Environnement
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le Delta du Nil, face à la Méditerranée.

Bonjour,

D’ici une dizaine d’années, le Delta du Nil pourrait être noyé par les eaux de la Méditerranée. Cet avis de menace sur le Delta du Nil et le Nord de l’Egypte, maintes fois formulé par le passé, est réactualisé par l’IRIN (Integrated Regional Information Network), un organisme rattaché à l’ONU. Une Méditerranée plus haute d’un mètre vers la fin du siècle, version pessimiste, baignerait les villes assises au bord du Delta, dont Alexandrie et Port Saïd, noierait des terres fertiles, et chasserait des millions d’Egyptiens. Cette incursion marine provoquerait une infiltration d’eau salée dans les nappes phréatiques. Pendant ce temps, la Méditerranée continue de monter, deux centimètres par an depuis une décennie. En face, une bande côtière exposée à moins de deux mètres du niveau de la mer, mal protégée par un cordon littoral qui s’érode.

Assouan.

Le Delta du Nil est l’embouchure de ce long fleuve qui prend sa source dans la région équatoriale du Lac Victoria, traverse plusieurs milliers de kilomètres de désert et une dizaine de pays, avant de finir sa course en zone semi-aride. L’un des plus longs fleuves du monde, près de 6800 kilomètres, record partagé avec le fleuve Amazone, né de la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu, est un fleuve paresseux. Son débit annuel est faible. Il draine peu d’alluvions. En partie responsable, le barrage d’Assouan, mis en eau en 1964. Depuis près d’un demi-siècle, l’ouvrage destiné à produire de l’électricité et à tempérer les crues du Nil, retient une grosse partie des sédiments qui pourraient engraisser l’embouchure du Delta. D’autres s’accumulent dans l’immense réseau des canaux d’irrigation. L’embouchure du delta est ainsi privée de ces limons qui pourraient le renforcer, et lui permettre de résister aux agressions de la mer. La ceinture de sable, qui le protégeait du littoral, est en mauvais état. A Damiette et à Rosette, là où le fleuve accède à la Méditerranée, les plages reculent sous l’effet des courants marins. Facteur aggravant, le Delta s’enfonce sous son poids. Réponse partielle, le gouvernement égyptien a déjà attribué 300 millions de dollars pour ériger des murs de béton destinés à protéger les plages d’Alexandrie. L’Egypte prévoit encore d’aménager une partie du littoral pour contrer l’avancée de la Méditerranée, avant de faire appel à l’aide internationale, faute de moyens. L’UNEP et le GRID ont cartographié l’impact d’une Méditerranée plus haute de 50cm et d’1 mètre.

Démographie.

Le Delta du Nil, qui associe l’eau et les terres fertiles, est l’une des plus anciennes régions de culture intensive. Aujourd’hui, la région du Delta produit près de la moitié de l’agriculture du pays, blé, riz, bananes, et détient environ 60% de la réserve nationale de poissons. Cette zone humide généreuse est aussi une zone à forte population. Les densités, 1000 habitants au kilomètre carré en moyenne dans les zones rurales, grimpent parfois jusqu’à 1500 ha/km². Cette démographie souligne la vulnérabilité du Delta en cas de submersion, même partielle. Une étude de la banque Mondiale (2007) estime qu’une Méditerranée plus haute d’un mètre vers 2020 noierait environ le quart du du Delta, et déracinerait 10% de ses habitants. La démographie – on prévoit 160 millions d’habitants en Egypte vers le milieu du siècle, soit une population multipliée par 2 – pose aussi la question de la sécurité alimentaire dans la région du Delta, enserré entre mer et désert, et en Egypte. Pendant que la population augmente, le débit du Nil se réduit, les agriculteurs voient déjà leurs terres gagnées par le sel. Le Nil, encore souillé par les engrais, les rejets industriels, et les villes, pose aussi la question de l’eau. En 2017, les ressources en eau de l’Egypte devraient être inférieures à ses besoins. Les plus pauvres sont déjà privés d’une eau absorbée par les projets de développement urbain.

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Et l’on reparle d’un risque de conflit pour un fleuve qui attise la convoitise des dix pays, situés en amont. Ils demandent la révision de l’accord de 1929, entre la Grande Bretagne et l’Egypte, un texte qui favorise l’Egypte. L’Egypte, qui ne dispose que du Nil pour ses ressources en eau douce, qui voit sa population augmenter, ne tient pas beaucoup à une redistribution des eaux de « son » fleuve.

M.J

Sources :

« Egypte : Menace sur la région du Delta », IRIN, 12-10-2009.

http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=86485

« Le réchauffement, une menace pour le Delta du Nil », A/P- Radioactif, 29 aöut 2007

http://www.radioactif.com/nouvelles/nouvelle-rechauffement_menace_pour_delta-28573-12

« le delta du Nil : enjeux et limites du contrôle territorial par l’Etat », Sylvie Fanchette, pp 167-189 in « Menaces sur les Deltas », Hérodote, 2°trimestre 2006, N°121.

« Le Delta du Nil, la fin du miracle », collection: Rivages – Un film de Luc Riolon

2008 – France – 43 minutes – HDCam

http://www.film-documentaire.fr/Delta_du_Nil_-fin_du_miracle.html,film,21264


Publié par marlene le 12 octobre 2009 dans Climat,eau,Elevation des mers.
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