Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Climat: des arbres difficiles à négocier.

Bonjour,

Les forêts sont-elles une partie de la solution pour atténuer les effets du changement climatique ? Question de bon sens, la dégradation des forêts est la seconde cause majeure des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Question d’argent, la conservation des forêts primitives dans les pays en voie de développement pourrait être source de financements. La perspective de Copenhague réactualise une option qui suscite, aussi, des controverses…

Amazon deforestation

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Regain d’intérêt pour les forêts.

Avalées par l’agriculture, l’élevage, et les cultures industrielles, soja et palmiers à huile, sur – exploitées par les forestiers, les marchands peu scrupuleux, et les populations pauvres, ravagées par les incendies, les forêts tropicales sont particulièrement malmenées. Entre 1990 et 2005, la planète en aurait perdu plus d’un million de km², dont la moitié en Amazonie. Selon les Nations Unies, la déforestation et la dégradation du couvert forestier seraient responsables de 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Bien plus que tous les pots d’échappements des voitures qui circulent dans le monde. Mais la forêt, acteur du cycle carbone, porterait aussi une réponse à la crise climatique. La restauration des forêts primitives, et le reboisement d’espaces perdus, permettraient de reconstituer des puits de carbone , destinés à le piéger. L’argument, développé par les Nations Unies et la Banque mondiale, intéresse aussi les pays dotés de forêts. En septembre 2009, leurs représentants sont allés à New-York, au siège des Nations-Unies, pour plaider l’intégration du REDD – Reduce Emission from Deforestation and forest Degradation – aux futurs accords de Copenhague. Après plusieurs décennies de coupes claires et de « laisser-faire », les grands pays forestiers de la planète pourraient avoir intérêt à garder leurs forêts debout. (1) (2)

« Forêts » contre « crédits carbone ».

S’il s’agit de reconstituer des espaces forestiers, il s’agit aussi d’attirer des dollars. Le REDD , Réduction des Emissions résultant du Déboisement et de la Dégradation forestière en Français, production des Nations-Unies, (3) est un plan « anti-déboisement » destiné à préserver les forêts d’Afrique, d’Asie-Pacifique, et d’Amérique du Sud. Il devrait fonctionner grâce à un marché carbone. Cette transaction permettrait aux gros pollueurs de la planète de compenser leurs propres excès en achetant des « crédits-carbone » aux pays qui restaurent  leur couvert forestier. Le programme REDD estime à 30 milliards de dollars annuels les gains de l’échange. (2) Ce mécanisme, qui parie sur la reconstitution de puits à carbone naturels, permettrait encore de réhabiliter un cadre de vie pour les communautés associées. La Banque mondiale estime à 1,2 milliard  le nombre de personnes qui dépendent, à des degrés divers, d’un environnement forestier. S’il s’agit de recomposer les forêts dégradées, il s’agit aussi de freiner l’abattage des arbres. Un cabinet indépendant, mandaté par le REDD, évalue entre 22 et 29 milliards de dollars le financement pour réduire la déforestation d’un quart, d’ici  2015. (2) Projection plus imagée, il faudrait que chaque personne plante deux arbres, chaque année pendant dix ans, pour effacer une décennie de déforestation. (4)

Terrains d’exercice.

En attendant que ce projet – dont les financements restent encore flous – soit intégré à la dynamique climatique décidée à Copenhague, une dizaine de pays, sélectionnés sur les trois continents, sont déjà en piste pour tester la première phase du REDD. Pays pilote, le Vietnam, dont les 10% de couvert primitif contrastent avec une moitié de forêts appauvries, ou en voie de recomposition. Le pays doit recevoir une enveloppe de plus de 4 millions de dollars – don de la Norvège – pour tenter de reconstituer son environnement forestier. Au Brésil, dans l’Etat de l’Amazonas, où se déploie plus d’un million et demi de km² de couvert amazonien, les populations se préparent à échanger une pratique forestière plus responsable, contre des financements. L’Indonésie, qui présente à la fois un fort potentiel et un terrain difficile, développe un projet de conservation sur plus de 4000 km² dans la forêt d’Ulu Masen, dans la province d’Aceh.  Chaque année, près de 3,3 millions de « crédits carbone » devraient récompenser les 100 millions de tonnes de CO² , en principe, gagnés au cours des 30 prochaines années. L’équivalent de 50 millions de vols « Londres-Sydney ». (5) D’ailleurs, en Indonésie, le prix des forêts primitives encore debout serait en train de grimper. (1) Autre terrain d’exercice, le bassin du Congo, où s’élabore encore une stratégie de conservation des forêts.

