de choix dans le bestiaire local et n’a pas de nom spécifique. » La girafe des Africains est un animal de brousse, qui avait une utilité économique. Avant l’interdiction de la chasse, elle fournissait de la viande et alimentait la pharmacopée traditionnelle. Protégée par le « plan girafe », elle devient la « girafe des Blancs », « un animal ni sauvage ni domestique et sans utilité ». Et surtout, dès qu’une girafe est malade, témoignage de villageois: « des tas de voitures viennent de Niamey; il vaut mieux être une girafe malade qu’une femme en couches. »

Cet article détaille les inconvénients d’un projet « importé » par les Occidentaux. Il met les girafes et les hommes en concurrence pour la nourriture. Il bouscule les organisations territoriales traditionnelles ou administratives. Il ne profite pas à tout le monde. Mais ce projet, qui contribue à faire connaître la région de Kouré dans le monde entier, peut attirer d’autres initiatives de développement. Enfin, ce troupeau de girafes peut être aussi l’occasion d’une nouvelle solidarité communautaire… A inventer: « On n’est peut-être pas très loin de l’émergence du troupeau en bien géré, selon des modes qui restent à inventer, par une collectivité qui en tire des bénéfices, redistribués selon des modes là aussi à inventer… »

M.J

(1) « Une croissance au long cou », Eliane Patriarca, « Futurs », Libération, 31 mars 2009.

http://www.liberation.fr/sciences/0101559167-une-croissance-au-long-cou

(2) «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les « girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, Anthropozoologica, 39, Juillet 2004, pp 289- 300

http://www.mnhn.fr/museum/front/medias/publication/10597_Luxereau.pdf

Pour en savoir plus sur l’environnement au Niger : http://ec.europa.eu/development/icenter/repository/Niger_CEP_2006.pdf


Publié par marlene le 3 avril 2009 dans Afrique - Environnement.,Biodiversité
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