Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Menus traditionnels et sodas.

Bonjour,

Que mangent les « communautés indigènes » isolées sur les glaces du Grand Nord canadien, dans un confin d’Amazonie, ou sur une île du Pacifique? La FAO et la CINE – un centre de recherches sur la nutrition et l’environnement des « indigènes » – ont enquêté en Amérique, en Afrique, en Asie, et en Océanie. Ce voyage diététique et ethnologique révèle des systèmes alimentaires traditionnels, fragilisés par l’érosion de l’environnement, par une nourriture étrangère. Une étude qui bouscule une valeur sûre, le menu « pizza-coca ».

Des corps sains, des communautés épanouies.

Les aliments traditionnels sont ceux qui ne s’achètent pas au supermarché. C’est en partant de ce postulat que les enquêteurs ont étudié douze communautés, en quête de ces systèmes alimentaires ancestraux. Ainu du Japon, Awajun du Pérou, Baffin et Inuit du Canada, Igbo du Nigeria, Massai du Kenya, ou Pohnpei de Micronésie ont révélé une parfaite connaissance des écosystèmes environnants, et de leurs ressources. Au fil des siècles, ces systèmes alimentaires, associés à une vie sociale et économique simple, ont sculpté des corps sains, et des communautés épanouies. Ils renseignent aussi sur la cosmogonie des communautés étudiées. Exemple en Colombie amazonienne où les Ingano associent shamanisme, santé, régime alimentaire, plantes, et nature. Mais avant tout, l’étude définit la notion de « peuple indigène » comme « ceux qui détiennent la connaissance de la terre et de ses ressources en nourriture, héritage d’une continuité historique sur un territoire. »

Des menus de choix.

L’enquête révèle des régimes alimentaires traditionnels riches et variés. Des racines aux insectes, en passant par les plantes, celles qui nourrissent et celles qui soignent, sans oublier les céréales, le poisson, ou la viande, tout est bon à consommer. Chez les Massaï du Kenya, pourtant désavantagés par un environnement aride, on dénombre déjà 35 sortes de nourritures. Chez les Ingano de Colombie, une grande diversité biologique propose 160 aliments au menu. Chez les Igbo d’Afrique de l’Ouest, environnement tropical, et les Awajun du Pérou, région forestière avec lacs et rivières, on dénombre plus de 220 sortes de nourritures. Chez les Pohnpei de Micronésie, et chez les Karen de Sanephong de Thaïlande, c’est carrément l’abondance, plus 380 espèces consommables. Les Karen disposent de 387 variétés d’aliments, dont 17% de viande, et le reste en espèces végétales. Boeuf, buffle, chèvre, ou canard, élevés à la maison sont au menus, servis avec du riz, des légumes, des racines et des fruits, culture ou plante sauvage. Pour les œufs et la viande de porc, c’est à l’épicerie du coin. Les Karen apparaissent encore comme une communauté privilégiée puisque 85% de l’apport énergétique des adultes provient du système alimentaire traditionnel. Privilège partagé avec les Awajun, dont les adultes consomment presque exclusivement des ressources locales. Ailleurs, l’enquête révèle pas mal d’entorses aux régimes ancestraux.

Sodas et mondialisation.

La pauvreté, l’arrivée de denrées importées, ou l’érosion des écosystèmes, bouleverse les menus traditionnels. Chez les Massaï du Kenya, les Pohnpei de Micronésie, les Ingano de Colombie, les Bhil et les Dalit, deux communautés indiennes, la farine de maïs industrielle et le riz blanc raffiné s’invitent désormais à table. Changement de régime encore chez les Nuxalk, une communauté de Colombie britannique qui vit sur l’embouchure de la Bella Coola River, en Colombie britannique. Cette communauté, qui a longtemps tiré avantage des ressources naturelles, poissons, viandes, baies, herbes sauvages, racines, noix, bulbes, commence à changer de régime dans les années 60. Aujourd’hui, les aliments traditionnels ne représentent que 30% de l’apport énergétique des adultes. En cause, la dégradation des écosystèmes, moins de bancs de saumon et de fruits de mers. Le rythme de vie, qui a raccourci le temps de la chasse et de la pêche, les a encore privé d’un peu d’exercice. Les nourritures importées, hypercaloriques et bourrées de mauvais gras, alcool en prime, ont contribué à leur ruiner la santé, obésité, diabète, alcoolisme, et à leur gâter les dents. Scénario analogue chez les Inuits du Canada, où les produits locaux représentent moins de la moitié de l’apport énergétique des adultes. La nourriture conditionnée et les sodas, arrivés avec la mondialisation, fabriquent désormais des corps moins sains que la viande de caribou ou de phoque. Les victimes du supermarché n’en pas forcément les moyens de s’offrir des aliments de bonne qualité. Selon cette étude, le changement de climat et la dégradation de l’environnement risquent encore de réduire le régime traditionnel. En attendant, la FAO estime que les ¾ de la diversité agricole aurait disparu de la planète au cours du siècle précédent.

Cette étude est éditée en anglais sous le titre « Indigenous People’s Food Systems ».Chacun des chapitres est accessible en format PDF http://www.fao.org/docrep/012/i0370e/i0370e00.htm


Publié par marlene le 26 septembre 2009 dans Agriculture.,Alimentation,Biodiversité
Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.

Laisser une réponse

Vous devez être identifié pour écrire un commentaire.