Environnement
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Le Nord de la Chine au régime sec.

Bonjour,

Depuis juillet, la sécheresse s’est rapidement propagée à travers le Nord et le Nord-Est de la Chine. Plus de 8 millions d’hectares manquent d’eau dans le Liaoning, le Heilongjiang, le Jilin, le Shanxi, ou la Mongolie intérieure, importante réserve céréalière du pays. Plus de quatre millions de personnes rencontrent des difficultés pour s’approvisionner en eau, et quatre millions et demi de bêtes n’ont plus grand-chose à boire. Cette sécheresse qui touche 13 millions d’hectares à l’échelle du pays – soit une superficie de 35 % plus élevée que l’année précédente – rappelle un problème crucial en  Chine, l’eau. (1)

Inégalités spatiale et saisonnière.

La Chine dispose de 7% des réserves en eau de la planète  pour 20% de la population mondiale, une démographie qui limite la ressource par habitant. Une Chine du Nord, plutôt sèche et froide, contraste avec une Chine du Sud, subtropicale et humide. Au Nord, chaque habitant doit se débrouiller avec trois fois moins d’eau que son concitoyen du Sud. Inégale répartition de la ressource en eau, et inégale répartition des terres cultivées. La Chine de Nord, qui concentre les 3/5° de la surface agricole exploitée, doit se contenter du cinquième des ressources du pays. Le Sud , où se cultivent les 2/5° des terres chinoises, dispose des 4/5° des réserves d’eau du pays. Inégale répartition de l’eau dans l’espace, et dans le temps. Les précipitations et les crues qui gonflent les fleuves obéissent à un calendrier plutôt estival. Elles se produisent de mi-juillet à septembre au Nord, qui cette année attend toujours la pluie. (2) Dans un pays où l’agriculture dépend largement des précipitations, le manque d’eau pèse sur l’équilibre alimentaire. Cette sécheresse, qui touche le Liaoning, le Heilongjiang, le Jilin, le Shanxi, et la Mongolie intérieure se produit à un moment crucial pour les céréales d’automne. Ces régions produisent environ 30% de la récolte céréalière automnale. (3)

Pollution atmosphérique et précipitations.

De grosses chaleurs et le manque de pluie expliqueraient cette sécheresse, lapalissade de la plupart des sources. Une étude récente met encore en relation la pollution atmosphérique et la réduction des pluies profitables aux récoltes. Selon le « Journal of Geophysical Research », la pollution industrielle de l’Est serait responsable d’une diminution des « pluies légères » au cours des 50 dernières années. Ce constat s’appuie sur une étude menée de 1956 à 2005 dans 171 stations météorologiques situées à l’Est du pays. Durant cette période, les « pluies légères » y auraient été bien moins abondantes, moins 23% selon les chercheurs. Dans le même temps, le régime des précipitations, incluant de « fortes pluies », qui provoquent des inondations et déracinent les récoltes, s’emballait au sud. Conclusion des chercheurs, diminuer la pollution pourrait soulager les régions du Nord-Est. Ces « pluies légères », jusqu’à 10 mm par jour, favorisent l’agriculture et atténuent la sécheresse. Cette étude pourrait encore permettre de comprendre comment les aérosols – petites particules lâchées dans l’air, largement dues aux activités humaines – affectent la formation des nuages, générateurs de précipitations. Le nombre de gouttelettes d’eau serait plus élevé quand il y a concentration d’aérosols, mais l’étude retient aussi que les pluies diminuent de moitié dans les ciels pollués. Les petites gouttes formées ne seraient pas assez grosses pour tomber. La relation entre les aérosols et les précipitations en Chine reste à fouiller…..(4)

En attendant la pluie.

En attendant la pluie, la Chine ensemence les nuages et promet de rationaliser un système traditionnel d’irrigation qui gaspille la moitié de l’eau utilisée, par infiltration et par évaporation. Pendant ce temps, le déluge dévaste l’autre Chine. Fin août, des pluies diluviennes se sont abattues dans le Centre et le Sud-Ouest du pays, provoquant des inondations, des glissements de terrains, et des morts. Alors, pour atténuer cette distribution inégale sur le territoire chinois, le gouvernement lance de grands travaux. Le barrage des Trois Gorges doit contenir les crues du Yangtsé, pendant qu’une partie de ses eaux seront déviées vers la capitale et la grande plaine assoiffée de Chine du Nord. Un projet qui tarde.

M.J

La pollution de l’air et la sécheresse dans l’Est de la Chine…

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(1)Millions at risk in China drought”, BBC News, 23-08-2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8216681.stm

(2) « Les ressources en eau et leur gestion en Chine »,  Zongxia Ca’, Géocarrefour, Vol. 79/1 Le Yangzi et le Rhône, regards croisés, p 35-40 http://geocarrefour.revues.org/index510.html

(3) « 160,000 people suffer water shortage as drought hits NE China”(Xinhua),20-07- 2009http://www.chinadaily.com.cn/china/2009-07/20/content_8451205.htm

(4) Etude : “Office of Biological and Environmental Research within the US Department of Energy”, en collaboration avec “China’s Ministry of Science and Technology.”


Publié par marlene le 9 septembre 2009 dans Actualité,Agriculture.,Chine,Désertification.
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