Un casse-tête d’experts

« Au départ, nous faisons par exemple une photographie du volume du carbone stocké dans la forêt. On verra par la suite, à partir de ces photographies, les activités conduites dans la forêt (agriculture et exploitation forestière). Après cela, on établira un plan de travail et l’on pourra alors déterminer très clairement ce que les populations auront pu conserver comme carbone qui nous sert ici d’unité de mesure. » Extrait d’une mise en œuvre, qui ne s’annonce pas simple, dans le Bassin du Congo.(6) L’une des difficultés de la transaction « forêts contre crédits » reste l’évaluation du gain « carbone ». Autre difficulté, redistribuer – équitablement – les bénéfices de la conservation des forêts. Comment faire en sorte qu’elle arrive sur le terrain, où il n’est pas sûr qu’elle compense une activité de « déboisement », qui profite à beaucoup de monde ?  Sans compter quelques inconnues, exemple au Vietnam. Des chercheurs de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, ont révélé que 40% du couvert forestier regagné entre 1987 et 2006 avait été « avalé » par le voisinage. Pendant que le Vietnam poursuivait une politique offensive de reboisement, le Laos, le Cambodge, et l’Indonésie, continuaient à déboiser. La moitié du bois importé au Vietnam était d’origine illégale.(7) Entre un Brésil qui laisse des troupeaux et ses cultures industrielles s’installer à la place des forêts, une Asie du Sud – Est qui voit ses arbres reculer sous la pression des plantations de palmiers à huile, et une partie de l’Afrique qui grignote ses espace forestiers pour nourrir toujours plus de bouches, la transaction « forêts contre crédits » annonce un vrai casse-tête d’experts.

En attendant un mécanisme REDD mieux huilé, certaines voix – New Carbon Finance, Greenpeace – s’élèvent pour dénoncer ses effets secondaires. Financer la déforestation, via le marché du carbone, en ferait chuter les cours. Ce qui pourrait priver de fonds d’autres initiatives destinées à contenir le réchauffement climatique, plus ciblées. Et si ce mécanisme fonctionnait, il permettrait aux pays riches d’acquérir, à bon prix, des droits à polluer, échangés contre quelques centaines d’hectares de forêts primitives, peut-être encore debout au moment de la transaction…

M.J

(1) « Governments See Dollars in Re-Grown Forests », Voice of America, Luke Hunt, Bangkok, 05-11-2009.http://www.voanews.com/english/2009-11-05-voa10.cfm

(2) Conférence de Presse sur le Programme de l’ONU pour la réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts dans les pays en voie de développement. (UN-REDD), 23-09-2009. http://www.un.org/News/fr-press/docs/2009/Conf090923-Jagdeo.doc.htm

(3) Le projet REDD, présenté en 2008, résulte d’une collaboration entre l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

(4) « Woods are spreading over hills around Yan’an, the city where Chairman Mao lived. Here are the facts about reforestation.”, Alice Fishburn , The Times, 05-11-2009, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/science/eureka/article6901277.ece

(5) “Carbon Trading May Reward Indonesians for Saving Rainforest”, Jim Efstathiou Jr, Bloomberg, 07-02-08http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601085&sid=aD1Vb_5uDGlA&refer=europ

(6) “Bassin du Congo : 2,5 milliards de Fcfa pour la conservation du carbone”, Beaugas-Orain Djoyum, Le jour Quotidien, 06-07-2009. http://www.lejourquotidien.info/index.php?option=com_content&task=view&id=5454&Itemid=75

(7) “Vietnam outsources deforestation to neighboring countries », Rhett A. Butler, mongabay.com “, September 02, 2009http://news.mongabay.com/2009/0902-vietnam.html

(8)” Faisons les comptes : les crédits forestiers et leurs effets sur les marchés du carbone », Kate Dooley, Fern/org, Briefing note 06, Juin 2009, 8 p.

http://www.fern.org/media/documents/document_4418_4421.pdf


Publié par marlene le 12 novembre 2009 dans Climat,Copenhague,déforestation
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