Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des villes chinoises trop éloignées de Copenhague.

Bonjour,

Après le Brésil et l’Inde, troisième « cliché » avant  Copenhague, la Chine, cet autre grand pays émergent, non soumis aux contraintes de réductions de gaz à effet de serre, édictées par le protocole de Kyoto. Tout est parti d’une phrase lue dans un article de Libération,  intitulé   « Chine, l’inflation des milliardaires »: «Récession ou pas, cet enrichissement n’est pas prêt de s’arrêter car le vaste mouvement d’urbanisation de la Chine ne fait que commencer, et c’est cela qui nourrit la croissance» (1). La démographie, la mobilité des populations, le vacarme des chantiers, l’irrationnel,  cette phrase m’a semblé effrayante. Les chiffres confirmaient. De 1980 à 2005, le nombre de citadins a pratiquent doublé en Chine, il pourrait atteindre le milliard d’ici à une vingtaine d’années. (2) Chaque année dix millions de ruraux se laissent porter vers des villes qui gonflent à vue d’oeil. Et chaque année, il faut convertir 20 milliards de m² supplémentaires en logements pour accueillir ces déracinés. (3) Si cette urbanisation est un indicateur de croissance, elle révèle aussi un cancer environnemental. La construction, qui avale quantité d’eau et de ciment, qui confisque des sols à l’agriculture, est une industrie gourmande en énergie. Selon la Chinese Society for Urban Studies (CSUS), les villes consommeraient plus de 55% de l’énergie nationale, et produiraient une part à peu près équivalente de CO².(4) En Chine, c’est le charbon, grand ami du réchauffement climatique, qui alimente les chantiers et éclaire les logements. Pour la CSUS, qui vient de rendre un rapport sur la « stratégie de développement des éco-cités à faibles émissions », la Chine ne peut pas continuer sur cette voie-là. « Le modèle courant d’extension urbaine arrive à son seuil critique. Il ne répond plus aux nouvelles exigences de l’urbanisme », commente  Wu Yin, vice président du CSUS et universitaire  qui réfléchit à une reconversion du paysage urbain chinois. (4)

« Dessine – moi une cité-modèle. »

En 2005, une délégation chinoise visite Bedzed, une petite communauté urbaine au sud de Londres, engagée sur la voie du « zero energie » et du « no carbone. »Un échantillon remarquable d’ éco – cité. Les Chinois, soucieux de croissance économique mais attentifs au credo environnemental, décident de transposer le modèle. Dongtan, la première grande cité écologique au monde, sera érigée sur l’île de Chongming,  dans l’estuaire du Yangtze,  face à Shangaï, comme pour dissiper l’image d’une métropole clinquante et énergivore. La société britannique de conseil en ingénierie ARUP, qui signe un contrat de plusieurs milliards de dollars avec la Shangaï Industrial Investment Corporation (SIIC) conduit le projet. La première phase doit coïncider avec l’Exposition universelle de Shangaï, en 2010. Cette cité – vitrine, dopée aux renouvelables, solaire et éolien, devrait atteindre l’autonomie énergétique. Les transports en commun, équipés de piles à hydrogène combustible,  et les véhicules particuliers, comptés et alimentés au biocarburant, devraient encore adoucir un environnement dominé par les espaces verts. Petite touche bio, les potagers aménagés en périphérie. Avant le milieu du siècle, ce nouvel ilôt de 86 km² devrait accueillir un demi-million de personnes. Mais ce projet, symbole d’une conversion à l’écologie urbaine, met du temps à démarrer. La crise financière de 2008, qui ne semble pourtant pas arrêter l’autre urbanisation, quelques histoires de corruption, et le choix d’asseoir Dongtan sur d’anciens marais, fondation incertaine, expliqueraient un  retard qui s’éternise. (4)

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En attendant les cités – modèles planifiées, moins gourmandes en énergie,  moins agressives pour l’environnement, il y a urgence à loger ces millions de migrants qui fuient la pauvreté des campagnes pour soutenir l’essor économique du pays. Il est question de stabilité sociale. En annonçant  son intention de réduire son « intensité carbonique » de 40 à 45% d’ici à 2020, et par rapport à 2005, Pékin fait déjà un effort.

M.J

(1) « Chine, l’inflation des milliardaires », Philippe Grangereau, Libération, 26-10-2009. http://www.liberation.fr/economie/0101599263-chine-l-inflation-des-milliardaires

(2) “In China, overambition reins in eco-city plans” , Simon Montlake, The Christian Science Monitor, 23-12-2008, http://features.csmonitor.com/environment/2008/12/23/in-china-overambition-reins-in-eco-city-plans

(3) « La Chine dans le processus de Copenhague: la difficile inclusion d’un grand émergent », Blandine Barreau, Johanne Buba, Centre d’analyse stratégique, Département de la recherche, des Technologies, et du Développement  durable, Juin 2009, Complément 2C. http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/BarreauetBubarapportTirole.pdf

(4) « China maps out low carbon eco-city strategy », Ni Yuanjin , China.org.cn, 23-10-2009 -D’après une enquête de la Chinese Society for Urban Studies (CSUS), octobre 2009.Enquête de 2006, menée sur 287 districts urbains, constitués autour de préfectures. . http://www.china.org.cn/environment/2009-10/23/content_18757609.htm


Publié par marlene le 4 décembre 2009 dans Actualité,Chine,Copenhague,Urbanisation
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